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“Une Soirée Sound System”

Depuis une dizaine d’années, le sud de la France connait un renouveau de la culture sound system et des soirées reggae. En effet, la région Sud-Est abrite maintenant plus d’une douzaine de sound systems, de Cannes jusqu’à Montpellier, en passant par Avignon, Aix en Provence, Toulon et bien sûr Marseille.

Les Dub Stations mises en place par l’association Musical Riot sont une des principales raisons de ce renouveau, et ont permis à un public plus jeune de (re)découvrir le reggae et le dub.

Par conséquent, il n’est pas étonnant que plusieurs ‘jeunes’ sound systems sont apparus au cours de ces dernières années, bien décidés à promouvoir cette culture avec l’aide de leurs aînés. La nouvelle  génération (Welders Hifi, Lion King Dub, Jumping Lion, Natural Bashy…) partage maintenant les affiches avec les vétérans de la scène tels que Lion Roots et Salomon Heritage.

Et pour voir cette nouvelle génération à l’oeuvre, il ne faut pas chercher très loin. A  Aix en Provence, c’est l’asso CMAE et le Jumping Lion Sound System qui sont à l’origine des Skanking Foundation, le repaire mensuel des amateurs de reggae et dub-addicts de la région. Et pour comprendre l’enthousiasme de ces artistes, collectionneurs et autres amoureux de cette musique, voici un court métrage réalisé par Guillaume Trapp qui suit le déroulement d’une des Skanking Foundation et explique les fondamentaux d’une soirée sound system:

AF

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Interview Lion King Dub

LKD

L’équipe du Lion King Dub sound system a très gentiment accepté de répondre a quelques questions lors du festival South Bass Attack. Au final une longue discussion au sujet de leurs débuts, de la scène reggae française, ainsi que sur ce que c’est de gérer et de maintenir un sound system,

 

Alors, quand est ce que et comment vous avez commencé votre sound system ?

Charly : En fait c’est parti de 2010, après un Garance en fait. Mathieu, le quatrième du groupe qui est encore au Canada et qui va revenir dans pas longtemps, juste avant la date de Vitrolles – en fait il a fait un Garance, et a pris la grosse baffe sur les sounds systems, notamment sur Blackboard Jungle. Et s’est dit « ouai c’est bon on rentre on va faire un sound. »

Donc c’est assez récent quand même.

Charly: Ouai ce n’est pas très très vieux, c’est 2010 quoi. Fin 2010. Donc on a commencé à construire le sound , on a fait une première version de la sono, et ensuite nos compères Manu et Antoine nous ont rejoint peu de temps après, et puis là on a construit la deuxième version.

Et selon vous, qu’est ce qui fait, ou qui contribue à l’identité d’un sound system

Antoine : déjà il y a le grain de la sono, comment elle va sonner. Le style musical que tu vas jouer – si tu vas être plus roots, digital, UK… très moderne style OBF, plus roots style Blackboard. Après ça va dépendre de si t’as des MCs. Les selectors aussi font l’identité, l’image.

Manu : ouai, il y a une part de sélection, il y a une part de sono aussi. Parce que suivant ce que l’on va jouer en vinyle et en dubplate, on aime que la sono elle sonne d’une certaine manière. On a des tunes qu’on ne va pas jouer sur la sono, il y a d’autres tunes qu’on va favoriser parque qu’elles sonnent mieux dessus.

Et puis on est 4 séléctors dans le sound system. En France c’est pas courant d’avoir autant de selectors, du coup on se concerte, on regarde un peu les tunes qui nous plaisent dans les boxs, celles qu’on vient d’acheter, les dubplates qu’on vient d’acquérir tous les quatre… et on essaye un peu de se coordonner et de créer une identité complète. Avec 4 selectors c’est pas facile, mais au fil des ans on y arrive de mieux en mieux et on arrive à proposer quelque chose de propre, et qui ressemble à du Lion King Dub quand on joue. Nous ce qu’on veut c’est que les gens qui ne soient pas forcément devant le mur, qui sont à peu à l’extérieur du sound, arrivent et se disent « tiens, la d’après ce que j’entends c’est les Lion King Dub ». D’après le son de la sono, d’après leurs sélections… et après on reconnait aussi les voix au micro. Donc voilà, je pense que c’est un tout le sound system, c’est les MC, le son, et surtout le son qui supporte les vinyles.

Charly : et une complémentarité aussi je pense. Par rapport à notre cas ou on est quatre, on va avoir des sélections du Lion King Dub en unité, mais on va aussi avoir chacun des petites préférences de style. Et c’est vrai que nous quatre réunis ça fait un peu l’arc en ciel, t’as vraiment une couleur pour chacun.

Antoine : c’est vrai qu’au final il y a Charlie et Mat qui sont, pas pour caricaturer, mais qui sont plus dans le Aba Shanti style, tu vois, vraiment sound system traditionnel UK au niveau des basslines et tout. Et après avec Manu parfois on tend plus vers des trucs assez moderne, un peu plus électronique.

Manu : on essaye de jongler avec tout ça, et de proposer aux massives tout ce qui est frais, récent, et dans différents styles. Alors on va jouer du roots, on va jouer du digi-roots,  du dubwise. Alors comme il dit Antoine, il y a des dubwise qui sont un peu plus rootical que d’autres. Et ensuite, on voit que les massives ils réagissent devant la sono, donc là on va passer des sonorités un peu plus modernes,  qui jouent sur les basses, les basses un peu plus wobble. Et le tout ça crée une sélection, et on essaye que ça soit cohérent. Et je pense que c’est un pari réussi, on y arrive de plus en plus, et du coup on se fait plaisir.

Ce n’était pas simple au début d’avoir quatre selectors, parce que chacun voulait jouer ces sélections, et des fois c’était un petit peu contraire à celle d’avant et à celle d’après. Mais aujourd’hui je pense que quand on passe la main au séléctor d’après, on lui sourit parce qu’on arrive à s’aligner.

Et puis souvent j’ai remarqué que dans les sounds ou ils y a plusieurs selectas, ça rajoute une ambiance, de voir l’échange

Charly : Bin disons que pour un selector, tu as plusieurs sentiments. Tu as le sentiment de te dire « putain celle-là je l’ai écouté chez moi, elle me fait ressentir des choses, j’aimerais voir si les gens sentent la même chose, reçoivent le même message ».
Et c’est vrai que même si des fois tu as une tune que t’aime bien, tu te retournes vers le groupe pour voir avec eux, et là ils te font « ouai ouai là c’est le moment où il faut la passer, c’est maintenant ».
Et pourtant ce n’est pas forcement la tune que le bro va avoir dans ses favoris, mais il sait que c’est la carte à jouer maintenant, c’est maintenant qu’il faut la passer.

Ça revient du coup à la question de reconnaitre, lire la vibes, comment reconnaitre le moment vraiment spécial.

Charly : Après c’est une vibes qui est bizarre, parce que des fois tu as envie de la jouer cette tune, et sur deux soirées différentes, tu peux la même à la même heure, même moment, il y aura à peu près le même nombre de gens, ça va pas forcément réagir pareil.
Donc ouai, il faut essayer de capter l’attention des massives, et voir si ça va capter.

C’est un peu un dialogue au final.

Antoine : et d’autant plus que nous on anime, mais on ne va pas chanter, on ne va pas toaster, on n’est pas des chanteurs donc d’autant plus qu’on va inviter des gens.

Manu : C’est pour ça qu’on est amené souvent à inviter des MCs qui viennent d’ailleurs, on prend contact avec eux parce que c’est des brothers a nous, et on les appels, et on fait « man, on va jouer à tel endroit et il nous faut un MC, parce que c’est une grosse date », et à ce moment-là il fait son aller-retour. On travaille beaucoup avec les frangins du coin, du sud-est de la France – donc dès qu’on a des opportunités de faire travailler des MC locaux, on le fait. On a travaillé pas mal au début avec Ras Mykha, un chanteur parisien qui nous a suivis sur deux-trois dates, notamment les toutes premières de la Lion King Dub avec la sono rouge. Bon malheureusement c’est un frangin qui habite dans le nord, donc suivant les moyens qu’on a on n’a pas souvent l’occasion de l’inviter, mais on pense à lui et il pense à nous je pense (rires)
Et sinon, bin notamment pour Vitrolles, on a pris contact avec Hugo de Roots Powa Sound System, qui est aussi au festival South Bass Attack. Tonton Charly a pris contact, il nous a dit « bon écoutez, je voie bien Hugo sur nos versions pour le 9 aout, ça nous apporterait un petit plus sur la sono ». Plus que de l’animation simple au micro, mais du chant. Et puis on connait Hugo et il a un réel talent au micro, et du coup sur cette date on va travailler avec lui.

Et les MC sont plutôt rares, donc on fait des recherches sur internet, on regarde des vidéo sur YouTube, des sessions live, on voit quel chanteur est avec quel sound dans le sud est – on dit “ah tiens lui c’est pas mal, on va prendre contact avec lui”. Et on se bouge dans les danses, on va prendre contact avec les MCs. Mais on essaye de travailler avec des breddrins qu’on connait un maximum.

Charly : et les sistas quand il y en a. Comme là il y a sista Daba. Elle est passée sur le Garance, elle a passé une tune avec les blackboard et ça a vraiment mis le feu.
Elle a sorti un vinyle avec Amoul Bayi – qui est un label de Marseille, big up a Fabyah d’ailleurs. Et ouai, c’est bien. Comme hier soir quand il y a eu deux sista qui ont pris le micro, et qui assurent vraiment, les voix féminines c’est bien aussi. Ça change, ça remet du frais… Après, elles ne sont pas assez nombreuses.

Après il y a quand même une différence entre faire de l’animation, et vraiment chanter et être MC.

Antoine : vu qu’on n’a pas de MC avec nous et qu’on n’est pas forcément bon dans le chant et tout, on se doit d’autant plus d’avoir des tunes qui sont fortes aussi dans le message ou dans la vibes pour la partager, parce qu’on n’a pas forcément le micro pour s’exprimer vraiment.

Manu : et ça me fait penser que hier soir, sur deux-trois versions qui suivaient les vocaux on a demandé à Sébastien qui fait partie du sound system Natural Bashy, qui prend le micro plus aisément que nous on va dire. Donc il était à coté de nous et on lui a dit « seb, prête nous main forte, viens sur les versions », et il a toasté deux trois lyrics dessus, et ça fait bien plaisir. Ça apporte quelque chose en plus. Tu joues le vocal avec des lyrics, avec un message et tout ça. Et suite à ça tu joues la version, c’est dans la tradition des sounds systems – et s’il y a des MCs dans le coin, tu les appelle au micro, tu fais un petit clin d’œil. Les mans ils viennent, ils prennent la version, et ça rajoute de la pèche dans la danse.

C’est vrai. Et je sais quand j’ai vu les danse en Angleterre, en France on dirait qu’il y a plus, peut-être pas collaboration, mais d’échange, de partage.

Antoine : c’est vrai que même les mans comme Dubkasm, Murray man ils nous disent qu’aujourd’hui on a rien à leur envier, c’est chez nous que ça se passe. Et puis il y a un délire beaucoup moins clash. C’est plus centré sur l’unité, les rencontres, meetings… la plupart des flyers tu ne vois pas « clash » dessus, tu vois « meeting ».

Manu : et puis dans le milieu des sounds systems « à l’anglaise », quand on dit ‘versus’ ou ‘clash’ ça reste quand même bon enfant. Mais c’est revenu il y a quelques années ça en Angleterre, où tu peux voir des ‘King Earthquake clash with Iration Steppas’. Mais c’est très cool, c’est des breddrins qui se voient aux platines et qui se montent la pression à coup de dubplates et à coup d’ampli.

Antoine : mais c’est vrai que cette vibes, comme tu dis un peu plus dans l’unité et tout, je pense que  ça se ressent surtout dans le public, et tu vois qu’il y a très peu de violence dans ces évènements, il y a très peu de débordements, c’est toujours dans la bonne humeur, il n’y a pas trop de vols…  Je veux dire hier soir on nous a ramené un porte-monnaie, un téléphone…

Mais ça c’est due au message non ?

Manu : bien sûr ! À partir ou tu moment où tu joues un message d’amour et d’unité… enfin le jour on nous invite en disant « bon les Lion King Dub, on veut se clasher avec vous », on refuserait de suite. Pour nous ce n’est pas possible. On est là pour partager, leurs faire des gros big up au micro… on est loin de les siffler, même si ça reste dans un délire au second degré, ce n’est pas notre truc.

Charly: c’est à l’opposé de notre message quoi

Manu : on préfère faire des « untel in unity with untel » plutôt que « untel versus untel ». Même si le versus ne veux plus dire grand-chose, c’est juste pour que les massives ils se disent « tiens il va y avoir un peu de compétition ce soir, ça risque d’être un peu excitant ».

Antoine : et puis c’est vraiment pour tout quoi, c’est vraiment de A à Z. Nous par exemple on arrive, il y avait des mans donc il y en a quelques-uns qui nous ont aidé à décharger la sono, Hugo il est arrivé plus tard, donc ils sont tous allés l’aider parce qu’il arrivait tard pour vite qu’il monte sa sono…

Charly : voilà, c’est l’unité et le partage, et des fois t’a vraiment des surprises. On a fait une date à Néoules, où on était avec Solo Banton, Stand High, Soom t, et on  a eu la grande surprise en jouant la tune de Daba. Et en fait, dans le public il y avait Ganja Tree, qui est venu jusqu’au stand, et puis il a pris le micro et il a fait sa version quoi.
Donc voilà, là tu restes un sur le cul. On ne savait pas qu’il était dans le coin forcément. Et ça fait une belle surprise quoi, un beau cadeau autant pour nous que pour le public.

Antoine : de toute manière on ne fait pas ça pour l’argent. Ca ce sait dans le milieu. On n’est pas là pour gagner des sous, on a tous nos jobs a côté, nos vies a côté.

Charly : des fois même on mange beaucoup de pâtes [rires], pour pouvoir justement assurer notre petit plaisir partagé.

C’est vrai que c’est une passion au final

Antoine : c’est ça, c’est une passion. Parce qu’on fait des bornes, des fois on fait des bornes pour peu. Le temps, si tu calcule, pour aller de A à Z, montage de sono, démontage…Le temps de logistique pour le temps de jeu il est énorme.

Manu : Bin tu réfléchis que sur un festival comme celui où l’on est depuis deux jours. Si tu calcule 7 sounds systems, chaque sono ou chaque selector va jouer en tout et pour tout 25 minutes/ 30 minutes sur deux jours. C’est vraiment l’exemple pour dire qu’on ne vient pas que pour nous – ce n’est pas que Lion King Dub. On sait qu’on va louer un camion, on va passer du temps à charger la sono, à faire 3h30 de route, on va installer la sono sur place, on va jouer – très peu de temps, parce qu’il y a beaucoup de sounds, et qu’on partage le temps – ensuite tu remballe le sound, tu remontes dans le camion, tu reviens à la maison, tu décharge à la maison… et tu vas te coucher et le lendemain tu bosse.
Des fois c’est très peu de temps de sélection pour beaucoup d’heures d’organisation.

Charly : mais d’un côté tu te mets à la place du massive. Tu regardes le festival où on est qu’a organisé Bass Explorer, c’est énorme. Pour un prix super dérisoire [ 15 euros], tu peux avoir 48h de son non-stop, et surtout, et c’est ça qui est énorme, c’est que tu peux avoir un échantillon de chaque sound diffèrent. Et là on revient à la sonorité, à la vibes que chaque sound va avoir – ils vont chacun avoir leurs préférences. Et ce qui est bien c’est que tout le monde sera content, et pendant 48h chacun va avoir un petit échantillon. Et logiquement, bin tu ne joues peut être qu’une demi-heure, mais tu joues les tunes les plus fraiches

Manu : celles qui définissent le sound

Charly : voilà celles qui définissent notre son. Bon je ne vais pas dire qu’on passe des tunes pour faire passer le temps, mais la t’essayes vraiment de faire le nectar.

Manu : et puis des fois c’est un peu de l’expérience. On a une radio tous les mardi soir depuis deux ans. Et on joue des tunes à la radio, des tunes qu’on peut retrouver également quand on les joue en live. Et des fois c’est un peu une expérience parce qu’on se dit ‘tiens celle-là on l’a jamais joué sur la sono’, on va la tester et on va voir la réaction que ça donne. Et donc des fois c’est aussi être sûr de soi, connaitre ses morceaux – et des fois c’est jouer un nouveau truc, prendre un risque, jouer cette tune-là qui est un peu différente de toutes les autre auparavant et voir si ça fonctionne. Alors soi il y a une étincelle dans les yeux et les gens ils adorent et on la remet depuis le début ; et des fois on voit que les massives, bin ils sont allé acheter une bière à coté parce que on était plus dans le même bain.

Charly : c’est vrai, c’est super difficile – juste un petit aparté personnelle – les sélections des sets, depuis 2006 – j’en ai fait avec un autre sound avant, c’est vrai que j’avais la fâcheuse tendance de tout organiser. De dire je vais passer cette tune en premier, puis celle-là, celle là… A la limite mettre un CD ça aurait presque été pareil, parce que je les pré programmaient et j’imposais au massives le programme. Et c’est qu’après avec l’expérience, t’essaye de te pas tout prendre – comme si tu faisais un peu la cuisine et t’avais plein de légumes, peut être tu ne vas pas tout prendre mais tu mets un peu de si, un peu de ça. Et peut-être prendre un petit peu plus au départ, prendre un éventail, et puis aviser au moment.

Manu : l’avantage d’être quatre membres dans le crew c’est qu’on apprend énormément de ses copains. Moi depuis que je suis rentré dans Lion King Dub, je faisais du son avant, on faisait tous du son avant, et du coup entre nous on s’est appris énormément de choses.
Moi notamment dans le technique du sound, avec Matthieu qui est fort dans la construction, Tonton Charly dans l’électronique et tout ça. J’ai appris de la sélection avec Antoine.. Je crois qu’on a tous appris les uns des autres, et aujourd’hui, plus on avance dans le temps tous les quatre avec la sono, et plus on acquiert de l’expérience.
Et je remercie mes trois frangins du Lion King Dub d’être toujours présent, parce que tous les jours j’apprends avec eux. Alors des fois je fais la gueule sur un truc parce que je refuse de l’entendre, mais au final je vois que ça m’apporte un putain de plus dans le future.

C’est vraiment dans l’échange

Manu : ouai c’est vraiment dans l’échange

Charly : il y a moins d’individualisme qu’avec un DJ qui a préparé son set, par exemple les mecs qui vont préparer tout leur set. Et c’est vrai qu’il faut amener de la surprise, mais aussi du contentement. Il faut jongler entre toutes ces vibes.

Et le coté home-made, qu’est-ce que ça vous apporte ?

Charly : bin comme on a dit, ce qui est bien dans le sound system c’est qu’on a vraiment tous nos points forts. Par exemple moi au niveau culture musicale, je connais que dalle (rire). Après je ne sais pas si c’est bien de dire ça en tant que selecta, mais j’aime vraiment la tune que quand je l’entends. Par contre à l’inverse j’ai un côté très bricoleur – pour moi c’est une solution, un truc à trouver, un truc à réajuster…  A côté tu as Manu par exemple qui va être une bible vivante, il va te dire le mec il a enregistré ça, c’était un jeudi soir, quelle année… Antoine il va ramener la fraîcheur par exemple. Bon c’est un peu bête a dire, je suis le plus vieux du sound, mais il va ramener cette fraîcheur quand moi par exemple je vais être un peu plus orthodoxe. Et moi aussi ça me fait du bien, j’apprends de ça et ça me permet de m’ouvrir aussi.

C’est toujours un esprit de groupe. On a commencé a vraiment trouver ce feeling. C’est un peu ce que disait aussi Manu tout à l’heure, c’est un peu ce qui nous a été dit gentiment – une critique n’est jamais négative, elle est constructive. Et c’est d’autres sound qui sont arrivés, qui nous ont dit « franchement les gars, nickel votre sélection, par contre c’est brouillon – vous passez un roots, derrière il y en a un qui va passer un dub énérvé ». Et parce que peut-être qu’au début chacun voulait se faire plaisir individuellement, et en fait on a compris au bout d’un moment que c’est dans l’unité. Le mec ou la fille qui vient écouter Lion King Dub, ils vont écouter un ensemble.

Antoine : Ouai, pour revenir sur le home-made. Mat et Charlie qui sont très bricoleurs. C’est vraiment Mat qui a tout réfléchit, qui s’est renseigné sur la sono – et après nous derrière on était là pour couper le bois, pour coller. On apporte chacun notre truc. Mais c’est vrai que le coté home-made, c’est ta sono à toi, tu l’as faite de tes mains.

Charly : Après c’est un peu comme l’arc en ciel des compétences, qui rejoins un peu l’arc en ciel des émotions quand tu joues, et la fluidité entre les deux. Je pense que maintenant on est arrivé à une fluidité instinctive. Par exemple si on a des petits trucs d’une demi-heure, par exemple hier soir on s’est dit « bon là on est trois, il y en a deux qui jouent un petit quart d’heure chacun ». Si on commence à prendre 10 minutes chacun après on commence à revenir dans le trip où chacun essaye de jouer sa tune à lui.

Manu : et puis ce qu’on essaye de faire aujourd’hui, si on sait qu’on a une danse prochainement, et bien on favorise deux selectors sur le timing cette fois-ci, et puis deux selectors sur la prochaine. Parce que c’est vrai qu’aujourd’hui, on aime jouer en unité avec énormément de sounds, du coup on accepte aussi le fait qu’on ne va pas jouer longtemps. Comme dis tonton, on ne va pas proposer aux massives quatre selectors sur 30 minutes. Même si on essaye de rendre ça évident, à un moment ils vont être complètement perdu. Mais des fois quand on a un peu plus de temps on se regarde tous les quatre est on se dit bon là on va jouer une tune chacun, et puis ça n’empêche pas non plus la cohérence dans le son

Charly : exactement. Par exemple ce matin on a fait une tune chacun, et c’est bien passé, mais c’est une autre ambiance. Si on avait eu une heure hier soir, ça aurait peut être été différent. On aurait peut-être fait un quart d’heure chacun, histoire d’enchainer au moins deux-trois vinyles chacun.

Antoine : Je pense aussi qu’on a la chance d’avoir la radio aussi, parce qu’on joue et on s’exprime tous les mardi soirs.

Manu : et les bars dans lesquels on joue également. Parce qu’à l’heure actuelle, on ne peut pas sortir la sono tous les weekends, c’est une réalité.

Parce que vous êtes basé où exactement ?

Manu : on est à Toulon, la Seyne-sur-mer.

Antoine : Six-Fours, dans le var quoi

A oui parce que j’avais vu que pour la fête de la musique vous avez fait la session sur la plage à Six-Fours

Manu : Ouai on a joué sur la plage de Six-Fours. Ça fait deux ans qu’on a ce coin, et c’est un de nos meilleurs endroit je crois.

Charly : et par rapport à ça, je rebondit sur la fête de la musique. Une date de fête de la musique, c’est pas une date comme les autres, c’est pas une date comme ces 48h de festival, ou une date avec Musical Riot. C’est une date où tu vas plus faire découvrir aux gens, donc peut-être pas forcément partir sur des choses super pointues, énervés ou très fraiches, parce que les gens seront complètement perdu.

Il faut savoir – sans se mettre en avant – qu’on est le seul sound system à jouer à l’anglaise dans le Var, avec un sound system. Tu vas avoir des villes comme Montpellier où il va y avoir 10 sound system, mais attention, des sounds systems de qualité, comme Salomon Heritage, Jah militant, à qui on fait un gros big up. Se sont vraiment de très gros activistes, et qui sont seuls surtout – ils ont des boxmen, mais ils sont seuls a gérer toutes leurs soirées, et ça c’est chapeau.

Et comme je reviens à la fête de la musique, là on va plus faire découvrir aux gens. Et c’est vrai que, vite fait on va avoir le reggae Jamaïcain et l’identité qui viens de l’Angleterre. Nous on a fait le choix de l’Angleterre parce que ça nous parle plus, émotionnellement parlant. Slackness et tous les trucs comme ça ce n’est pas pour nous. Après respect à tous ceux qui font leur truc, mais il y a des paroles et des lyrics que je ne peux pas accepter.

Et ça, ça fait partie de l’identité du sound

Charly : tout à fait. Et en revenant sur cette date, ce qui était bien c’est que tu avais des petit de deux ans – bien sur un peu écarté du son – et ça allait jusqu’à 70 ans. Et c’est là que tu capte en fait, tu n’imposes pas ta musique, tu capte les gens. Et alors là où c’est vraiment marrant, c’est quand tu as des personnes qui ont 60-65 ans, ils viennent vers toi et te disent « mais c’est des vinyles que vous jouez ? ». Et pour eux c’est un petit peu leur jeunesse.

Maintenant c’est vrai qu’il y a plein de formats – bon on essaye de jouer 100% vinyle mais quand tu passes des dubplates, on va pas faire tout presser non plus, on a pas des budgets de folie. Mais voilà on essaye de jouer un maximum en vinyle.

Antoine : Et après il y a aussi le fait qu’à la fête de la musique, les gens il voyaient cette sono rouge, énorme, qui vibre, et c’est là qu’il comprennent ce que c’est que la culture sound system.

Manu : et surtout c’est le seul moment dans l’année où on joue chez nous. Parce qu’aujourd’hui il est très difficile sur l’aire Toulonaise. Aujourd’hui il y a énormément de salle alors soit qui ont leur propre systeme de sonorisation, qui leur ont couté très cher, et quand nous on arrive avec un projet de faire une danse, ils nous disent pas de soucis. Mais quand on leur montre des photos et qu’ils voient la sono, une grosse sono rouge, ils nous disent « oubliez la sono les gars – on a mis je ne sais pas combien dans les satellites, les subs et tout ça, on a tout ce qu’il faut pour vous insonoriser, vous venez juste avec deus platines ».

Du coup on a toujours cet espèce de mur en face de nous. Nous on est un sound system, donc quand on veut jouer sans sono on va dans les bars. Si on va à l’encontre des salles, c’est parce qu’on a une sono artisanale à sortir, on a envie de jouer dessus parce que le reggae s’écoute de cette manière. Du coup on a ce mur de gens qui disent « non désolé, on accueille pas sono parce que ça fait trop de bruit, soit parce qu’on veut rentabiliser notre systeme de son à nous ».

Ca et aussi beaucoup de salles ferment très tôt à Toulon – c’est minuit ou 1h du matin. Aujourd’hui tous les massives sont concentré la plupart du temps sur Marseille/Aix en Provence, donc pour les faire venir en voiture sur Toulon, ils font 1h à 1h30 de route, et si la soirée finit à minuit/1h du matin et que les mecs ils ont fini de bouffer ou de faire l’apéro vers 11h, ils comptent sur un 5h – 6h du matin. Minuit ou 1h du matin, les mecs ils restent chez eux. Donc aujourd’hui on cherche des salles qui nous accueillent avec un sound system et qui puissent nous faire terminer au maximum 5h, au minimum 3h du matin.

On continue de chercher et en attendant on se fait inviter. Mais on a l’opportunité d’être de bons amis avec pas mal de sounds dans le sud-est de la France – notamment tous ceux qui sont là ce weekend. Donc eux nous ont invités pas mal de fois, et on travaille dur pour leur rendre la faveur et les inviter un de ces quatre, d’avoir nos propres danses sur Toulon avec un thème, des soirées trimestrielles… Mais aujourd’hui ce n’est pas simple à Toulon.

Mais ça c’est au niveau des salles; Les massives ils sont là. Quand on va a des concerts de reggae, dans des grosse salles de concerts, les salles sont pleines – on le voie ça à l’Omega Zenith à Toulon, quand il y a des concerts roots, il y a énormément de personnes qui adorent le roots. Mais qui ne connaissent pas forcément le délire sound system. Pour eux c’est simplement poser deux platines dans un bar avec un MC.  Le sound system c’est un tout – c’est les séléctors, c’est des colonnes de son…

C’est vrai que le sound system c’est une autre manière d’apprécier la musique

Antoine : voila, c’est de la vivre.

Charly : le coté anglais, par rapport au côté Jamaïcain, est très peu connu. C’est pour ça qu’avec des fêtes de la musique on va peut-être faire découvrir à des gens. Et au delà de ça, on essaye à la radio de développer ça et de le faire entendre.
Malheureusement tu ne peux pas tendre un plat a quelqu’un et dire « vas-y mange », il va gouter avant. Et bin en fait les gens goutent avec la radio et des petites choses comme ça, et après ils viendront festoyer avec nous.

Un autre truc qui intrigue – là ça va faire 5-7 ans que le reggae en France, la scène sound system commence à vraiment grandir.

Manu : vraiment, c’est grâce à Musical Riot en France, qui a énormément développé la scène sound system. Moi j’ai découvert les sounds systems en revenant de l’océan indien en 2003-2004, je me suis de-suite rapproché de ces soirée-là, parce que j’ai découvert le sound system avec King Shiloh.
En France, c’était au début des année 2000 – Shaka et Aba Shanti sont descendu à Paris fin ’90, début des années 2000, donc c’était encore dans le nord de la France. Et dans le sud,  ça a commencé vraiment en 2000-2001 avec Musical Riot qui organisait des soirées avec des sonos. Et là on allait voir ça quand on était youth

Antoine : ouai, King Shiloh cette danse au bois de l’aune, on était tous jeune. Moi c’est cette  danse qui m’a fait dire « putain, un jour aussi j’aurais un sound system ».

Charly : le pire de tout, c’est que toutes les personnes qui sont présentes à ce festival, ont tous quasiment découverts le sound system ce soir là – par exemple Anne Luminy, qui est une grosse activiste dans la scène du sud, qui était à l’origine des University of Dub à Luminy, et qui étaient vraiment  des évènements énormes. Et ce qui est marrant c’est qu’on était tous présent à cette soirée là – et on ne se connaissait pas à l’époque.

Manu : c’était en 2004, King Shiloh à la salle du bois de l’aune.

Charly : on n’avait jamais vu ça avant, tu te prends une claque.

Antoine : donc à partir de là, ça a fait ça pour pas mal de monde. Tu prends cette claque de basse, c’est des bonnes vibes, c’est du reggae, mais c’est un peu électronique aujourd’hui –  donc ça touche plus en plus de public… Il y a une bonne ambiance, les gens l’apprécient – et c’est pour ça que ça monte en flèche. Et tout le monde voit qu’au final c’est réalisable de monter une sono, et de gérer une sono.

Manu : surtout tu as énormément d’aide aujourd’hui pour monter une sono. A l’époque si tu voulais monter une sono même au début des années 2000, il fallait prendre son mètre, aller dans les danses et mesurer les boxs comme ça. Il fallait vraiment aller dans les danses au poser des questions au opérateurs pour pouvoir monter une sono complète.
Et aujourd’hui tu peux aller sur google, taper ‘monter un sound system’ et t’as des forums.

Antoine : c’est vrai, c’est indéniable que le net a contribué à cette montée.

Charly : sur l’aide, on a deux grosses expériences. La première est quand Mat avait commencé à commander le pré-amp. Et quand il l’a reçu, il l’a mis sur sa page facebook, et le grand frère Steph’ de Lion Roots  – à qui on fait un gros big up – quand il a vu l’image il nous a dit de venir tester le pré-amp sur sa sono. Il nous connaissait ni d‘Eve ni d’Adam, et puis c’est quand même un grand frère qui est là depuis plus de 15 ans dans la partie, donc quand il nous a dit ça, c’etait énorme quoi !
Et il y avait une date juste après à Montpellier, et on est monté là-bas et on a eu la chance de croiser Channel One. Et pareil, ce petit regard de Channel One qui rentre dans la salle avant la soirée. Nous était des petits jeunes qui arrivaient avec notre pré-amp, Steph avait fini tout son check up, son branchement, et il nous a dit de le tester. Il y avait de la curiosité de son côté parce que nous c’était un Jored et lui il utilise un Irad Processor.  Et t’a Channel One qui rentre, ils viennent te checker, et ils te disent « alors les youths ça va commencer ? Vous allez envoyer ? ».
Et c’est fou ces petits passage dans ta vie. On n’a pas parlé pendant des heures, mais tu sentais quand même que la vibes passait.

Pareil avec notre bredda JB, ex-membre des Jumping Lion qui nous a énormément aidés. On a commencé le sound avec Mat, on avait les pré-amps et tout ce qu’il fallait, mais on était le genre « bon comment on branche en fait ». Et une des premières soirées, grâce à Anne Luminy, on a eu l’occasion d’aller sur une des date de dub station avec les OBF. On les a questionné et pareil, les frangins super cool, ils ne se prennent pas la tête – ils nous disent « on n’est pas ingé son, on a appris ça sur le tas ».

Et ce JB ils nous a fait des prototypes de caissons, qu’on était les seuls à avoir – et dans le partage, dans tout ça tu vois, le truc t’as JB qui viens nous voir dans une soirée il nous demande si on est content avec, et il vient humblement te voir et te dire « au fait, ça te dérange pas si les plans je les passe à un autre brother ? ». Et bien sûr que non, c’est tes plans !

Et justement, le fait que tout le monde commence amateur, c’est fait par passion et que ce n’est pas vraiment professionnel c’est peut-être pourquoi il y a tant de solidarité.

Charly : tout à fait. Tout le monde se tire vers haut.

Antoine : c’est très ouvert, très accessible. Je pense que c’est peut-être pour ça que ça évolue aussi en France. Parce qu’un minot s’il est curieux, il peut accéder facilement à certain artistes, que ça soit amateur comme nous ou un peux plus grand, ils vont te parler facilement et t’expliquer deux trois trucs si tu demandes…

C’est ça aussi l’autre principe du sound system, tu peux vraiment discuter avec les gens contrairement au live où il y a une séparation

Manu : ouai parce qu’on est au même niveau que les massives, on n’est pas comme un groupe traditionnel. On ne monte pas sur une scène à deux mètre de haut des massives, avec des grosse barrières de sécurité, et où pour nous parler il faudrait utiliser Facebook. Non, on est au même niveau que les massives. On met des barrières sécurité attention, parce qu’aujourd’hui à trois heure du matin les mecs ils sont un peu plus chaud qu’à 8h du soir. Et ils sont tellement excités par les sons que des fois il y a des mouvements et tout ça. Mais on reste à proximité des mans qui nous écoutent pour pouvoir partager un sourire, un regard, quelques paroles. Si t’as des questions à poser, ou même nous si on veut te demander si t’a kiffé la sono. On va toujours demander aux massives s’ils ont aimé.

Donc toujours le sound system au même niveau que les massives, on ne se met pas au-dessus, je ne vois pas pourquoi on ferait ça.

Charly : et surtout ce qui est bon, c’est un bro qui va venir te voir et te dire « bon franchement ta sélection nickel, mais par contre fait gaffe au niveau des aigues » ou « fait gaffe avec ton niveau de micro »… et c’est bien parce que ça ne vas pas être de la critique négative, peut être tu n’y as pas pensé. Je pense que tu as aussi beaucoup d’émotions qui se mêlent à ça. T’as le fait de dire ‘moi j’ai écouté ça, ça m’a fait tripper, est ce que vous ça vas vous faire tripper’. Et t’as aussi le fait de gérer ton son, et t’aimerait que ça claque au bon volume, sans saturation, et ça c’est une autre technique. Et il faut que tu jongle avec ces deux émotions. Un truc qui va être plus technique et rationnel, et la tune qui est plus émotionnelle.

Antoine : Pour revenir à la question pourquoi ça l’expansion en France, je pense que sur le plan social aussi il y a une baisse de la teuf. Donc je pense qu’il  a beaucoup de teuffeurs qui se rapprochent de la culture sound system. Le fait qu’il y ait un gros volume sonore, sans l’illégalité.

Manu : ils récupèrent ce qu’ils aiment et ils laissent derrière eux ce qu’ils n’aimaient pas en teuf. Je pense. J’ai fait de la free party pendant quelques années, de 16 à 19 ans, entre les caraïbes et l’océan indien. Et quand je suis rentré en France, j’ai voulu en faire une aussi, et je me suis rendu compte que c’était pas du tout le même délire. Et j’aimais en parelle le reggae, et du coup je suis allé en sound system et je me suis dit que c’était la même chose, sauf que…  c’était plus serein, il y a plus de love, c’est moins glauque.

Charly : une question qui m’a déjà était pose par une personne qui ne connaissait pas forcément la scène, et ça c’est très fort dans l’esprit français, c’était « comment est-ce qu’il faut danser dans une de tes soirées ? »… Tu danse comme  tu veux. C’est ça le truc, on met tout à plat, on est tous pareil, il n’y a pas de honte.

Antoine : voilà tu ne regardes pas l’autre, tu es la pour toi au final.

Charly : et même si tu croise l’autre, tu vas croiser un regard, un sourire. C’est ce qui se passe très souvent. Et c’est là que je disais qu’il y avait vraiment une différence entre une session d’une soirée et une session de festival. Parce que le lendemain matin tu vas peut être recroiser la personne à qui tu as souri dans la soirée, et tu peux aller discuter… En plus tu n’as pas à te prendre la tête quand tu dois reprendre la voiture ou quoi. Alors qu’en festival tu n’as pas cette pression, et tu vois cette ambiance.

Antoine : et puis il y a tout ce côté aussi, avec le message de partage, d’unité, de respect, qui se perd peut être un peu dans les valeurs d’aujourd’hui. Il y a de plus en plus d’individualisme dans la vie de tous les jours, tous les débats politique, les infos, tout ça. Ce n’est pas terrible.

Bin justement, est ce que vous pensez qu’il y a toujours un aspect politique dans la scène sound system d’aujourd’hui ?

Charly : je pense que si. Bon après je vais être le fervent défenseur du bio. On a une tune que j’aime bien passer, c’est ‘chemical food’ – et pour moi c’est ça, le carburant que tu ingère c’est ton carburant à toi, essaye de manger un truc un minimum sain. Je pense que ça fait partie de l’éducation, de faire passer un message

Antoine : Ouai, il y a toujours un message à faire passer. Après de la politique pure, on évite quand même.

Manu : Après je pense que les massives ils entendent des trucs toute la semaine par les différents médias, les journaux, la télé. On leur bourre le crane de merdes, de nouvelles lois, de nouvelles taxes, des trucs qui vont te faire encore plus chier dans la vie de tous les jours. Mais tu vas a un sound system le samedi soir, t’oublies tout. Parce que humainement on est tous au même niveau, et on vient tous ici pour s’amuser, pour oublier notre semaine de boulot, on prend du plaisir tous ensemble. Et le dimanche matin, quand on se réveille on dira « bon bin j’ai pris un maximum de vibes dans les dents, dans la tête, dans le cœur, et je suis reparti, j’ai rechargé les batteries ».

Charly : Après, je ne veux pas partir dans le truc mystique, mais logiquement quand t’es dans un sound system, t’es là à dire « je vous propose ça – que vous allez peut être connaitre », ou « je vous propose ça c’est une surprise, que vous allez peut être apprécier ou pas ». Et les massives, ils se disent « je reçois, c’est énorme le sound system ». Mais il faut savoir que nous on re-reçoit cent fois, mille fois plus. Il y a des vibes qui passent, et nous on se recharge presque encore plus. Eux ils ont l’impression d’avoir le son fort et de recevoir beaucoup ; mais nous on reçoit aussi énormément, et c’est un échange comme ça – que ça soit dans le regard… dans la vibes quoi

Manu : et elle est tellement bonne qu’on ne va pas la quitter avant un bon moment

 

Un grand merci à Bass Explorer pour l’organisation, et à tout les sounds systems présents pour cette première édition du festival South Bass Attack.

Lion King Dub sur Facebook
Cultural Bass Radio Show – tous les mardi 9-11pm sur Radio Fly Foot Selecta

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Chronique: South Bass Attack Festival

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Organisé par l’équipe du Bass Explorer Sound System et l’association Musique 4 All, il faut dire que la programmation était alléchante : 7 sounds systems pour 48 heure de musique non-stop. Le principe est simple : une arène composée de 6 sounds qui jouent de 10h du matin, pour le reste de la journée, et jusqu’à 4h du matin; puis une sono qui prend la relève pendant les 6h restantes– pour du reggae et des bonnes vibes en continue.

A peine arrivé, on croise les têtes connus des activistes reggae du sud et autres aficionados, et la session commence donc dans une ambiance bien familiale. De plus, Il n’a pas fallu longtemps pour se rendre compte de la qualité du site. Situé entre Saint-Marcel-Les-Sauzet et Montélimar, la féria a rempli tout les critères. L’arène trônant au milieu, avec l’espace chill-out aux airs de Zion Garden et les stands buvettes et barbecue de chaque côté – un aspect idyllique, le tout entouré d’arbres, d’ombre, et de verdure.

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(Site du South Bass Attack – photo: After All)

Le premier soir, chaque sound jouant 30 minutes chacun, les sélections ont vite pris du niveau. Les Jumping Lion ont tout de suite montré leurs talents de collectionneurs,  tandis que les Lion King Dub ont ouvert leur caisse de dubplates pour notre plus grand plaisir. After All, accompagné de la talentueuse MC Pitch-up, a délivré une sélection digital à souhait; et Roots Powa et les cuivres de Fayalite Horns ont partagés leurs message conscient à coup de roots puissant.  Les Welders HiFi ainsi que Bass Explorer nous ont aussi fait découvrir leurs productions faites maison, et le Dub Fi Dub final a probablement été ressenti jusqu’à Montélimar

Pour le reste de la soirée, l’équipe du Natural Warrior a pris le relais dans une ambiance festive, l’occasion pour ceux qui en voulaient encore de skanker jusqu’au petit matin.

Le seul bémol du week-end fut la pluie, qui vint se joindre à la fête durant la journée de dimanche. Mais elle n’a pas fait peur aux massives qui sont restés – quoiqu’un peu moins nombreux mais tout aussi motivés– pour cette deuxième partie.

En somme, ce festival a été une belle réussite. De plus, après quelques années où la scène sound system aura été marquée par des festivals toujours de plus en plus grands (tels que le UNOD, Dub Camp, Outlook, Rototom…), il fait grand plaisir de retrouver un festival comme le South Bass Attack où la convivialité est le mot d’ordre. Malgré le fait qu’il n’y ait pas eu de « grand » noms, les invités représentaient tous la nouvelle génération de sound systems, nés aux alentours des années 2010; et qui sont très souvent ignorés dans les festivals de l’envergure du Dub Camp, du Rototom ou de l’UNOD.

Ces festivals souvent ne permettent pas l’interaction et l’échange qui a lieu dans des événements plus petit – et qui au final sont au centre de l’idéal du sound system : que tout le monde soit au même niveau, écoute la même musique, et partage les mêmes vibes. Il n’est pas possible au Rototom ou au Garance par exemple de se pencher vers la control tower et demander le titre de la chanson qui vient de passer, ou même ne serait-ce que féliciter ou serrer la main aux selectas.

Le grands festival permettent de faire venir des légendes,  mais les plus petits permettent un retour à l’esprit moderne du sound system et du reggae : où le clash a été abandonné en faveur de l’échange et la coopération.

Enfin bon, tout cela pour dire qu’on attend très impatiemment une deuxième édition !

Breezak Interview

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[photo: Bartosz Madejski]

“Je veux dire Mungo’s ils ont quand même commencé par vrais speakers qu’ils ont trouvés dans des poubelles quoi. Mais à l’époque, le sounds system des ghettos ou de la rue, il va commencer par littéralement une armoire. C’est leur bois, et ils vont clouer des planches dessus et ils vont mettre des speakers dedans.”


Longue interview avec Jérome (aka Breezak), l’homme derrière Bass Alliance Sound System et le sound system de Mungo’s Hifi. Discussion un peu plus technique, une sorte de B-A BA du fonctionnement d’un sound-system, le rôle de l’ingénieur, le choix des caissons et des réglages…

Alors, pour les débutants, est ce que c’est possible de résumer plus ou moins comment ça marche un sound system.

Je crois qu’on peut même commencer avant ça: pourquoi les gens amènent leur système [rires]

Allons-y alors :

La principale raison c’est que souvent tu n’as pas de sound system dans la salle. Donc quand tu veux faire une soirée, souvent n’y a pas de sound system dedans, ou alors si y’a un système, il ne sonne pas comme tu veux. C’est ça la raison principale pour laquelle tu amènes ton propre sound system.

Pour que tu puisses avoir le son que toi tu veux ?

Ouai voilà. Après, chaque groupe different, tout le monde à sa sono. Il y en a qui achètent des sonos toute faites, donc ils ont un son qui est parfait, qui est clair, de la marque qu’ils ont acheté.
Ou alors tu peux aller vers le home made sound system, donc comme nous, comme Iration… le sound system classique à la jamaïcaine. Donc souvent en partie fait maison, en partie des trucs qui sortent de chaines, des trucs de marque.

Traditionnellement [le sound system] ça va être les pré-amp avec la platine et les effets, l’ampli, et les speakers.

La caractéristique du sound system reggae ça va être une grosse basse déjà. Traditionnellement les caissons sont monté de manière en fonction de leur son : basse, medium et des aigus. Ça c’est la version traditionnelle 3 voies, donc ton pre-amp il coupe le son en trois. Et après avec la technologie maintenant tu peux faire ce que tu veux. Tu peux faire stéréo ou quoique ce soit.

Tu peux expliquer rapidement ce que c’est stéréo?

Traditionnellement le sound system reggae va être mono. Donc même si t’as deux stacks, les 2 stacks ne vont pas avoir une partie du son qui sort a gauche et l’autre a droite, ça va être tout en mono. Et même nous, on fait 2 stacks, même si on a la possibilité de faire en stéréo, on fait tout en mono.
Avec le nouveau matériel qu’on a, si je voulais je pourrais avoir 8 voies. Maintenant tu peux faire à peu près tout ce que tu veux. Avec l’arrivée du digital, et que c’est un peu moins cher, t’as plein de sound systems qui commencent avec un cross-over digital.

Donc dans les sound systems reggae de nos jours il y a deux écoles on va dire. Il y a ceux qui ont le pré-amp, et qui souvent maintenant sont à 4 voies. Donc même OBF maintenant ils sont à 4 voies je crois, mais ils ont un cross-over derrière qui coupe en 5.
Ou alors, nous ce qu’on fait c’est qu’on n’utilise pas de pre-amp, on a le mixer du DJ, et le selecta va faire les effets dessus.

On utilise que ce qui s’appelle un digital crossover, et la dedans tu rentres ton signal, et après ça ressors pour chaque caisson… Donc nous on est en 5 voies:  on a le sub ou le low bass qui va de 85 Hz jusqu’à 30Hz à peu près. Après t’as le upper bass, donc le kick, c’est entre 85 et 140Hz. C’est une bande qui est vraiment fine, et c’est juste le kick drum en fait. Si t’avait une batterie sur scène c’est là-dessus que ça tape.

Et après, pour avoir un peu plus de clarté, qui n’est pas vraiment old-school reggae,  c’est qu’on va avoir médium, haut-médium, et vraiment les aigus et tweeters en haut.

Donc en gros chaque voie correspond à chaque caisson?

Après, les voies elles correspondent mécaniquement à quelle boite tu vas avoir derrière. Donc ton signal il rentre de 20Hz à 20 kHz. Donc que si tu utilises un digital crossover ou que tu utilises un pre-amp, ce que tu coupes c’est pour avoir la fréquence optimale que le speaker va pouvoir reproduire.
Donc un scoop par exemple, tu pourrais  lui mettre un signal full-range dedans – donc tout ensemble – sauf que ça va sonner tous pourris dans les aigus. Mais il arrive un peu à reproduire le son.
Mais pour arriver à avoir un maximum de puissance et de clarté, le scoop, suivant les designs – le superscooper on pourrait mélanger, on pourrait avoir bass et upper-bass dessus, mais tu perds dans la clarté du son. Donc on leur met juste de 30Hz à 85Hz, et c’est là que le speaker dans la boite est optimal, en fait. Tu as le meilleur son à cette bande de fréquence.

Et suivant les speakers que tu utilises – donc nous  on utilise un setup qui est super standard de nos jours: 18 pouces sur la basse.

Des PD 18?

Ouai Precision Device PD 1850. Donc des speakers de 18 pouces c’est à peu près la base, le sub basse qui fait le mieux. Après pour le kick on utilise des 15 pouces, qui sont plus petits mais ils sont beaucoup plus rapides à reproduire le son.

Et aussi des médium 12 pouces, qui le standard aussi des anciens sound systems reggae.
Après au-dessus, c’est là la différence encore une fois avec la nouvelle technologie et tout. Souvent les anciens sound systems ils seraient passés de 12 à des Piezo ou à une série d’aigus. Nous ce qu’on fait c’est qu’on passe en 6.5 pouces, donc ça c’est les petits speakers avec une membrane. Et après on a un tweeter de 1 pouce, et ça c’est pas un speaker, c’est un compression driver, qui lui fait juste ce qu’il y a au-dessus de 4 KHz. Qui fait vraiment les aigus.  Tu as plusieurs types : l’ancien sound system reggae je dirai qu’il utilise des Piezos – qui est pareil, c’est pas un speaker à membrane, c’est une toute petite plaque qui va vibrer, qui va te donner des aigus super forts.

C’est pour ça que tu partages ton signal en fait, c’est pour utiliser le speaker – un compression driver, même les plus chers ils vont descendre peut être jusqu’à 500Hz, et ça c’est sur des gros trucs cher spécialisé qu’ils font maintenant. Donc c’est pour ça que tu es obligé de partager ton signal en fait, tu ne peux pas avoir un speaker qui fait toutes les fréquences à des volumes forts.

Par exemple, si tu regardes un ghetto blaster, t’as un speaker dedans. Et un ghetto blaster  on va dire qu’il va reproduire de 50Hz à 15KHz à peu près. Donc tu vas croire que ça fait toutes les fréquences mais ça marche qu’à un volume faible. Dès que tu veux un plus gros volume, il faut séparer par bande. Et plus tes bandes sont fines, tu prends un speaker et une boite qui est faite pour cette bande là, et tu peux vraiment avoir le meilleur son. Tu combines, tu fais ta rangée de basses, tes kicks, tes mediums, tes aigus… Et après ce qu’il faut faire avec tout ça c’est être sûr que ça marche ensemble.

Alors après c’est peut être un autre niveau.
Un sound system reggae va avoir beaucoup plus de couleurs, et un son plus – sans  que ça paraisse négatif, mais « muddy » on va dire. C’est plus chaud, c’est plus mélangé… C’est pas aussi net en fait. Pour l’oreille humaine, si c’est trop net, ça ne parait pas bien.

C’est pour ça que même avec les nouvelles technologies, tu peux avoir un son très, très net, ce qui sur le papier est de la bonne qualité, mais les gens vont pas aimer parce que le corps humain n’est pas habitué à ce que ça soit net. C’est trop clinique si c’est tout net.

Et donc quand tu as un pré-amp, en fait toutes tes fréquences vont dans les speakers en passant par les amplis. Le signal il est faible, il passe par les amplis, il est amplifié, il va dans les speakers. Mais avec l’acoustique, quand tu as un sound system, il y a un autre truc qu’il faut prendre en compte: c’est l’alignement. En fait le son quand il est créé par un speaker, il va sortir avec une certaine « longueur d’onde ».

Donc si tu as un scoop par exemple – alors là c’est encore plus complique le scoop [rires]

Le scoop, jusqu’à 85Hz – c’est pour ça que j’utilise 85Hz sur le PD – le son sort par l’arrière du speaker, passe par le ‘horn’ – les notre je crois qu’ils font 2m20. Donc en fait la horn va amplifier ton signal, va le rendre beaucoup plus fort, va permettre de diffuser le signal dans la salle beaucoup mieux. Mais ce qui ce passe c’est que quand le son sort de l’ampli, et qu’il va aller dans la salle, il est décalé par cette distance du speaker en lui-même, la distance du horn.
Donc quand tu es devant le speaker, le son il arrive – tu fais a la vitesse du son, c’est comme ça que tu mesures – donc si tu as 2 m de décalage, il va y avoir un délai avec un speaker 12 pouces qui lui fait face et qui sort directement.

Donc les basses auront le son un peu décalé :

Voilà, c’est un peu décalé. Ce qui peut donner un effet sympa si tout est bien fait, ou alors ça peut s’annuler, tu peux avoir des sons qui s’annulent. Après suivant les gens, c’est « a matter of taste ».

C’est pour ça souvent dans les free quand ils assemblent plein de caissons ensemble  ça s’annule?

Mettre plein de caissons de basse ensemble ça va pas forcément être plus fort si c’est pas les mêmes designs, ils peuvent carrément s’annuler.
Tu peux monter tes amplis et le son il descend. Je l’ai déjà fait par expérience ici, tu inverse les polarités, et en fait tu  llumes un scoop ça devient fort, t’en allume deux ça devient fort, t’en met un troisième ça réduit, et tu mets le 3 et le 4 en inverse, bin en fait tu réduis tout. Tu l’entends toujours parce que c’est dans la salle, mais en fait le son descend.

Donc ça c’est une autre chose qui est devenue possible avec les digital crossover, c’est que vu que tout passe en digital, tu peux aligner les sorties – le mien que j’ai ici, je rentre carrément la distance que j’ai à l’intérieur du speaker : donc je lui dit que mes scoops ils font 2m20, mes kicks ils font 80cm, et il aligne tout pour moi, pour que quand tu es devant dans la salle toute la wavelength de tous les speakers arrive en même temps à l’auditeur.

Donc tu n’as pas à tout régler manuellement

Je rentre les infos manuellement pour chaque speaker, mais je lui dis tel est la distance, ou alors met moi 10 millisecondes de délai et il le fait pour moi. Mais ça c’est une option qu’il n’y a pas sur les anciens pré-amp, et ce qui donne un effet qui est… tu pourrais dire que c’est bien, tu pourrais dire que c’est pas bien, ça dépend de ce que tu aimes.

Donc tu as tes coupures de fréquences, crossover, alignement, et il y a aussi ‘equalization’.
Une boite en elle-même, ou une combinaison de boites en fait, elles ne vont pas être tous au même volume, elles vont pas toutes avoir des bandes pareilles. Quand tu mets ‘l’équalizer’ dessus, tu peux équilibrer comme tu veux. Et la pareil, la différence entre digital crossover et pré-amp: de nos jours les grosses compagnies de touring qui font des sound systems dans les salles de concert, ils vont équilibrer un sound system qui fait de 40Hz à 20KHz, ils vont l’aligner exactement parfait – donc au niveau de l’alignement des speakers – et ce qu’ils vont faire aussi c’est mettre du ‘white noise’ – qui met toutes les fréquences au même volume. C’est pour ça que ça sonne assez… affreux.

Ce qu’ils font avec ça c’est équilibrer le systeme. La basse elle sera à la même intensité que les aigus, et c’est là qu’au niveau du reggae y’a le plus de reglages à faire, c’est vraiment en fonction de ton opinion et quelle musique tu joues, mais un sound system reggae n’est pas ce qu’ils appellent “flat”, plat.
Il va être beaucoup poussé sur la basse et sur les aigus. En général basse et aigus sont vachement remontés, A l’origine, dans roots il y a quasiment pas de kick .C’est pour ça que c’était les 3 voies à l’origine. En fait, au lieu de mettre un equalizer, ils avaient juste 3 boites, ça fait que les fréquences qu’ils n’avaient pas besoin, elles n’étaient même pas reproduites.

Donc plus la technologie s’ameliore, le système qu’on a je pourrais le faire complètement “flat”. Mais ça sonnerait pas reggae, ça sonnerait salle de concert, un son clair, net. Donc après tu rajoute un equalizer dessus, suivant quel ampli tu mets sur la basse ou sur le aigus. Différent amplis auront un différend timbre aussi. J’ai essayé plusieurs amplis de basse, on est plusieurs dans la scène reggae à utiliser les mêmes: les Void Infities 8, parce qu’ils ont un son qui est pas clean. Il y a un son en plus de la puissance, il donne une couleur au son.

Donc ça c’est pour tout ce qui est tweeking.
Après ce qui se passe là-dedans: Que tu utilises un crossover ou pré-amp, ça sépare ton signal, ça va à tous les amplis – là c’est pareil, tu peux choisir ce que tu veux comme marque pour avoir ton son – et après aux boites. Ça c’est la base.

Après, pour la source ça va être vinyle, avec une platine, 2 platines, un mixer ou pas. Après si tu as un MC et micro, tout ce qui va rajouter du caractère c’est quel effet tu vas mettre dessus, boite à effet, boite à sample, tout ce qui se rajoute par-dessus.

Ça c’est la théorie simple (rires)

Après, depuis le début ce que j’explique c’est dans les box. Les caissons, c’est là qu’il y a une autre partie de la magique de l’acoustique qui se passe.

Bin voilà, c’était la prochaine question: comment tu décides quel scoop, quel genre de caisson est mieux pour toi.

Voilà. Bin c’est là que ça devient très très compliqué. C’est de la physique, c’est de l’acoustique pure et dure. Un speaker il déplace de l’air. Et tu peux avoir un gros speaker – le plus gros que j’ai vu c’était 26 pouces – un gros speaker comme ça doit bouger beaucoup d’air.

Mais en fait non. C’est la combinaison du speaker en lui-même et de la boite. Parce que dans une grosse salle, tu peux mettre autant de PD18 qu’on utilise, par exemple, tu peux en mettre autant que veux, s’ils sont juste posés comme ça au châssis, qu’il n’y a pas la boite derrière, bin il y a rien qui va concentrer l’effet.

Le plus dur pour les gens qui design les box, et qui les fabriquent,  c’est ce qui se passe à l’intérieur de la boite, et le plus important c’est la combinaison du bon speaker et de la bonne boite. Parce qu’une très bonne boite avec un mauvais speaker dedans – et quand je dis mauvais ça veut pas dire faible – tu peux mettre un speaker de 2KW dans une boite et un autre de 500W, celui de 500W peut sonner mieux s’il est optimal pour la boite.
Et là il y a des calculs, c’est toute une histoire de volume et de “path”, le chemin que les ondes vont prendre.

C’est pour ça qu’ils essayent de rallonger l’espace derrière le speaker?

Bin la basse a une wavelength qui est super longue, donc il vaut mieux des boites avec des grosses horns. Tandis que les aigus c’est super court comme wavelength, donc ça peut sortir plus ou moins direct. Mais il faut quand même mettre un “guide” dessus, en plastique, et ça va te contrôler la dispersion.
Pour la basse, la dispersion…  ça sort de partout. Les aigus par contre sont vachement directionnels, donc tu as toujours un guide dessus.

Donc c’est là que la plus grosse partie du son, pour moi, c’est de là qu’elle vient. Et t’as plein de design de scoops différents, et si t’enlèves 5cm dans la chambre derrière le speaker, ça va totalement changer le son en sortie.

C’est pour ça sur tous les forums, t’as toujours un mec qui demande “j’ai acheté ce truc, je pense faire ce genre de caissons”, t’as les autres qui disent “ non ça va rien faire, choisis plutôt ce design…”

Voilà, et plus de Kilowatt veut pas dire un meilleur son. C’est vraiment la façon dont c’est mis ensemble. Et après bien sûr c’est “matter of taste”. Il y a des gens qui vont préférer un son comme ça, alors que d’autre non.

Surtout dans le reggae, l’importance de la basse c’est que les gens le sentent au lieux de l’entendre. Donc le design va beaucoup changer là-dessus. Un scoop par exemple est diffèrent d’une boite reflex. Donc reflex ton speaker est monté ‘plat’ devant, t’a une boite derrière qui crée le volume pour que l’air soit compressé derrière, et ça ressort directement par devant.
Comparé à un scoop ou ça passe par une horn et ça va ressortir après 2 mètres, et ça, ça va beaucoup plus créer de vibrations au sol, de vibrations dans les murs. Donc ce qui est bien pour le sentir sur le dancefloor, ce qui peut être un problème par exemple au Berkeley où avant ils avaient des boites reflex, il avait un bon son à l’intérieur on a jamais eu de problèmes – maintenant il y a des scoops, des Hogs, et le problème avec ça c’est que ça vibre beaucoup plus dans tout le bâtiment. Donc c’est pas forcement beaucoup plus fort à l’intérieur, mais la vibration créée par la boite est énorme, et les voisins maintenant ils se plaignent. Donc voilà, ça dépend de ce que tu veux faire.

Tout est dépendant de l’endroit où tu vas être. Apres il y a une grosse différence entre avoir une sono avec un bon son que tu aimes bien, et faire une sono pour une installation – où la tu fais attention à ce que ça soit bien à l’intérieur et que ça fasse pas chier les voisins.

Et du coup, le truc qui fait la différence entre votre sono et celle disons d’OBF ou Iration, c’est l’assemblage justement des différents composants.

Sur le principe elles sont toutes pareils, le principe est le même. C’est un « crossover, ampli, speaker ». Par contre la combinaison va être différente. Donc  moi j’utilise un digital crossover avec mes settings dedans, eux ils utilisent un pré-amp qui va avoir ses secrets. C’est le secret du pré-amp, tu ne sais pas vraiment ce qu’il y a dedans. Chaque pré-amp va être diffèrent suivant qui c’est qui les a faits, comment ils ont été prévus.

Les amplis ils vont donner une coloration au signal aussi, donc on utilise des amplis différents. Et les boites en sortie, chaque design change – je ne sais pas ce que eux ils utilisent exactement, mais je crois que c’est 18, 15, 12 et des tweeters en hauts, mais c’est pas du tout les mêmes boites que nous. Donc ça va sonner vraiment différent.

Donc c’est vraiment en fonction de ce que tu joues, de ce qui sonne mieux pour toi.

Ce qui est mieux pour toi, et aussi ce qui est à l’origine des sound systems reggae, en fonction de ce que tu trouves. Ce que tu peux t’acheter. Souvent, il y a beaucoup de choses que j’aimerais changer dans le son et que je ne change pas, c’est principalement une histoire de frais. Histoire de frais, d’habitudes, de raisons personnelles aussi – il y a des gens qui aiment bien utiliser ça, d’autres qui aiment bien utiliser d’autres… C’est très personnel.
Tout le monde va avoir un assemblage différent et un son différent, c’est ça qui fait aussi le charme du truc.

Mais ça nous est arrivé avec les Dub Smugglers, qui ont un assemblage qui est complètement différent du nôtre – on utilise tous les deux des digital crossovers mais ils n’ont pas le même que nous, ils ont des amplis différent, c’est des amplis complètement digital alors que nous on utilise des anciens encore, des lourds. Et les boites  sont des designs différents, des marques différentes pour les aigus et les médiums… Mais la façon dont ils l’ont réglé et la façon dont je l’ai réglé, on les a mis dans la même salle, et en fait on a un son super similaire en sortie. Ce qui est assez impressionnant quand tu vois que tout est différent.

Suivant ce que tu joues aussi, la musique que tu vas jouer va te donner les directions de comment tu “set-up” le son. Je sais que nous, même dans une session, entre le warm up et la fin, souvent je vais changer les settings. Si Tom il fait une sélection roots-ska avec des 7”, je vais vachement booster la basse et la tête des aigus, parce que le son à l’origine il est pas pareil.

Ton system suit ce que tu vas jouer en fait. Si tu joues une dernière production digital qui a été masterisé, on va dire bien poussé en studio, et bien sur le sound system le réglage va être plus près du ‘flat réponse’, du set up à zéro. Parce que la production en elle-même est déjà poussée pour avoir ce son-là.  Et ça se voit quand tu regardes les amplis, t’a toutes les indications d’une tracks à l’autre : tu vas avoir des changements énormes.

Il y a plusieurs sounds qui ont dit que quand tu produis une tune pour être joué sur ton system, et après tu la joue sur la sono de quelqu’un d’autre, ça change complètement.

Tom essaye ses morceaux dès qu’il peut sur le sound system. Et c’est vrai que les tracks qu’il joue sont masterisés principalement pour jouer dehors. Quand il va faire un master pour le mettre sur vinyle ou CD ça va pas être le même.
Et ça c’est l’avantage d’avoir 2 producteurs ici qui font la musique, c’est qu’ils font de la musique pour le sound aussi, ils savent comment ça va s’entendre quoi.
Dubsy et Chikuma ils venaient souvent faire les set-up avec moi pour tester leurs nouvelles tracks. Et des fois ça pouvait sonner bien en studio, mais ça sonnait dégeulasse sur la sono, il manquait quelque chose sur le sound system. Tu peux produire juste pour le sound system aussi.

C’est tout personnel, comment tu as envie, quand tu l’écoute fort en soirée, comment tu as envie que ça sonne. Ce que je fais souvent quand on a des gens qui jouent sur notre sound system, en soirée ou en festival – souvent c’est pas  que nous qui jouons dessus – c’est de jouer un peu avec le sound system. Soit voir avec eux, des fois il y a qui viennent me demander “fais que ça sonne comme ça” ou quoi, ou sinon s’ils nous disent rien on le fait pour que ça sonne comme nous on le veuille.

Donc c’est vraiment en fonction de qui joue, de comment la session se déroule.

En fonction de la salle aussi, en fonction de l’ambiance…

Tiens  voilà, par rapport à la salle. Par exemple à la Art School tu as mis la sono d’une certaine manière. Est-ce que c’est toujours comme ça, ou ça change en fonction d’où tu es?

Ça ça revient à la physique de l’acoustique, c’est qu’il y a une partie qui se passe dans la boite, et il y à l’autre partie dès que ça sort de la boite. Quand tu es dehors, on va dire qu’il y a moins de problèmes, parce que ça part dehors ça s’écarte. Donc c’est plus dur dehors d’avoir un son super intense. C’est là que souvent dehors on rajoute des stacks pour avoir plus de couverture.

En intérieur il y a deux choses. Avec le sound system reggae traditionnel, tu vas écouter ce que tu joue directement à partir des speakers. Ça c’est la différence du reggae par rapport à quand  tu vas a un concert, c’est que normalement les artistes sont sur scène, le sound system est devant eux, et sur scène tu fais confiance qu’à ton monitoring. Mais avec le sound system, tout le monde a au moins un stack tourné vers eux pour entendre comment ça se passe dans la salle.

Et après tu positionne les autres stacks pour couvrir au mieux la salle. Mais ce qu’il se passe dans une salle c’est qu’il y a du “bounce back”, des échos contre les murs… Donc si tu mets tes stacks à une mauvaise position ils vont s’annuler aussi, ou alors ça va créer des “dead spots”: quand tu traverses la salle, il a des endroits où la basse va être super intense, où elle s’additionne; et d’autres endroit où t’as des gros trous, t’as rien quoi. T’entends juste les aigus, parce qu’ils sont directionnels, mais la basse s’annule.

Donc il y a pleins de théories aussi, qui sont plus ou moins personnelles. La façon dont les salles de concerts le font: d’avoir la sono de chaque cote de la scène plus ou moins plat, c’est ce qui te donne le moins d’interférences, t’as le plus de chances de couvrir la salle bien.

Apres si tu veux t’entendre, tu mets un stack de côté, et il faut en avoir un autre qui est pas directement en face… je dirais 90 degrés ça marche à peu près. Mais souvent on en met un à coté de nous, un autre en face, on va allumer, marcher dans la salle et le pousser légèrement pour avoir le moins de dead spots possibles, pour avoir le plus de couverture.  Et ce que tu essayes de faire c’est de couvrir toute la salle, que les gens entendent à peu près au même niveau partout, et d’avoir au maximum de couverture de basse.

Et vous ne les mettez jamais en face de vous?

Ça dépend combien de stacks tu mets, si la salle est grande ou pas. Si c’est une petite salle souvent ce que j’aime bien c’est d’en faire un – comme ça t’as pas d’interférences, t’en met juste un dans le coin, et ce qui est bien avec le coin c’est qu’il amplifie ce qui ce passe dans ta boite, il va envoyer de la basse dans toute la salle. Donc quand tu mets un stack dans un coin, généralement t’as un meilleur résultat de basse. T’as une basse qui est plus forte dans toute la salle.
Le plus simple c’est un seul stack.

En extérieur, si c’est pas une trop grosse foule, un seul stack c’est le plus simple, t’as pas d’interférences, t’as une bonne couverture, et c’est simple à gérer.
Après si tu veux couvrir une grosse scène, tu multiplie, un, deux, trois… et quand tu regardes, ils sont toujours à des angles, t’essayes d’éviter les face à face. Si t’a un face à face mais qu’ils sont loin l’un de l’autre, tu ne vas pas arriver à la zone d’interférence au milieu. Mais tu ne peux pas faire face à face trop près.

Nous on n’est pas trop fan du stack en face, par rapport peut être aux sons plus roots, parce que les sons roots ce qu’ils aiment bien c’est que t’en ai un sur le côté qu’ils entendent, un au fond qui leur revient vers eux.

Ce qu’il se passe avec ça, c’est que quand t’es à la position de sélecta, de DJ, tu vas avoir un son qui a plus de délai. Donc si tu sélectionne à la Shaka, ou Channel One, ou Aba Shanti, ils ne mixent pas les tunes. Mais si tu mixe, tu ne veux pas avoir de délai. Je pense que c’est ça la différence, pourquoi nous on en met pas souvent en face, c’est que ça devient un problème quand tu mixe et que tu veux caler deux vinyles en temps, le troisième stack en face il t’emmerde un peu [rires]

Oui c’est vrai que c’est logique. Les potes en France ils jouent tous avec leur sono en face mais ils utilisent qu’une platine

Ouai, si t’as une platine, c’est bien de l’avoir en face t’entends très bien le son. Et tu t’en fous, quand t’arrête t’as pas ce petit délai de quelques millisecondes, c’est pas grave.

Donc souvent quand ils mixent, ils ont des moniteurs en plus au niveau des platines. Quand tu les allumes t’entend pas le son du sound system, t’es dans ta petite bulle et la t’as un son qui est aligné avec ce qui sort du mixer. Parce que le son du DJ qui va à un troisième stack, quand il te revient à toi, le temps qu’il passe par tous les amplis, 30m de câbles et à travers une salle, t’as un délai. Donc si tu essayes de mixer, tu peux pas.

Donc ça c’est pareil suivant si ça va être des DJ qui mixent, ou si c’est des gens qui font de la sélection pure et dure, c’est ça qui va changer comment tu mets tes speakers.
Mais en général c’est avoir la meilleure couverture, et le meilleur son possible partout.

Après, le côté home made – ça change quoi et ça apporte quoi?

c’est l’identité du sound system. Quand tu regardes les vieilles boites, il en a une qui est venue sur ebay récemment, elle est peinte à la main, tu vois que ça a été fait…  Je veux dire Mungo’s ils ont quand même commencé par des speakers qu’ils ont trouvés dans des poubelles quoi. Mais à l’époque, le sound system des ghettos ou de la rue, il va commencer par littéralement une armoire. C’est leur bois, et ils vont clouer des planches dessus et ils vont mettre des speakers dedans. Donc l’aspect home-made, tu as cet aspect que tu l’as fait toi-même, c’est ton sound system, et quand tu vas le sortir en soirée les gens le reconnaissent. Ca a à voir avec l’identité, et aussi ce qui est bien avec home-made c’est que tu peux faire le son que tu veux.

De nos jours, tu peux acheter des speakers d’usine, qui sont fabriqués. Les superscoopers qu’on a c’est un design – c’est pas le nôtre – mais après on les a fait nous-même donc on peut faire la finition qu’on veut dessus, les grilles qu’on veut.
Et après t’es pas dépendant. Si t’achètes une marque, tu vas avoir le son de cette marque là, sur la basse et sur les aigus. L’aspect home-made, même si tu achètes d’une marque, c’est que tu peux combiner. Nous nos têtes, enfin,  nos mediums et aigus c’est des Voids, et même si c’est une boite que j’ai acheté à Void, j’ai changé les speakers . Ils seront sans doute pas d’accord, mais j’ai mis d’autres speakers dedans que je trouve sonnent mieux.

Donc tu peux improviser, tu n’es pas restreint :

Ouai l’aspect home-made c’est surtout ça, c’est de ne pas être restreint au son d’une marque, de faire ce que tu veux, et de faire l’aspect que tu veux : donc couleur, peinture…

C’était Albah des Welders qui a fait la remarque que tu peux deviner si un sound system joue roots, ou steppas ou quoi en fonction de son apparence.

Ouai par le look. C’est ce que je disais par rapport à l’ancien système 3 voies. Si quelqu’un a beaucoup de Piezos, qui a une range de médiums et des scoops, tu vas te dire ils vont faire plus du roots ou du dub. S’ils ont gaugés pleins de subs et plein de tops, tu vas te dire ils sont plus steppas.
Nous je pense que ce qui est bien avec notre son et et pourquoi ils nous reservent souvent sur des festivals, c’est qu’il est polyvalent. On va pouvoir jouer du roots dessus, je mets mon roots setting dedans. On peut jouer du steppas, on peut jouer du dubstep… Drum and bass, j’ai fait pas mal de soirées drum & bass,  je me suis aperçu que les gens qui jouent de l’ancienne drum and bass ça passent pas bien sur notre system. Donc tu ‘tweek’, et ça sonne mieux.

Mais l’aspect visuel il est important – ouai l’identité du sound system. Si tu le mets à un endroit, dans une salle, s’il y a un Sound clash, on le voit.
Si tu regardes King Earthquake. King Earthquake il a un très beau finish, c’est peint.

Ouai et puis tu vois directement que lui c’est du gros steppa.

Ouai même le look des boites, c’est carré, il y a des grosses grilles, c’est peint en camouflage. Tu vois une photo même d’une seule boite du sound, même pas tout le sound system, tu sais que c’est une boite King Earthquake.

Et puis à cote de ça tu regardes Channel One, c’est tout en bois, les grilles sont rondes – ça donne plus roots

Et un peu de mélange de plusieurs boites différentes, tu vois que c’est pas toutes du même design, de la même année. Nous on a essayés, les boites au début elles étaient violettes. Donc on les a poncés, pour que ça aille avec le reste. Donc là du coup les gens reconnaissent que c’est Void, mais ils savent c’est des Void Mungo’s [rires].
Même quand  tu regardes sur le forum “speakerplan”, il y a des gens qui s’étonnent des combinaisons de speakers qu’on utilise, et j’ai vu des commentaires “mungo’s do it and it sound good” [rires]. Et il y a des gens qui disent non tu ne peux pas faire ça. Mais c’est la façon dont on les coupés et tout.

Quand tu regardes les boites OBF, elles ont leurs ‘stencils’ dessus, leurs couleurs à eux… C’est bien en clash cet aspect identité du son. Et puis ça fait partie de notre logo, tu regardes le logo Mungo’s, tu créé une identité avec ça.

Ouai c’est ta marque en fait.

Ouai ça devient ta marque. Quand tu vas dans une salle de concert tu peux reconnaitre DNB avec des boites carrées sur les côtes avec le petit logo, et bien les reggae sound systems ils ont leur look.
Si tu veux un bon exemple, c’est en Allemagne, Dandelion Sound System. Et eux ils ont carrément passé du temps. C’est un boulot d’ébéniste. Et c’est un super boulot.
Il y a des gens, je sais plus où, qui dans leur scoop, la croix dans le scoop en bas – elle est purement structurelle – mais ils ont fait une étoile. Je sais plus où c’est. Mais c’est des petits détails qui font tout. Et puis c’est beau, c’est l’aspect esthétique.

Ouai, ça change du truc d’usine, de chaine où tout se ressemble.

En salle de concert les gens ils viennent pour regarder ce qu’il se passe sur scène. Ils s’en foutent du sound system. Dans les soirées reggae, le sound system il est à part entière. Souvent ça m’est arrivé d’installer le sound system sur la scène, et les DJ sur le cote. Et ce que les gens ils regardent c’est le sound system, ils l’ont devant, ils l’entendent nickel. T’as moins ce point focal sur le DJ ou sur le groupe de musique, ça va être la sono. En France le plus d’ailleurs, les gens regardent pas le DJ, ils sont la tête vers le son.

Ils y en a plusieurs qui ont parlé de ça justement, et comme quoi ça venait de la culture ‘teuf’.

Ouai en teuf, mais parce qu’en teuf ils mettent toujours le DJ derrière le son. Le DJ c’est pas forcément ce que les mecs veulent regarder.  Mais ouai, en session, le son il est près des gens.

Ouai les gens viennent pour le son

D’où l’intérêt de le faire custom, de le faire home-made, d’avoir un look différent.
Et aussi au niveau prix. Au niveau prix tu peux faire un sound system custom pour beaucoup moins d’argent qu’un sound system que tu achèterais. Si tu vas à un magasin et tu leur commande un sound system avec tels spécificités, ça va te revenir beaucoup plus cher que si tu le fais toi-même, que tu achètes ton bois, tu assemble…
il y a toujours cet aspect aussi que les sound reggae ils démarrent pas avec plein d’argent.

Ouai ça se saurait !

Après tu peux aller plus loin dans le home-made – nous on n’a pas les connaissances, il y a personne ici qui fait ça – mais tu peux même aller jusqu’au point de designer tes propres boites, tes propres speakers, de faire tes propres amplis, ton propre pre-amp. Ça c’est le côté plus électronique, où la vraiment tu construis de A à Z. Là c’est le next level home-made, c’est les amplis Jah Tubbys…

Il y a des plans, tu t’inspires de plans ou si vraiment t’es bon en électronique tu peux commencer de zéro – mais bon, c’est dur. Mais tu peux créer vraiment tout toi-même.
Après nous on fait beaucoup de route, on fait pas mal de touring et tout, il y a quelque chose quand tu l’achète de quelqu’un qui a une équipe de design et développement, et qui va être testé, c’est mieux. Parce que si tu le fait toi même, il n’y a pas cette garantie que ça tienne.

Après home made, tu es toujours en train de changer de trucs. Tu peux, un an après l’avoir testé sur les routes et en soirée, dire “ah non en fait, je préférais ça avant”, ou “tiens il y a ce produit-là qui est sorti”. Tu le test, ça évolue. L’aspect home-made c’est que tu peux évoluer pièce par pièce, t’es pas obligé de tout changer – et ça c’est ce que tu ne peux pas faire avec un sound system tout fait, d’usine. C’est soit tu dois tout changer, ou tu gardes. Tandis que si c’est home-made tu peux changer au fur et à mesure, tu ajoutes des trucs…

Après tu me disais comment tu règles ta sono dans les soirées, tu dis que tu le fais au feeling, c’est différent de ce que fait un ingé son en concert ?

Ça va être vraiment au feeling à chaque moment, même à quel setting tu commences. Si c’est une soirée bien longue qui commence avec peu de gens, tu vas commencer tranquille. Si les gens ils arrivent tous d’un coup, même au niveau de l’équilibre; tu peux amener les gens à danser si tu commences bien. Des fois ce que je regrette à des danses c’est que tu ne peux pas commencer avec tout à fond, il faut amener les gens à danser devant le système. C’est comme si tu les attire avec le sound system et une fois qu’ils sont chauds, et bien là tu peux pousser.
Et c’est autant le rôle de l’ingénieur en soirée que le rôle du sélecta aussi.

Le fait de lire la foule ?

Bin les anciens sound systems roots il n’y avait qu’une personne, qui était le sélecta et l’ingénieur – il va pousser son system en même temps qu’il fait sa sélection. Maintenant avec les DJ c’est plus moi qui vais faire l’ingénieur derrière et les DJ qui font la sélection. Et souvent on s’entend, on sait par rapport au flow des soirées – souvent Craig et Tom ils me font des petits signes, et puis je sais quel tune arrive, à quel moment elle va tomber. Si c’est une grosse tune du moment, c’est là que donne tout à ton system.

Donc déjà il faut que tu arrives à lire la foule, et après il faut que tu arrives à bien t’entendre avec l’équipe.

Et petit à petit tu connais bien ton system. Tu arrives à le pousser. Moi je le pousse hors des limites, mais tu ne peux pas faire ça tout le temps, donc il faut juste lui donner un petit coup. C’est même un des risque auquel on revient de plus en plus au fil des années, et c’est peut-être aussi parce que je vais à de plus en plus de sessions. Mais c’est le danger de trop pousser vers la fin, ça deviens trop fort pour les gens.

Ouai c’est vrai je me souviens pour la session à Stéréo au nouvel an, la salle en bas j’avais du mal à rester dedans.

En bas c’est une salle en béton, c’est cubique, tu t’en prends en plein la gueule. Et d’ailleurs ça a été trop poussé, et c’est ma faute j’étais pas aux deux endroits en même temps. Il y a eu deux speakers de mort à Stereo [rires]. Bon ils étaient vieux, ils auraient pu mourir le mois d’avant le mois d’après.
C’est des caissons qui sont pas fait pour un endroit aussi petit que ça, c’était pas notre idéal Stéréo pour ça.
Mais ouai, c’est faire évoluer la soirée avec la sélection, que ça soit au niveau du volume, de l’équilibre, et pas trop pousser. Après il y a toujours plein de gens qui vont te demander de mettre plus fort, parce qu’ils y a des gens qui en veulent toujours plus, mais il y a des gens qui te disent aussi le lendemain « ouai c’était un peu trop fort ».

Donc il faut garder un bon équilibre des deux, que ça soit des sessions fortes ou tu puisses sentir la vibes, mais aussi on fait de plus en plus attention maintenant, c’est qu’il faut faire attention à nos gens [rires]. Et je crois qu’il y a des plus en plus de sound system qui tournent – enfin je sais pas s’il y en a de plus en plus, ou c’est juste que je fais plus attention – mais il y a de plus en plus de sound qui poussent tout le temps. Et personnellement j’aime bien commencer tranquille, aller fort et puis finir quoi. Il y a des gens ils ont le sound system, bam ! Ils vont commencer direct fort. C’est pas parce que c’est une session sound system qu’il faut que ça soit fort du début à la fin.
Le sound system c’est un bon outil mais ça peut être dangereux aussi – faut faire attention quoi.

Souvent la remarque faite aux sound systems c’est qu’ils jouent à des niveaux au-dessus de la limite – disons le niveau ‘acceptable’ définit par les salles.

Souvent les sound systems reggae paraissent super fort mais c’est par rapport à la basse. Souvent il y a des plaintes, c’est par rapport à la basse. Souvent on est en-dessous des seuils limites, mais on va être beaucoup plus fort dans les basses, dans d’autres bandes de fréquences.

Souvent les bandes de fréquences qui font mal aux oreilles aux alentours des 2KHz, souvent je les descends. Les médiums, aigus tout ça, c’est des fréquences que si elles sont trop fortes pendant peu de temps ça peut créer des dommages aux oreilles. Par contre au niveau des basses, avant d’atteindre ces niveaux-là qui font mal – déjà c’est beaucoup plus dur à reproduire. Et même en soit ça va pas t’abimer quoi que ce soit. Donc ça va paraître au-dessus des limite théorique, « health and safety » et tout ça ; mais en fait t’es en dessous parce que les fréquences qui font mal et tout ça elles sont descendus.

Donc ça c’est à nous de régler et tout, et le reggae en générale ce qui est bien c’est que c’est pas une musique qui fait trop mal aux oreilles. Si tu compares un concert rock et une soirée reggae à même volume, t’auras plus mal au concert rock. Et ça, ça vient aussi de la qualité du signal, de la distorsion. Une guitare électrique avec de la distorsion dedans, c’est du signal carré, ça va t’exploser les tympans quoi. Tandis qu’une grosse basse dub, une grosse basse ronde tu vas le sentir donc ça vas paraître vachement fort – mais sans être dans des zones qui ne peuvent faire mal.

Un des bouquins que je lis pour le mémoire c’est une étude de Stone Love sound system en Jamaïque – c’est un PHD donc vachement technique, c’est pointu sur l’acoustique et tout – mais un des trucs qu’il argumentait c’est que les sounds systems vont à l’encontre des idées générale de la ‘modernité’ où le visuel prime sur tout. Dans une soirée reggae c’est le son qui prend le dessus. Alors que même un concert, si tu fermes les yeux tu rate une partie de la performance.

Ouai tu peux fermer les yeux et tu écoutes. En concert il y a le coté performance des gens qui vont bouger, jouer et tout.

Et puis surtout tu vas sentir la musique, pas seulement l’entendre.

Bin c’est le mieux d’avoir des sound systems comme ça, des fois certaines musiques ont des lignes de basse que tu vas sentir, ça te donne un frisson – il y a tellement de vibrations. Je sais pas si ça t’es déjà arrivé, moi ça m’est arrivé des fois de le faire moi-même et de me donner des frissons. Tu le sens quoi. Et  les gens ils adorent, ils viennent pour ça, c’est clair.

Et voilà, après ça reviens à un problème, c’est d’expliquer ça à quelqu’un qui n’a jamais été en session.

Il y a quelque chose – il faut y aller. C’est l’expérience. Là les gens à Leicester où on a joué ce week end, on regardait les commentaires facebook, les gens ils disaient « you could feel the bass ». A chaque fois les commentaires après les sessions c’est sur ce que les gens ont ressentis, que tu n’as pas forcément à d’autres concerts.
Tu as les deux, tu as la musique et tu as cet aspect sensoriel, qui est dur à expliquer. Et aussi c’est ce qui me rend accro.

A.F

After All sound system @ YAPTLM

Reportage video sur After All sound system lors de l’édition 2013 du (très réussi) festival Y’en Aura Pour Tout Le Monde, avec une petite Interview des membres d’After All sound sur leurs débuts ainsi que sur leur collaboration avec le festival.
Featuring: After All crew, Marina P, Riddim Tuffa, Artikal Sound, S’Kaya & more

Realisation: Quentin Spinosa “Spinosa Production”

Interview Lion Roots

lion roots sound system

“quand on écoute certaines tunes qu’on a déjà écouté auparavant à la maison ou sur une chaine hifi, et que là on l’entend en sound avec des gros kilo et une basse énorme, c’est une autre dimension.” 

Au-dessus du bruit des cigales, petite interview avec Stef du Lion Roots Sound System avant sa session avec Aba Shanti au Mas des Escaravatiers. 


Comment est-ce que tu as découvert le reggae et qu’est ce qui t’a motivé à monter ta sono ?

Yes-I, greetings. Alors ce qui poussé à monter ma sono, c’était le fait d’aller à Londres justement et de voir les sound systems en Angleterre. Niveau reggae, j’en écoutais avant mais pas sous cette influence sound system, en fait. C’était plus des groupes traditionnels comme Israel Vibrations.. des fondations quoi. Des groupes qui ont fait que le reggae maintenant ait cette ampleur.
Après le sound system il  est venu très tardivement. Ça fait une quinzaine d’année que j’ai découvert ce mouvement.

Et tu es actif depuis quand ?

Alors dans la région, parce que je suis natif de Cannes, ça fait bientôt 15 ans. J’ai commencé à essayer de faire évoluer les choses ici dans le Sud-Est, parce qu’il y avait rien en fait au niveau culture sound system et reggae purement jamaicain. Il y avait vraiment rien du tout. Mais pourtant il y avait du monde qui allait aux concerts, avec les groupes justement de fondation. Les gros groupes comme c‘est sûr que les gens connaissent donc ils y vont. Mais quand c’est un peu plus pointu, c’est plus difficile de leur faire découvrir les choses.

Justement, tu es le plus ancien sound system dans le sud que je connaisse. Ta sono,elle est faite maison ?

Oui oui, c’est entièrement fait maison.

Et tu penses que ça apporte quoi le fait d’avoir une sono faite maison ?

Bin c’est un peu l’identité du sound, de construire sa sono. Après c’est sûr que maintenant avec les moyens accessibles, internet tout ça, on en discutait tout à l’heure avec Aba Shanti, c’est plus ou moins facile d’acquérir tel ou tel matériel, alors qu’avant, justement il fallait construire tout nous-même. Encore pire avec Aba au début c’était entièrement fait maison. Entièrement, entièrement, de A à Z. Des amplis, aux pré-amps.

En parlant d’identité, qu’est ce qui fait l’identité d’un sound ? 

L’identité elle vient aussi de la qualité du pré-amp, avant tout. C’est le pré-amp qui restitue le son. Il faut aussi les enceinte adéquate pour avoir une bonne restitution, c’est ce qui est le plus important je pense. Après, c’est d’essayer des box, différents modèles. On construits d’autres modèles sur des bases qui ont déjà été faites depuis bien longtemps. Donc pour ça on a de la chance d’avoir internet. Ça aide beaucoup.

Et pour toi, qu’est-ce qu’il y a de spécial avec cette musique qui crée cette ambiance aux sessions. Une session reggae crée une ambiance que tu ne trouves nulle part d’autre.

C’est sûr. C’est en parti la pression acoustique, le fait d’écouter cette musique plus ou moins surdimensionnée. Mais elle s’écoute comme ça en fait. On n’a pas l’habitude d’écouter de la musique avec cette puissance sonore. Même en concert à moins d’aller voir les gros groupes, U2 ou des trucs comme ça, où là il y a la patate, mais sinon dans des petits bars ou des trucs comme ça, il y a pas cette qualité sonore qu’on retrouve en sound system. Cette pression et la qualité sonore, qui vient par le fait de savoir construire ses box. C’est une chaine, si t’a des amplis qui sont au bout du rouleau, et que le reste il est bien, la restitution sera moyenne. C’est un tout qui fait que la restitution sonore est là.

Donc c’est le son qui est le plus important ?

Ouai en session. Après, vu qu’on n’a pas l’habitude d’écouter cette musique la, quand on écoute certaines tunes qu’on a déjà écouté auparavant à la maison ou sur une chaine hifi, et que là on l’entend en sound avec des gros kilo et une basse énorme, c’est une autre dimension. C’est ça le truc.

Quelqu’un avait décrit une session reggae en disant que tu es dans la musique, comme si tu nageais dedans.

C’est ça, tu es en plein dedans. De toute façon le son il envoie une onde, la « wave » comme ils l’appellent. C’est bien ça, logiquement tu dois sentir la vague du son dans la danse.

Et quand tu organise une danse, tu apportes la musique, mais est ce qu’il y a quelque chose d’autre que tu essayes d’apporter?

C’est sûr et certain que faire un sound system ce n’est pas uniquement passer de la musique et des vinyles, enfin à mon gout. C’est un message à faire passer par la musique que tu joues, avec les artistes que tu puisses inviter. C’est un message de paix, d’unité. C’est les fondations, s’il n’y a pas ça, malheureusement on ne va pas aller bien loin.
Et puis voilà, je crois qu’on est obligé, pour les générations futures de montrer qu’il n’y a pas que du mauvais. Après c’est peut-être pour ça que le reggae a du mal à percer. Parce que c’est un message vraiment fort, et peut être que les politicos en ont peur.
C’est pas que ça pousse à la révolte, mais ça fait réfléchir.

Bin justement ça, en Jamaique et en Angleterre, au début le mouvement était quand même très politique et social. Est-ce qu’en France tu crois que ça se retrouve aussi ?

Bin après il y a 2 catégories je pense. Ceux qui voient le truc, et qui se disent c’est bien sympa ce mouvement et qui ont les sous derrière donc ils se disent ‘on va commencer’. Et puis ceux qui galèrent, qui veulent vraiment faire quelque chose et qui font tout pour y arriver. Après, le fait que les propriétaires d’un sound ils aient des fond derrière, ou qu’ils galèrent et organisent des soirées pour se faire des ronds et pour se payer un scoop, c’est pas la même. Mais au final c’est le message le plus important.

Aussi, depuis en moment j’imagine que tu as du remarquer, la scène sound system en France elle évolue pas mal. A ton avis c’est dû à quoi ?

Ouai, c’est clair. Depuis 5-6 ans ça commence à partir. Même 7-8 ans. Après je ne sais pas trop pourquoi. Mais c’est bien, ça se construit, ça bouge. C’est bien.

Une observation que j’ai fait pour ces recherches, c’est que la France commence à rejoindre l’Angleterre en terme du nombre de sound, de productions…

C’est sûr. Il y a de bons labels en France. De bon groupe français qui jouent bien live. Des bons dubmakers, et des bonnes sonos. Sur la scène reggae dub il y a pas mal. Mais bon après je pense que ça reste plus difficile de faire des danses ici qu’en Angleterre. Ici au niveau des lois c’est plus dur. En Angleterre, j’imagine, vu le nombre de soirées qu’il y a, les gens ils amènent leur sound de partout. Dans une petite boite ils mettent 4 scoops, tu vois. Ce n’est pas dans un bar à Cannes que tu verras 4 scoops. Malgré le fait qu’il y a cette effervescence, les gens – comme tout le monde – on galère. Après c’est pas pareil que de se faire booker et d’aller jouer pour les gens.
C’est différent, quand tu veux faire ton truc et que tu n’as pas de salles, bin tu peux pas faire ton truc. C’est plus en dur en France je pense.
Après il y a des villes ou c’est plus ou moins ouvert à d’autres, mais bon.

Quand tu organise une soirée, est ce que ce que joue change en fonction d’où tu es, ou du monde qui est là ?

Déjà, ça dépend un peu du lieu. Surtout dans la région, parce qu’ici il faut vraiment faire découvrir aux gens ce qu’est le reggae. Donc il faut plus ou moins jouer plus ou moins du ‘commercial’, faire danser un peu les gens, et après tu avancer dans du pointu.
Moi je fais surtout au feeling. Je n’ai pas une sélection présélectionnée à la maison dans une caisse, celui-là c’est le premier, celui-là c’est le dernier.
Justement tout à l’heure on rigolait avec mes potes parce que je ramène une tonne de vinyles et au bout du compte je vais peut-être en jouer 40 ou 50 maxi. 50 avec une version, quelques chanteurs, tu arrives vite à 3-4 heures. Ca va vite.

C’est en fonction de l’ambiance essentiellement. Après début juillet, j’ai fait un truc pour la nuit de la glisse à Cannes. Bon là c’est sûr que c’était des jeunes et tout, donc c’était plus pour leur faire découvrir. Mais bon, il y avait un stack au bord de l’eau. Même quand je poussais ils hallucinaient tous. Il y a le futur maire – enfin, on ne sait pas s’il va passer- qui a fait son discours sur le sound. C’était marrant quoi.
Ça fait un link avec la mairie. C’est eux qui faisaient ça, du coup maintenant ils savent que je suis la. Tous les mois ils font un quartier de nuit, ils appellent ça, et au mois de juillet c’était sur la glisse. Donc ils avaient mis une mini-rampe pour tout l’été a dispo tout au bout de Cannes, juste au bord de l’eau. L’endroit top quoi.
Ça fait un lien avec la mairie, donc on va essayer de faire durer la chose. Le gars il est chaud.
Je pense qu’on est obligé. Je pourrais essayer d’être plus ou moins officiel, pour qu’il y ait du monde qui se déplace. Il faut à mon avis passer avec les mairies. Pour qu’il y ait un message qui soit diffusé avec eux aussi, que ça touche plus de personnes.

C’est vrai qu’au final c’est quand même un peu dans leur intérêt.

Ah c’est clair. Si sa marche, ils voient qu’il n’y a pas de problème. Moi je n’ai jamais eu de problème en soirée. C’est un message conscient.

Et le fait de construire soit même sa sono, d’être autonome en organisant ses soirées, est ce que c’est toujours possible ?

Le plus dur c’est de durer dans le temps. De savoir tenir la barre. Après être autonome à 100%, avoir le générateur pour se poser n’ importe où, c’est un peu difficile. Généralement toutes les soirées reggae en France sont officielles, je pense. C’est géré par des assos, soit il y a du bénéfice soit il y en pas. Souvent il n’y a pas de bénéfice. Souvent c’est ric-rac. Souvent on perd, très souvent.
Donc voilà, mais l’avantage c’est que ce n’est pas considéré comme des raves party. Je dis ça sans critiquer les raves.

Et le vinyle, c’est le truc central des sound. Maintenant tu as le serrato, le mp3. Pourquoi est-ce que c’est resté aussi longtemps ?

Le vinyle c’est la base de toute façon.  Après avoir tout sur vinyle quand tu as des morceaux ou des trucs exclusif, tout presser sur vinyle ou même sur acétate, ça te coûte une fortune. Il faut pouvoir être réaliste. Moi j’ai mon PC portable pour tout ce qui est dubplate ou pré-release. Je ne peux pas m’amuser à tout presser. Quand tu ajoutes la sono, tous les accessoires qui vont avec. Je pense que je suis un des seuls qui possède son propre camion par exemple. Ca fait des frais de suite. Tout presser sur vinyle je ne pense pas que ça soit possible. Après avoir des collectors, c’est autre chose.
Je jongle entre les 2 généralement. Je joue beaucoup de vinyle, et quand j’ai des trucs que j’ai pas en vinyle je les joue en PC. Après j’ai du opter pour le PC parce que justement, à mon gout c’est plus facile que d’avoir 50 CD, ça fait une platine en plus. Donc quitte à avoir un PC, en plus tout le monde en a un maintenant. Si c’est bien encodé, ça sonne comme un CD, le son en soit change pas.
Tant que tout vas bien derrière c’est bon.

Un truc aussi qui différencie un concert, ou un DJ set et une session sound system c’est l’interaction entre le sound et les gens. Comment tu vois cette relation ?

Moi je parle, mais plus ou moins parce que je suis obligé, surtout quand je suis seul. Sinon j’ai 2-3 potes qui assurent plus ou moins,  c’est sympa ce qu’ils font, c’est correct. Parce que c’est difficile de trouver quelqu’un qui fasse les choses correctement, qui fasse véhiculer une vibes.
Alors vu que moi je n’aimais pas trop, j’ai fait pas mal de liens, et j’ai pris l’habitude de faire venir des chanteurs, qui jouent avec moi. Et puis ça leur fait de la promo aussi. Eux ils sont contents.
Donc là avec Jah Marnyah ça fait bientôt 10 ans qu’on se connait. Il vient de Montserrat. Il a débarqué en Angleterre suite à l’irruption du volcan qu’il y a eu. Et lui il fait ça depuis qu’il est là-bas, il fait que ça.

Après c’est clair, avoir quelqu’un qui fasse passer un bon message avec les gens, avoir quelqu’un d’interactif c’est important. C’est une autre façon aussi de faire prendre conscience aux gens de la musique, du message. Parce que les gens ne comprennent pas tous l’anglais.

Est-ce que d’avoir quelqu’un qui te parle ça aide aussi les gens qui sont là à apprécier le sound ?

Je pense qu’il y a une façon de la faire c’est sûr. Quand il y a une tune qui tourne, il faut la laisser tourner. Le mec qui parle constamment sur les vinyles je ne supporte pas. Il faut être raisonnable, trouver le juste milieu. C’est le plus difficile pour un MC je pense, être chanteur c’est autre chose. C’est un savoir-faire. Tout le monde n’est pas chanteur. On ne peut pas s’improviser chanteur.
Après la particularité des sounds system c’est généralement qu’il n’y a qu’une seule platine. Donc quand tu changes de vinyle il y un petit lapse de temps donc ça pousse à l’animation, à faire réagir les gens. C’est pas des DJ purs.
Moi au début je faisais du juggling. J’ai toujours aimé cette façon de jouer à une platine, mais au début ce qu’on avait c’était du vinyle jamaicain. On ne trouvait pas trop d’anglais. Si tu n’allais pas en Angleterre tu ne trouvais pas de distributeur. C’était le début d’internet, en 2002,

Ça remonte maintenant.

Et ouai (rires). Depuis 1998 on fait ça. Moi la première fois que j’ai vu Aba Shanti c’était en 98. C’est ça qui m’a fait découvrir ce milieu.
J’ai habité pendant 3-4 ans dans le sud-ouest, et pendant ce temps-là ma femme était en Angleterre pour des études. Et de ce fait, avec des potes on a pris une baraque dans le lot et Garonne.  J’écoutais du reggae déjà, j’étais avec un pote rasta. Mais c’était des albums, il n’avait pas de 10 pouces, de 45 tours. C’était des albums essentiellement. Donc on écoutait ça.
Et de fil en aiguilles, on a su qu’il y avait des soirées sur Bordeaux, parce qu’on était à 110 km. Du coup on allait sur Bordeaux écouter des sound systems.

Et il y avait qui a cette époque sur Bordeaux ?

Il y avait King Jammin. Big up d’ailleurs, parce qu’il y est toujours – du moins sur internet il a toujours son site. Et voilà, j’ai commencé à lui acheter des Jamaicains, parce que lui il faisait de l’album du CD et du jamaicain. Il ne faisait pas d’anglais. Il n’y avait ce lien pour acheter les press anglaises.

Pourtant c’est plus près ?

C’est ouf ! Il y avait des liens en Jamaique et rien en Angleterre. Que du 7 pouce, press Jamaiquaine à l’ancienne. Donc je montais plus ou moins régulièrement en Angleterre pour voir ma femme, et puis un jour on se baladait on a vu des flyers, c’était Aba shanti. Donc on a été voir pour la première fois, et on a pris une claque.

Et puis quand je suis rentré en France j’ai acheté 2 petites enceintes full range,  à la campagne, on était au bord de la Garonne, il y avait personne. On mettait la sono a donf’ toute la journée, c’était royal quoi.
Et puis ma femme et redescendu sur Cannes, je suis revenue moi aussi. Et puis on s’est dit on va monter une asso, on va faire un petit local. Mon pote sur Bordeaux, le disquaire, on était devenu de bons amis, donc il m’a donné tous les filons, les fournisseurs. Et on a fait un petit local de distribution sur Cannes, alors qu’il n’y avait rien. C’était en 2000. C’était Lion Roots Records. Ça marchait plus ou moins, c’était cool. Il y avait 2-3 DJ qui achetaient Jamaicain, qui mixaient dans des pubs, sur Nice, ou des  fois dans des boites de nuit. Ils étaient plus Hip-hop Ragga, jungle, un peu de dancehall… Du Jamaicain quoi.

Donc bon, ça payait les frais, les factures riens qu’avec eux. Et du coup je jouais moi aussi dans des pubs sur Nice pour faire avancer la chose. Et puis voilà, ça s’est fait comme ça.
Après de Nice on est retourné en Angleterre. On a été au carnaval, notre premier carnaval. On a revu Aba, et c’est là où on a fait les liens. On l’a fait descendre en octobre qui suivait le carnaval. Et il y avait une demande, donc je lui ai fait faire une date à Toulouse, une date à bordeaux. Et puis j’ai fait une date dans un pub entre Nice et Antibes qui fermait à 5h du matin dans une zone indus. C’était le bon plan. Mais le gars il n’a pas tenu. A l’époque j’avais pas tout ça. Il y avait 4 scoops en 15 pouces, et j’avais déjà les enceintes chromé que tu vois là-bas.

Et pour finir,  est ce que tu penses qu’il y ait soit une ambiance, soit un message différent entre une danse plus roots du style Aba Shanti, et une danse plus technoid du style Iration steppas ?

Non c’est bien je pense ça mélange les gens quand tu varie. Il y a peut-être des jeunes qui vont venir pour Iration parce que c’est plus « jump up ». Mais bon Aba  il sait bien retourner aussi avec du roots.

Après, c’est savoir comment tu amènes ta sélection, et de faire passer un bon message.
J’ai vu ce genre de danse en Angleterre, ou il y a deux salles. Ce qui est bien avec cet effet de ping pong c’est que c’est pas la même chose pendant 3-4 heures. C’est bien quand il y a plusieurs sounds que ça soit varié. Ca dynamise aussi les gens qui sont là.

Interview OBF & Shanti D

obf

(photo par Vincent Besson)

“le reggae c’est une histoire. Le sound system c’est une histoire qu’il faut raconter.”

Interview avec OBF et Shanti D avant leur session à Aix pour la fête de la musique 2013.

Qu’est-ce qui vous a poussé vers le reggae et pourquoi vous avez décidé de monter votre propre sono ?

Rico: Alors, on a commencé aux alentours des années 2000 sérieusement à acheter des vinyles. Et du coup ce qui nous a influencé c’est la scène alternative Genevoise. C’est grace à elle qu’on a commencé à connaitre ce milieu, celui du reggae, du sound system, et du dancehall et du dub anglais, grâce à certaines personnes, acteurs du milieu reggae. Comme Asher selector et Cultural Warriors qui organisait des soirées dans des squats, un milieu qui était très actif avant à Genève. Donc c’était des soirées avec des prix très attractifs, des boissons pas chères, plein de gens, des sounds systems, une bonne ambiance. Du coup on était toujours dans ce genre d’endroit, et à chaque fois c’était soirée reggae-sound, donc l’immersion a vraiment commencé dans les caves des squats à Genève.

Guillaume: Qui n’existent plus d’ailleurs…

Et du coup, les squats, au niveau gestion et tout ça, c’est quand même proche des raves et des free. Est-ce que il y des ressemblances entre les free et la scène reggae ? Et est ce qu’il y a de grosses différences aussi ?

Rico: La ressemblance entre le mouvement free et les sound systems reggae, c’est que les gens se retrouvent unis, ensemble, pour un but : le plaisir de pouvoir danser sur la musique, avoir un niveau sonore approprié au type de musique qu’on écoute, et d’avoir la liberté de s’exprimer comme on veut sur le dancefloor.

Au final c’est vraiment à voir avec l’autonomie en fait ?

Rico: A Gèneve, il y a 10 ans, c’était vraiment beaucoup de soirées autogérés, ouais. C’était l’autogestion qui primait à Genève.

Et au niveau différences ?

Rico: Bin il y a la drogue dure en moins dans les soirées reggae. Et autrement, eh bien les Bpm.

Guillaume: et aussi il y a le côté identitaire par rapport à la sono qu’on utilise. Du coup la sono fait son identité, et donc les gens viennent voir ceux qui jouent et aussi pour écouter leurs sono. Et c’est ce qui fait l’identité du son quoi.

Donc l’identité d’un sound ou d’un collectif c’est ça sono ?

Guillaume: Voilà, c’est la sono, vu que c’est son instrument.

Rico : Mais il y a le crew aussi, les sélections.

Guillaume : c’est ce qui rapproche les deux milieux, c’est ce côté « home made », autogestion.

Depuis un petit moment vous jouez un peu de partout, mais surtout en Angleterre. Vu que c’est on va dire le 2e point de naissance des sounds reggae – est ce que vous avez remarqué une différence entre la scène UK et la scène française ?

Rico: Bin les Anglais ont plus eu une éducation depuis les années 70, avec tous les exilés Jamaïcains qui sont venues en Angleterre. Donc les Jamaïcains ont amenés cette culture. Donc les anglais, depuis 40 ans, même plus avec le lovers rock et tout, ils ont baigné dedans depuis plus de 40 ans.

Alors qu’en France c’est arrivé que plus tard – début des années 90 avec les Bordelais. Avec Manutention par exemple qui avait fait venir Jah Shaka. Et à Genève c’était pareil, c’était beaucoup de groupes reggae qui venaient dans les années 80, fin 80. Et le début des sounds system est venu dans les années 90.

Mais en même temps, en France aujourd’hui il y a beaucoup plus de sounds qui se développent. On peut presque dire que la France dépasse l’Angleterre.

Guillaume : Les anglais commencent presque à dire que la scène dub aujourd’hui est en France, plus que chez eux. Parce que aussi chez eux c’est de plus en plus dure de jouer avec sa sono, peu de salles acceptent les sounds system à cause du niveau sonore élevé, etc…
Aussi il y le côté un peu plus nouveaux ici en France.

Rico : ouai c’est ça – il y plus d’euphorie en France. En France, j’ai l’impression que le dub est beaucoup plus ouvert, le public  est beaucoup plus large.

Guillaume : ça nous arrive de rencontrer des punks, des fana d’électro, de tout. En Angleterre tu vas a une danse roots, tu auras probablement que des ‘roots’.

C’est intéressant que vous disiez ça. Jerome [des mungo’s hifi] me disait justement qu’en France ils ne peuvent pas jouer les même choses qu’ils jouent chez eux à Glasgow. A leurs soirées ils passent de tous, dub, dubstep, dancehall… et ça, ça ne passe pas trop en France.

Rico : bin, ça dépend dans quelles soirées. Mais c’est vrai que dans certaines soirées en France les gens ne connaissent rien, donc c’est le travail du sound de leur faire une petite éducation avec des morceaux qu’ils connaissent. Les amadouer comme ça, et après tu peux expérimenter.

Par rapport à la musique encore, vous avez tendance jouer plus du steppa, du dub on va dire électro. Est-ce qu’il y a une différence en terme de message ou d’ambiance entre ce que vous jouez et les productions plus ‘roots’ comme Aba Shanti par exemple ?

Guillaume : La base est même. Apres on a un différend message qu’Aba Shanti. Aba Shanti est un rasta, il prône le rastafarianism, ce que nous on ne prône pas forcement.

Et du coup s’il y a un message à passer à vos soirées, qu’est-ce que c’est ?

Rico : Eh bien nous c’est vraiment le message militant. Avec la pression que l’on subit en ce moment avec le system,  nous on absorbe tout ça tout au long de l’année, on le retranscrit dans nos soirée avec justement des morceaux plus ‘hard’, steppa, des lyrics plus militant, anti-system, ou des lyrics qui simplement expriment la vie de tous les jours.

Donc c’est quand même très politique.

Guillaume : c’est politique, social – tout.

Pour vous comment se passe une bonne session ?

Rico : c’est de commencer avec des gros révival des années 70, roots radics. Des mic-man qui défoncent le micro, les gens qui s’ambiancent sur le dancefloor, qui ‘whine’ ; et puis après passer à des musiques plus actuels.

Guillaume : le public fait beaucoup – il joue beaucoup.

C’est vrai que les sessions reggae sont différentes d’un DJ set traditionnel ou le DJ fait son set et puis part. Il faut parler avec son public.

Rico : ouai, le reggae c’est une histoire. Le sound system c’est une histoire qu’il faut raconter.

Guillaume : C’est surtout que souvent les gens ils ne connaissent pas. Ils arrivent et ils voient ce côté physique de la chose, le son fort, on est au sol – alors souvent les gens en France ne nous regarde pas forcement, ils regardent plutôt les enceintes. Ça c’est aussi la culture qui vient du mouvement techno : les gens viennent pour être devant le mur. En Angleterre ça tu le retrouve pas forcement, les gens sont vers ceux qui jouent. C’est différent, une différente éducation.

Dans une des interviews que j’ai faites récemment d’un sound qui vient on va dire du milieu techno-free parties. Et il disait que le milieu reggae commence à être un peu comme le milieu techno : victime de son succès.

Rico : Ouai, enfin ça dépends quelles soirées. Il y a des soirées qui sont typées plus vers le roots reggae qui attirent plus un publique de connaisseur, et d’autres soirées reggae qui sont un peu plus ouvert on va dire. Mais c’est vrai que les gens aiment de plus en plus se retrouver dans les soirées reggae, mais pourquoi ? Parce qu’il y a une bonne ambiance, il y a une bonne vibes. Il n’y a pas de prise de tête, les gens ne sont pas sur-défoncés. Ils viennent pour la musique quoi, il y a ça qui prime. Le gens viennent pour la vibes quoi.

Guillaume : C’est le son aussi. Avec le sound system il y a aussi le côté beaucoup plus lourd du reggae qu’on ne connait pas forcement en écoutant chez soi. Ça se joue normalement comme ça, la basse tu dois la ressentir à l’intérieur de toi, c’est ce qui fait danser.

Aussi niveau musique, vous jouez plutôt avec du digital, CD. Vous utilisez aussi du vinyle ?

Guillaume : Comme on dit, on commence souvent les sessions avec du revival 70, donc on peut très bien jouer du vinyle pendant 2 heures. Et après on va jouer autant les compos, ou les compos des potes, donc la ça sera plus en CD ou digital.

Le vinyle c’est quand même la base du reggae. De garder le vinyle, est ce que c’est une résistance en quelque sorte ? Vous pensez que ça va jamais passer complètement au digital ?

Guillaume : Bin non, c’est la base. Nous on achète des vinyles tout le temps. Tu ne retrouveras jamais le même son déjà. Et puis entendre le crépitement du vinyle, tu poses le diamant, c’est tout un truc. Il y une chaleur avec le vinyle.

Rico : et maintenant on commence à numériser nos vinyles justement, parce que voyager avec le vinyle c’est très dur. Donc on commence a tout numériser. Mais des fois il faut quand même montrer aux gens que tu l’as cette plaque, c’est la pièce en soi.

Et vos soirées, maintenant et avant, vous les faisiez dans quels genres d’endroits ?

Guillaume : bin nous on habite à côté de la frontière de Genève, du côté français, du coup on a eu un squat, un endroit autogéré qu’on a ouvert. On a commencé à faire des soirées dans le sous-sol là-bas.
Nos premiers invités étaient Uzinadub, de Bordeaux, c’était en 2002 je crois. Et puis ça a commencé comme ça. On a pu organiser plusieurs soirées grâce à ce lieux, se faire connaitre comme ça.

Et est-ce que les lieux que vous utilisez maintenant sont dans le même style ?

Guillaume : beaucoup moins.  A Genève c’est beaucoup plus dur… C’est même impossible d’ouvrir un lieu comme ça maintenant. Du coup on joue beaucoup à l’Usine.

Rico : Qui est encore un lieu dans le même style, mais à plus grande capacité. Mais c’est vrai que maintenant la scène s’ouvre beaucoup au milieu ‘club’. Et c’est mélangé en fait : endroits underground alternatif et club.

Ce qui revient beaucoup dans le reggae c’est la philosophie ‘fait le toi-même’ : tu construis ta sono, t’organise tes propres soirée, et souvent dans des endroits autogéré, ou publique.. ?

Guillaume : On ne peut pas jouer partout avec la sono, ça c’est sûr.

Shanti D : Ils ne veulent pas de toi, c’est trop fort. Si tu dis que tu à un sound tu es banni des trois quarts des salles.

Rico : même les programmateurs des salles ‘officielles’, les SMACs, ils ne connaissent pas ce milieu. Le reggae pour eu ça se résume à  Gladiators et Congos, et encore. Mais autrement les programmateurs des SMACs ils n’ont pas envie de s’ouvrir l’esprit. Là on intègre les SMACs avec les High Tone quand on tourne avec eux, parce qu’ils ont des connexions officiels. Voilà, c’est comme ça qu’on s’intègre à la scène SMAC, c’est avec des groupes comme eux.

Mais est ce que jouer dans des endroits comme ça, on ne perd pas un peu l’élément de base du reggae, justement de jouer dans les clubs. ?

Guillaume : non je ne pense pas. Je pense que ça ouvre à d’autre gens qui ne seraient pas venus normalement, à un autre public. Et je trouve ça plutôt bien.

Rico : Aussi c’est dur de trouver des salles où se produire – et puis après ça dépend le message que tu fais passer. Tu peux être dans un endroit genre club ‘hype’,  mais tu peux arriver à mettre ta propre vibe.

Shanti D : Tant que tu arrives à mettre ta propre sono c’est bon. C’est exceptionnel quand même, quand on joue au 104 par exemple. Le 104 c’est incroyable qu’il y ai un sound system la dedans – c’est plutôt branché art, contemporain, machin… Le dub ça change l’endroit.

Guillaume : C’est aussi quand on amène la sono dans des endroits comme ça qu’ils comprennent la différence, puisque des fois ils nous voient en DJ set, ils ne vont pas forcement comprendre le truc. Apres ils nous voient avec le system et tout, ils font « ah ouai putain bon d’accord ».

C’est un peu comme si vous arrivez à créer votre endroit, votre espace.

Guillaume : voilà, ça crée une énergie, on a notre propre énergie. Et puis les gens aussi.

Rico : on créé notre bulle à l’intérieur de la bulle.

Shanti D : Le truc c’est que en général dans les SMAC, ça les branche pas parce qu’ils ont pas envie de bosser, parce qu’ils sont payé pareil, tu vois. Qu’il y ai du monde, qu’il y ai pas de monde, que ça soit bien que ça soit pas bien, il s’en foutent. Apres il y a des gens qui sont un peu investis, mais moi de ce que j’ai vu, la plupart des mecs ils en ont rien à foutre.
Et puis moi carrément  ce que j’ai vu – la soirée qu’on avait fait à Lyon par exemple, le mec il nous a fait « Ah non ça a trop bien marché on le refait plus ». Parce que le mec il n’a pas envie de bosser quand il y a trop monde.

Rico : Ça c’est rare quand même, mais ça arrive

Shanti D : Parce que tu n’as pas fait beaucoup de SMAC, mais je peux te dire que tu tombes souvent sur des bras cassés.

Rico : mais bon il y des merdes partout.

Guillaume : Quand ils organisent un truc dub chez nous, Il y a aucune promo – les High Tone par exemple quand ils viennent jouer, on le sait même pas qu’ils jouent chez nous.

Comment vous décririez une session reggae sound system :

Rico : alors comme on a dit tout à l’heure c’est une histoire, on vient pour raconter l’histoire du reggae. Donc on peut commencer par exemple par quelques tunes rocksteady, ska, ensuite revival années 70 – gros roots radics. Apres nous on kiffe le digital donc on va enchainer sur les années 80. On zappe un peu la période années 90 et après on enchaine sur les sons un peu plus actuels. Avec les mic-man qui défoncent les versions, c’est vraiment le show quoi.

Guillaume : enfin pas toujours (rires)

Après pour revenir un peu sur l’identité des sounds 

Guillaume : C’est vraiment ce qui relie la scène techno et la scène reggae. Le coté sound system autogéré. Les gens vont aussi voir un sound pour sa sono. Tel sono sonne comme ça, tel crew va jouer tels sélections. C’est un tout quoi.

Et si l’identité viens de la sono, si par exemple disons Jah Shaka par exemple sur votre sono, est la soirée garderait votre identité, ou est-ce que on se retrouverait a une soirée shaka ?

Guillaume : Les gens qui vont a soirée où il y Shaka viennent pour le voir jouer. Il a une sélections qui sera jamais la même que la nôtre. Shaka c’est Shaka – mais qu’il joue sur sa sono, ou sur le son d’un autre, ça sera pas pareil. C’est comme nous si on joue sur la sono d’un autre, ça sera diffèrent.
Apres tu peux quand même brûler danses si tu n’es pas sur ta sono. Ça sera diffèrent, c’est pas ton son.

Shanti D : Quand tu fais des morceaux, tu sais que tu vas les jouer sur ta sono, donc ça sonne d’une manière. Apres tu l’essaye sur une autre sono, tu vas faire « a putain ! C’est tout pourri » tu ne reconnais pas ton morceau.

Rico : ouai, ça arrive

Aussi, quelque chose qui est revenu pas mal, c’est le fait qu’il n’y a plus beaucoup d’endroit pour poser la sono. Beaucoup d’endroits, si déjà si tu arrives avec 8 scoops, ils flippent.

Guillaume : Ah ça, on peut jamais jouer avec 3 murs en intérieurs. Ça arrive deux fois dans l’année quoi.

Shanti D : Bin déjà ils sont passés les mesureurs de décibels là. Ils sont passés tout à l’heure – tu vois ils passent pour la fête de la musique, alors t’imagine dans les salles.

Guillaume : 3 stacks, on joue Marseille 3 stack. A Lyon aussi au Hangar et Double Mixte.

Shanti D : Avec les High Tone la dernière fois

Guillaume :
non les High Tone on a jamais sortis 3 stacks. En intérieur jamais

Shanti D : Ah en intérieur. Bin au 104 aussi.

Guillaume : ah ouai 104 aussi.

Et du coup les sélections que vous passez elles changent en fonction de l’endroit où vous jouez ?

Guillaume : Ça change toujours, on fera jamais le même set. Apres on sait quel morceaux on voudrait jouer.

Shanti D : C’est surtout en fonction des gens.

Guillaume : Voilà, c’est selon comment les gens réagissent à tel ou tel morceaux

Donc c’est un écho constant en fait

Guillaume : c’est ça, c’est un échange.