Interview Welders HiFi

welders sound system

(Photo par Alex See)

“Le reggae à l’origine c’est un peu la musique des opprimés etc. on n’est pas trop des opprimés en Europe, on est plutôt privilégié. Mais on a quand même des choses à revendiquer, et ça fait partie d’une alternative” 

Interview avec Albah du Welders HiFI sound system sur ce que c’est que de construire son sound system, le rôle des raves dans le paysage sound system français, et l’art de ‘chatter’ au micro.

Comment est-ce que tu as découvert le reggae,  et qu’est ce qui t’a poussé à monter ta propre sono ?

Alors, comment j’ai découvert le reggae. Je pense – je ne saurai pas trop te dire exactement comment. Je sais que mes parents avaient des vinyles de Bob Marley, Third World, et Peter Tosh, donc déjà j’en avais entendu là. Apres les premiers trucs que j’écoutais en reggae, ce n’était peut-être pas hyper conventionnel, mais c’était Massilia Sound System. Parce qu’on est dans le sud, et c’est le premier concert que j’ai fait de ma vie.

Donc c’était au collège, quand j’avais 12 ans un truc comme ça. Et puis après j’ai commencé à vraiment en écouter, voilà, au collège-lycée. Sans forcément m’intéresser au vinyle. J’écoutais un peu  ce que tout le monde connais, gladiators etc… et puis des petits groupes de reggae français : tryo, babylon circus.

Apres, tout mon lycée, de 2000 à 2005, j’ai pas mal fréquenté les milieux technos, free parties… Et en parallèle je continuai à écouter du reggae.  Ensuite, quand ça m’a un peu passé d’aller en rave, j’ai commencé à acheter du vinyle, plutôt new roots à l’époque. Je ne sais pas trop pourquoi d’ailleurs, je crois que j’avais un pote allemand qui collectionnait un peu, et du coup j’ai commencé à collectionner comme ça.
Et puis un jour à garance aussi. Les premiers sounds sytems que j’ai vu  c’était à garance en 2003.

Mais garance quand c’était dans le sud ou avant ?

Non, avant. Enfin quand c’était le jamaïcain sunrise à Bagnols. 2003, c’était. Je crois que c’était King earthquake, ou jah shaka.  Un truc comme ça parce que je me souviens qu’il y avait une énorme sono, et ça m’avait bien impressionné.

Donc en 2000 j’ai commencé à aller en teuf, toujours en écoutant du reggae, mais allant en Sound system tecno. 2003 je me suis aperçus qu’il y avait des Sound system reggae, et puis j’écoutais du reggae. Et puis j’ai commencé à avoir des vinyles vers 2005, peut été un peu avant.
Et donc tout ça à fait que, bin en connectant un peu le coté Sound system techno, le fait  que j’aime beaucoup le reggae, et en plus je suis  multi-instrumentaliste. Enfin surtout percussionniste. J’ai des groupes de musique depuis que j’ai 15 on va dire – pas du tout reggae d’ailleurs – Avec lesquels on tournait, avec Joe, le pote avec qui je fais le Sound system. Il y a 10 ans déjà, on a fondé notre asso pour ça à l’origine.

Et voilà, donc quand j’ai découvert le sound system reggae dub, je me suis retrouvé sur plein d’aspects la dedans, qui me permettaient de conjuguer plein d’aspect musicaux que j’aimais bien : qu’il y ai un gros mur de son et que ça tape de la techno ; le fait qu’il y ai du reggae et qu’il y a des instruments, un côté un peu plus mélodique et tout, mais en configuration Sound system.
Du coup c’est comme ça que je suis rentré dans le truc, mais au début pas du tout en pensant construire mon Sound system. Juste en temps qu’amateur de la musique. Et puis moi c’était new roots que j’écoutais au début, pas du tout dub.
Mais bon ça a fait son chemin petit à petit.

J’ai fait mes études à Nancy, en Espagne etc., et puis je suis revenu à la fin – quand j’ai passé mon master je suis revenu  faire mon stage de fin d’étude a Avignon. Donc je me suis retrouvé avec mes potes avec qui j’avais mes groupes de musique quand j’étais jeune. C’était des punks, des techno mans, des machins… Et du coup on a refondé un groupe dub, parce que moi je kiffais le reggae, et je sais pas pourquoi, les autres se sont mis à en écouter aussi. Moi j’étais un peu tout seul au début. Et du coup on a fondé un groupe dub, mais plus accès dub français.

Donc ça c’était les dub welders ?

Ouai voilà, dub welder. C’était en 2008 je crois. Plus accès dub français, mais au final dub au sens large. Sa faisais un moment que j’allais dans les dub station à Montpellier, enfin, les dub school je crois que ça s’appelais. C’était lion roots.
Et donc assez rapidement, dub welders on s’est retrouvé. On collectionnait tous a peux près des vinyles. On s’est retrouvé tous à faire un peu du dub, reggae, on avait tous des vinyles, on allait en Sound system. Et puis, je ne sais pas, un jour l’idée a germé : on aimerait bien avoir notre propre system de diffusion, il ne manquait plus que ça.
D’autant plus que Joe, le pote avec qui on fait le Sound system aujourd’hui avait beaucoup de matos, vu qu’il est ingénieur son depuis plusieurs année. Ils avaient un system industriels, bon de 3KW tu vois, on avait déjà empilé les enceintes.

Donc on avait déjà plus ou moins un Sound system si on mettait chacun nos amplis etc. mais ce n’était pas artisanal. On s’est vite rendu compte que si on voulait avoir du son comme il faut, il fallait mettre la main à la patte et construire le bordel.
Donc on a commencé à construire ça fin 2008, début 2009 je crois. Si je me souviens bien la première date qu’on a fait c’était en 2009.
Je crois qu’on a eu 2 scoops pour la fête de la musique 2009. Donc à partir du moment où on a eu les 2 premiers scoop – au début on mettait au-dessus les amplis qu’on avait. Et puis après on s’est dit qu’il fallait faire le reste. Donc on a fait le chapiteau des 2 premiers scoops. Puis on s’est dit, bin 2 ça suffit pas faut en faire 4.

Apes nous notre technique ça a été de construire, parce que je ne sais pas, on a toujours été aussi bien dans le musique que dans tout le reste, on a toujours été très autonome. On organisait nous-même nos concerts quand on faisait des concerts, on sonorisait nous-même… Donc l’autonomie à la fois dans l’organisation et dans le truc, elle a glissé sur l’autonomie de sonorisation, parce qu’on avait un peu les moyens. Et puis après on est allé vers l’artisanal, ou la t’es non seulement autonome, mais en plus c’est toi qui a tout fait.

Bon après, comme tu sais, c’est une amélioration permanente. Je pense qu’il n’y a pas un mois qui passe sans qu’on parle de qu’est ce qu’on va racheter, changer…
Donc la jeunesse du truc, ça a été ça. Au début on a été un peu plus dans le projet, il y avait beaucoup. Au moment où il a fallu poser 15 jours de congés, sortir 2000e pour aller acheter du bois des amplis et des enceintes, on s’est retrouvé à 2. Bon parce qu’il y a des potes qui n’avaient pas de boulot, donc les mecs ils ne pouvaient pas suivre. Mais nous on voulait avancer donc sans ces personnes-là, sans que ça se passe mal, mais petit à petit sa s’est fait qu’on a lâché du monde en route parce qu’on voulait avancer a certain rythme qui était peut-être un peu trop rapide en terme de temps et d’investissement.
Donc voilà comment ça s’est fait. Les premières soirée on s’est fait inviter – on a fait la fête de la musique, et on a fait une soirée dans le Cévennes aussi. C’était bien pour se faire la main.
Et puis, comme j’ai dit, l’assois a été créé en 2004.

 C’était laquelle d’asso ça ?

C’est l’Association Entre Collègue (AEC), c’est l’asso qui existe toujours. Qui gère le sound system welders , avec qui on fait les massives corner.

Et la City Wall c’est différent ?

City Wall c’est une autre asso qu’on a créé Avignon, qui est ouverte à d’autres. Il y a des petits groupes de reggae locaux, des petits sourds – et nous on a une assos qui sert qu’aux sound system, avec laquelle on organise les danses ou il n’y a que nous. Et puis il y a l’autre asso sur Avignon dans laquelle il y a le sound et un autre groupe et un autre sound, et qui regroupe un peu les activistes avignonnais – et la o organise des trucs, ça peut-être des concerts, des soirées… Et dans laquelle, du coup les sous qui sont gagné servent à faire d’autres évènements. Alors que l’assos ente collègue elle sert qu’au sound. Toutes la thune qui est dedans elle sert qu’au son, elle est réinvestie pour ça.
Et donc voilà, du coup on a commencé à organiser nos Massives Corners. Je crois que la première devait être en début 2010. Mai 2010 la première il me semble.

Et ça c’était à l’Akwaba ou pas encore ?

Non, l’Akwaba c’est venu bien après. Ça c’était dans des petites salles qu’on louait, totale autonomie. On organisait nos trucs, on louait des petites salles autour d’Avignon.
Le lien avec l’Akwaba. Bin l’Akwaba c’est une salle qu’on connait depuis toujours, étant d’Avignon. Nous on a joué avec nos petits groupes à l’époque, Joe il est Inge son sur Avignon, donc il connait tous les régisseurs. Il est déjà allé bosser à l’Akwaba parce qu’il sonorise pas mal de groupes. Du coup bin voilà, il est allé en tant qu’Ingé son, et bin l’Akwaba avait envie de faire des soirées reggae dub. Le truc se développant, sa s’est fait ; on a fait une Co production et on fait 2-3 soirées par an là-bas.
Mais après des massives corners à Avignon on en fait hors Akwaba. On en fait d’autre salles qu’on loue ou là on fait tout. Et on en fait en co-production avec l’Akwaba.

C’est quand même le principe d’autonomie qui revient assez souvent non ?

Ouai. On a vite trouvé les limites dans le fait qu’on est tous bénévoles, et au bout d’un moment,  si tu veux faire des trucs un peu gros, eh bien on besoin d’un peu d’aide. De structures un peu plus calés, qui ont des salariés, qui ont un lieu – comme l’akwaba.
Donc là on a du s’associer – mais je ne considère pas ça forcément comme une perte d’autonomie. Surtout que l’Akwaba est une coopérative, donc elle reste quand même plus ou moins indépendante.

Mais ouai voilà, ça reste de la scène indépendante. Nous on a jamais demandé de subventions. Bon on va peut-être le faire, mais voilà, on essaye de garder notre autonomie. Mais ça nous empêche pas de collaborer avec d’autre gens, du moment qu’on reste sur une même longueur d’onde.
Apres, c’est vrai qu’a l’Akwaba, on est un peu moins autonomes, mais même quand on fait des choses avec City Wall, on est un peu moins autonome dans les choix parce que quand on fait des trucs avec le sound, on se dit « c’est bon on fait venir, tel gars, tel sound, et hop, c’est partis » ; mais Là c’est Jo et moi, on appelle la salle, on fait quelques appelles pour la bière et tac, c’est réglé. Alors qu’avec l’Akwaba, il faut que tu fasses une prog ‘ un peu collégiale. Qu’on discute avec city Wall d’un côté, après avec l’Akwaba, que ça corresponde à un truc suffisamment gros pour ramener 3 à 400 personnes, on ne va pas faire un petit Sound meeting avec les Bashy alors que ça on va te le faire dans une petites salle qu’on va louer 500 balles, tu vois.

Donc les 2 sont complémentaires. L’Akwaba on fait plus de la prog’, mais après nous sa nous convient aussi. Et puis nous en dehors on fait nos petits sounds meeting, dans des salles ou là on gère tout de A à Z. Donc là on est à la 16e Massive Corner. En gros on essaye de faire à peu près une soirée par mois, mais on en fait plus. Parce qu’on a d’autre soirées, on n’a pas que les massives corner. Quand on va jouer dans les Cévennes, ce n’est pas le même nom. Quand on va jouer dans les alpes de haute Provence non plus.
On a dû en faire une trentaine jusqu’à maintenant. Environs une dizaine par an depuis 2010.

Ça va, c’est un bon rythme !

Ouai ouai ça va. Apres il y en a ou il y a 70 personnes. Apres il y en a d’autres ou il y a 500 personnes. T’en fait 10 petites pour en faire une grosse. Mais les petites c’est bien aussi, tu te fais plaisir, tu te fais la main, tu teste des nouveaux trucs.

Et le fait d’avoir une sono ‘home made’, sa rajoute au principe d’autonomie, mais est-ce que ça apporte quelque chose d’autre aussi ?

Ouai. Sa apporte plusieurs choses je pense.
Déjà sa apporte que ça coûte quand même moins que si tu l’acheté – sauf si tu l’acheté d’occasion, encore je pense que c’est peut-être pas forcément vrai.

Mais bon, tu as du matos neuf moins cher que si tu as du matos neuf ‘industriel’ on va dire. Ceci dis tu peux acheter des scoops neuf, à Lion Roots ou d’autres qui en fabriquent, mais la tu les a pas fait. Et moi je trouve, en tout cas moi dans le démarche un peu d’autonomie, j’ai l’impression qu’il y a – je ne sais pas quel mot utiliser – mérite ?… C’est une genre de notoriété, d’avoir fait son propre sound.
Le mec qui a passé une semaine à construire ses scoops, à aligner les trucs, a visser etc… Qui a fait tout son sound system de A à Z, je pense en tout cas de mon point de vue, que dans le milieux du sound system, il y a une plus grande reconnaissance pour ces gens-là que pour des mecs comme Jumbo Rock qui s’achètent 10 scoops chez Jah Tubbys et puis voilà. Il a branché 3 trucs et c’est parti.
Après, le fait de construire tout soit même – bon c’est une question de thunes, et puis tu peux le faire à ton rythme aussi, ça te permet de te faire la main petit à petit. Tu apprends à vraiment connaitre ton sound. Tu crame 1 ou 2 hauts parleurs de temps en temps.

Je reprends l’exemple de Jumbo Rock – j’ai rien contre lui – mais il a acheté ses 10 scoops, il est descendu au garance, il a fait le sound sur le camping du 2e garance, il y a 2 ans. Et il a cramé tous ses médiums et il est rentré chez lui. Mais il aurait construit lui-même ses 10 scoops, il aurait mis 5 ans à les construire, et il aurait eu le temps d’apprendre à faire fonctionner sa sono, et il aurait pas tout cramé.
Donc il y a aussi ça. Bon après tu peux racheter des trucs, mais déjà de l’avoir fait une fois ça te permet de bien comprendre le fonctionnement de ton son, de bien réfléchir sur toi, ce que tu veux en terme de rendu sonore, d’écouté, ce que t’a sur tel ou tel son… Donc ça te permet de te questionner sur la qualité de son que tu veux, et voilà.

Après bien sur t’a l’autonomie, mais après tu ne peux t’en vouloir qu’à toi-même si ta sono elle marche mal, et tu vas avoir peut être plus de facilité à te dire ‘tiens il va falloir améliorer ça’, parce que tu sais que, au moment où t’as fait ton truc, t’a mis un haut-parleur pas cher, parce que voilà, t’avais pas les sous. Alors qu’il y en a qui prennent les trucs un peu clef en main et au final ils connaissent un peu moins bien leur sono et ils sont peut-être pas capable de diagnostiquer un problème, tu vois.
Tu sais comment il fonctionne, tu sais comment le réparer, et tu as été obligé de mettre du temps à le faire, et ce temps il est nécessaire pour savoir faire marcher ton sound.
Et puis, comme je t’ai dit, j’ai tendance à considérer plus les sounds systems qui ont construit leur sono de A a Z, que les mecs qui ont tout acheté et qui un jour se ramènent avec 10 KW de son. Bien que ces mecs la fassent des choses bien, et apprennent au fur et à mesure, et au bout d’un moment il y a peut-être plus de différence.

Mais je suis plutôt partisan du ‘do It yourself’. Et ceci ça va jusqu’aux productions aussi, il n’y a pas que la sono dans l’histoire, tu vois. De pouvoir jouer ton son, sur ta sono – la c’est ce qu’on vise. C’est un peu la consécration du truc. Tu contrôle tout. C’est soit toi qui a tout fait ou qui a demandé à ce que ça soit fait sur mesure pour toi.

Et du coup, ça me rappelle un débat qu’il y a eu sur internet ; qu’est ce qui fait l’identité d’une sono, d’un collectif, d’un sound ?

Alors, il y a plusieurs choses je dirais. En plus c’est assez marrant parce qu’il y a vraiment des identités fortes, en tout cas tout cas dans les sonos. Tu vois Mungos, OBF, ou Blackboard, et bin les 3 ça n’a rien à voir. Mais c’’est des choses qui se développent avec le temps. La nôtre elle est en train de se construire. Il faut la chercher. T’a les rastas, t’as les pas rastas, t’as les mecs pas rasta mais qui sont plus proche des rastas… etc

On va dire l’identité elle est déjà visuelle. Un sound system tout noir, tout grillagé à la Iration, c’est un peu agressif comme truc, visuellement. Et en général ça correspond aussi à quelque chose derrière. Tu vois la sono de Channel One, c’est tout en bois, t’a grilles rondes sur les hauts parleurs, t’a l’impression que ça va jouer roots, et effectivement, c’est un peu plus ça.
Les soirées Iration c’est ‘ruff’ quoi, les gars ils tapent sur les hauts parleurs, du coup ils sont limite obligé de mettre des full grid.
Bon les nôtres ils sont un peu enfoncés aussi – et puis t’a des mecs qui jouent du gros bourrin même sur des sonos en bois. Mais je trouve quand même, il y a un peu ce côté-là. Il faudrait faire une comparaison tu vois, classer les sounds system un peu ‘hard’, et voir la gueule des sonos qu’ils ont, et c’est que souvent c’est lié. Celle des Blackboard elle est plus ronde…

Donc tu as cette identité visuelle dans un premier temps. Mais bon qui peut évoluer avec le temps, en fonction du sound – nous on va repeindre le grilles bientôt.. Enfin bon.
Après tu as une identité, au-delà de la musique que tu joues, de grain sonore. Il y a des sonos plus métalliques, plus rondes selon si tu mets du pavillonnaire – je ne sais pas si tu as déjà  entendu la sono des Equal Brothers, tout est en pavillonnaire et sa sonne ultra rond, ultra roots.
Et tu vas jouer la même chanson sur une sono genre OBF ou Dawa Hifi qui ont des aigues qui te pètent les oreilles (rires), c’est un peu plus sec. Et du coup effectivement, par exemple Salomon héritage, il a une sono qui est bien je trouve, qui joue bien roots, qui a un son assez rond..
Du coup c’est cette recherche la, quand tu modifie des choses, c’est que tu penses que ça descend pas assez dans les infra, que ceci, cela… Parce que toi tu as l’habitude de jouer plus du gros stepper hardcore que ça tape du côté du gros kick, donc tu vas mettre des HD15 ou je ne sais pas quoi. Ou tu as des gros saladiers la, des 38 en bas medium, ça fait un kick un peu mou du coup t’aime bien parce que tu vas jouer plus du roots.

Chacun a ce grain sonore qui correspond finalement, un petit peu, à ce que tu joues derrière. Même si, je ne dis pas que Blackboard joue pas du gros stepper bourrin aussi, ils en jouent, mais ils vont être quand même plus roots…  OBF aussi vont jouer du roots, mais leur sono est quand même plus adapté a bien rendre la musique qu’ils jouent.

Après t’as des sounds sytems, je ne sais pas trop qui, mais il y en a probablement, mais qui joue peut-être pas que du reggae, qui ont besoin d’une sono plus polyvalente, et voilà, du coup en fonction de ce qu’ils jouent essaye d’avoir un grain sonore.
Apres tu essayes que ça sonne le mieux possible pour ce que tu joues en majorité.
Voilà, après l’identité de ton son, je crois que le fait que tu sois rasta ou pas rasta sa imprime pas mal de choses sur le sound. Même si on joue tous de la musique reggae ou ça dis « Jah rastafari » dans les dub plate, c’est des prières et tout, moi ça ne me dérange absolument pas du moment que le message reste positif et que ce n’est pas des ayatollah. Mais bon, donc ça, pour les sounds qui sont rasta, c’est une partie assez importante de leur identité.

Après il y a aussi l’identité que tu te construis en fonction de ce que joue, à la fois en terme de sélections, dans la majorité de ce que tu joues ; et aussi et surtout dans les dub plates que tu as. Donc par dub plate j’entends à la fois des prods que tu fais, même si tous les sounds ne produisent pas, il y a quand même une grosse partie qui font leur propre son. Ou qui essayent tu vois, il évolue, il est en train de se construire.  Nous nos prods qu’on faisait il y a 3 ans et celles qu’on fait aujourd’hui elles ont rien à voir. Il y a une évolution, et tu vois, on est encore en train de chercher notre style. On fait du digital, on fait du machin du truc. Je pense qu’on continuera toujours à faire un peu de tout.

Et aussi, quand tu ne produis pas, et puis même quand tu produis tu ne peux pas jouer que des trucs à toi – enfin tu peux mais bon… Mais les collaborations que fais. Je sais que moi par exemple j’ai quelques dub makers qui font partie des artiste que je soutiens et qui sont mes potes aussi et que je vais beaucoup jouer, et ça ça définis un peu ton son aussi.
On va dire, OBF ils vont jouer du Iration, du TiT, du Iron Dubz…  enfin voilà, leurs potes qui jouent aussi, et du coup ça défini un peu leur identité. Ils jouent du OBF, mais ils vont jouer du TiT après. C’est diffèrent mais ça reste de la grosse basse, du truc qui tape.
Blackboard, et bien ils sortent des trucs avec Rockers Disciples, un vrai groupe, ils ont des trucs plus roots ou dub anglais, un peu moins technoïde on va dire.
Et donc, voilà, même si tu ne produis pas, je pense que ton identité sonore elle est lié aux chanteurs que tu fais venir dans tes sessions, et aux dub makers qui te font tes dub plates, et aux collaborations que tu fais.

Moi souvent, quand je fais des dub plates Welders Hifi soit je file un riddim qui est à nous, soit j’ai un riddim d’un pote, de TiT ou je sais qui, j’ai un autre pote chanteur Ras Mykha par exemple. Je dis « tiens Mykha, ce riddim de TiT je l’aime bien,  je pense que tu pourrais faire un bon truc dessus » et je lui demande de faire un spécial pour moi, et t’essaye même de créer quelque chose de nouveau. Parce que ces deux personnes ça se trouves ils auraient jamais rien fait ensemble si je n’étais pas au milieux, peut être ça aurait été fait dans 10 ans.
Du coup voilà, j’essaye de faire ça, et cette superposition à la fois de chanteurs, dub makers, ou de choses que tu fais, ça crée un peu ton identité.

D’accord…  t’aborde des points qui ont pas été abordés avant, c’est cool.

Nan mais pour moi, si c’est juste empiler des caissons  et les brancher, et jouer les vinyles… Enfin je veux dire, un mec quand il t’invite à jouer, en Italie par exemple. Il invite les Welders sound system à jouer en Italie. Si c’est pour que j’aille passer les même releases de Vibronics que tous les italiens ils ont. Bon c’est cool… si t’a des gros collectors et que sa fait 50 ans que t’es dans le milieu, pourquoi pas.. Mais voilà, pour moi il me semble que l’identité d’un sound system ça se base pas mal sur les dubplates.

Mais du coup, si par exemple toi, quand vous avez été jouer en Italie, ou si vous jouez sur la sono de quelqu’un d’autre, est ce que votre identité elle est transposée sur cette sono ?

Sur la sono de l’autre ? Bin des fois t’a des surprises mec (rires)
Ça rend pas du tout pareil, t’as des tunes presque tu les reconnais pas. Et puis t’a des sonos, putain, pour les driver pour que ça sonne… Bon après c’est que nous on n’a pas l’expérience de jouer sur énormément de sonos. On a testé un peu tous les types de pré-amplis, mais une fois. Aba Shanti il arrive, que ça soit un Irad, un Jored.. Il sait comment ça marche, il sait comment il veut faire sonner son truc.

Il parait que les gros sons anglais, Aba et compagnie, il y a dub plates qu’ils ne jouent que sur leur son. Parce qu’ils savent que ça va bien sonner, ou ils ne veulent pas prendre le risque que ça sonne mal.

Mais nous en Italie, putain. Notamment quand on y est allé. Bon on est allé une fois avec notre sono, et une fois on a joué à Rome sur la sono des autres. Et il y des trucs, t’es la « pfouu ok, ça sonne PAS du tout du tout pareil » (rires).
Donc ouai, c’est à ces moments-là que ça te permet de prendre du recul sur ta sono. De te dire tiens ma prod sonne bien sur ma sono, ou elle sonne mieux sur la sienne. Et après si un jour tu veux sortir un truc en vinyle et il faut que ça sonne sur un peu toutes les sonos, c’est bien de la tester ailleurs. C’est pour ça qu’on envoie les pré-release à un peu tout le monde pour les mecs ils les jouent et qu’ils nous disent.

Et est-ce que la manière dont vous montez les sonos et comment vous organisez les danses ça change en fonction d’où vous jouez ? Que ça soit intérieur, extérieur ou dans différentes salles.

Alors déjà il faut trouver les salles (rires). Les endroits où tu peux.
Alors maintenant je suis spécialisé dans le ‘trouvage’ de salles, à force d’avoir fait des dizaines de salles différentes.
ouai ça change pas mal. Apres, bon il y a plusieurs choses.
Quand nous on organise nous-même, notre fond de commerce c’est les salles du genre mariages, les salles privés. Donc on essaye de trouver des trucs loin de toute vie habité. Des zones industrielles ou alors en campagne.

Déjà ça ce n’est pas évident, il faut que vérifie sur les photos aériennes, tu te payes une, deux, trois salles, t’a 50 salles. Le truc ça ressemble à un château, tu fais « nan laisse tomber ». Il faut trouver un truc un peu pérave, mais pas trop, pas trop cher, un peu accessible ou tu peux faire péter et ça va pas s’effondrer. Parce que des fois t’arrive dans des salles ça vibre, tu peux rien faire, t’es dégouté, t’a pourris ta soirée. Sauf que tu ne peux pas le savoir, tant que t’a pas monté ta sono et que tu n’as pas mis du 30Htz, tu ne sais pas.
Après une fois que tu l’as trouvé, de toute façon on va dire le but c’est de jouer face à sa sono. Il n’y a pas de retour, le retour c’est ton son.

Donc ça c’est déjà assez difficile à faire comprendre au mec quand tu vas jouer dans des salles style l’Akwaba. Les mecs, quand tu arrives et que tu dis on veut avoir le son en face de nous, ils sont là « mais nan, coupe le en deux déjà ». Alors toi tu es la « non un seul mur c’est mieux, ça descend plus bas en fréquence etc.. » il faut leur expliquer alors que les mecs ils sont régisseurs depuis je ne sais pas combien d’années, alors ils sont sur d’avoir raison. Tu essayes de déconstruire pour reconstruire, parce qu’eux ils font que des concerts, qui est un mode de consommation de musique européen, machin. Et nous on fait du sound system qui est un mode de consommation de musique jamaïcain à l’origine, et qui s’est étendu à la teuf. Mais à l’origine c’est un peu le concert des pauvres. Tu peux avoir Burning Spear, tous les groupes de musiques qui vont jouer pour toi dans une seul soirée, et ça ne t’aura couté rien du tout, ou moins de 10e en tout cas.

Donc là les salles, elles ont un peu du mal à comprendre qu’on ne met pas de retour, et qu’on joue sono face, tu vois.  Ca les perturbe les gars (rires). C’est-à-dire que en fait, nous on se met en général à l’endroit où il y a la scène, donc on fait démonter la scène, ou on se met devant. Et puis on met le son au bout de la salle qui tape du coup à l’inverse de ce qu’ils ont l’habitude d’entendre. Donc ça les perturbe, je te promets. Les premières à l’Akwaba, on s’est battu et tout. On a été obligé de couper le stack en 2 parce que les gars ils ne voulaient pas. Bon un jour, un a dit, « bon alors maintenant on en a fait 2, ça a marché. Nous on sait comment ça marche, donc ça va être un mur et un va le mettre la. Laisse nous faire une fois, s’il te plait ». On l’a fait, et à la fin, ils ont tous dis « putain, trop bien, c’était vachement mieux que d’habitude ».

Donc voilà, mais ça nous a pris trois dates, donc environ 1 ans, juste pour avoir la configuration sound system. Bon après tu peux couper en 2 mais il faut qu’il y ait au moins trois scoops par stack. Sinon ça vaut pas le coup au niveau de l’infra que tu peux avoir.
Donc il y a toujours cette histoire là – régis, sound system en face. Alors des fois il est un peu décalé, mais il en gros tu n’as pas de retour.

Après, dans l’organisation de l’espace, ça dépend. Nous en gros on arrive dans la salle, et on passe une demi-heure à discuter d’où on va mettre les trucs, on change trois  fois d’avis. Même si on avait déjà réfléchis avant, qu’on avait passé une soirée à boire des bières à en discuter. Au final quand on arrive sur place, ça nous arrive souvent de tous changer. Ca nous arrive même de faire les essais, de s’arrêter et de faire « non, on le rapproche de un mètre parce que ça tape pas assez à l’endroit où on est ».
Parce qu’il faut que tu puisses, là où tu es, avoir un son, ou du moins des repères. Tu vois au début quand on fait des réglages on va au milieu à peu près de la foule et on essaye d’avoir des repères. Moi quand j’entends ça à la régis, ça veut dire que le mec qui est au milieu de la foule il entend ça, parce que des fois ça peut faire mal aux oreilles alors que nous ça nous fait rien.

Après il y a toujours le petit bar, qui en général, mais ça c’est surtout faute de mieux, est intégré dans le même espace de danse que le sound system. On essaye de l’isoler un peu du son quand même, pour que les mecs au bar entendent le son mais ne se mangent pas à plein pot le truc. Après dans les salles ou il y a le bar un peu exclu du son, ou complètement dans une autre salle, je trouve ça  un peu dommage aussi. Ne serai-ce que pour les bénévoles.

Donc après en termes de visuel, en termes de lumière, j’aime bien quand les gens ne se voient pas. Enfin, ne se voient pas, que ça reste dans la pénombre. On met deux points de lumière, enfin je dis ça, mais on se bat avec l’Akwaba aussi pour ça. Le mec des fois ils mettent des trucs on dirait que c’est une boite de nuit. Donc on met une lumière là où il y a les mecs qui chante, ou il y a là son qui est produit, et une lumière là où le son est diffusé. Et au milieu je préfère que ça reste  relativement sombre, ou qu’en tout cas à 5 mètres tu ne vois pas trop – quand les gens sont cote à cote quand même ils se voient. Et je m’aperçois que notamment pour le début de la danse, après quand il y a du monde ils s’en foutent, mais pour le début, ça crée plus rapidement une ambiance de danse, les gens ne se regardent pas les uns les autres, donc ils n’ont pas honte d’y aller ou d’être tout seul parce que de toute façon t’es dans le noir. Le gens te voit mais ils ne voient pas qui t’es, et toi tu ne les vois pas, donc tu n’as pas l’impression d’être observé.

Et du coup c’est quelque chose qui est un peu particulier, parce que finalement dans le sound system, même si les gens regardent un peu le mec qui fait du son, qui chante ou la sono, ils ont quand même moins de points de fixation visuels que dans un concert ou tout le monde regarde le concert, à la limite le mec qui dans à coté de toi tu t’en fout si il danse comme un singe. Il y a moins ce côté ou les gens entre eux se regardent. En  sound system, il n’y a que du son, du coup j’essaye de concentrer les gens là-dessus, de faire deux endroits, et le reste pas de lumière. En général c’est lumière indirecte fixe, par exemple un lumière derrière le stack donc ça crée cette ambiance-là, plus propice pour moi en tout cas, plus propice à la danse, et surtout des danses un peu méditative. Quand j’arrive dans une salle de sound system, que tu reçois des déferlantes de basses, il fait un peu sombre, tu sens un peu de weed mais tu ne vois pas vraiment, et tu vois juste une lumière ultra violent avec Pupajim ou Soom t en dessous. C’est le truc, tu rentres et t’es dans le jus direct.

Aussi le fait de ne pas voir les gens fait que du coup il n’y a que le son, tu es dans la musique.

Ouai t’es concentré sur ton truc. C’est vrai, il n’y a pas comme ils font dans les sound system de teuf des lasers et tout. Il y en a qui le font un peu, mais nous non. Apres ça c’est mon opinion perso, il y a des mecs qui font des super déco. Apres nous aussi de temps en temps on fait un peu des déco, mais ça sera plus sur le bar, ou la régis. Mais l’endroit de danse reste assez sombre.

Vous avez quand joué dans des endroits… on va dire un peu bizarre pour des sonos. Par exemple la session à la Fou d’Allos sur les piste, ou à la fête du panier en dessous de la cathédrale de la major, qui n’est pas un endroit où tu mettrais une sono d’habitude. Est-ce que ça change des autres soirées ?

Moi j’aime bien, franchement. Je me souviens à Paris j’étais sur des sessions sound system sur une péniche. Et rien que le fait que ça soit sur une péniche je suis sûr que tu gagnes 100 bonhommes. Quand tu vas jouer dans une station de ski, rien que le fait que tu aies posé ta sono sur la neige les gens ils sont la « oua top cool ». J’en parlais hier avec Lilou des Iskankers, et elle me disait « putain vous avez toujours des méchants spots », presque on pourrait faire comme dans Amélie poulain, ou t’as le petit nain qui voyage. On pourrait faire le sound system à la mer, le sound system à la montagne. (rires).

Mais ouai, j’aime bien ce côté, le cadre en fait dans lequel tu poses ton son, même si finalement tu fais toujours le même sound system. Effectivement le fait d’aller dans des endroits un peu atypiques c’est sympa. Déjà pour le public ça crée un peu une espèce de petite nouveauté. Les sessions en plein air finalement même si on est dans le sud il n’y a pas tant de monde qui en fait. Donc ça crée… je ne sais pas… ça crée une petite ambiance festive, un peu décalée. Mais d’ailleurs, c’est quelque chose que j’aimerais plus développer, enfin là il faudrait collaborer avec des collectivités, mais de jouer dans des lieux qui ont un passé, un peu comme la Major ou j’en sais rien, la fondation Vasarely.

Des lieux qu’on n’assimilerait pas forcément avec des concerts ?

Oui voilà. Par exemple d’aller jouer devant le Palais des Papes tu vois ? moi ça me plairait bien, ou sur le pont d’Avignon, ou des trucs comme ça. Après ‘faut quand même réussir à justifier ton truc, parce que les collectivités vont avoir peur que tu leur esquinte tout. Mais effectivement, c’est vrai que le cadre global, le paysage devant lequel tu joues ça met une autre ambiance. Quand tu joues à la montagne ou au ski… Mais même tu ne joues pas les mêmes choses. Quand tu joues à la plage ou quoi, ça change.

Donc l’endroit où tu joues influence quand même ce que tu joues.

Ouai, moi ça change mon état d’esprit. Nous ça nous ai jamais trop arrivé parce qu’on a toujours des problèmes et on se fait virer de nos salles, mais d’un côté c’est bien d’avoir des résidences, un lieux que tu connais parce que tu sais comment ta sono elle sonne, tu sais comment ça fonctionne. Même quand on joue plusieurs fois dans des salles, on a testé toutes les configurations possible. On avait une petite salle, le graffiti à Avignon. Et bien là-bas on a testé un mur, 2 murs de 2, un mur de 3, 4 murs de 2 en invitant des gars, ou 2 murs de 3… enfin on a tout testé. Et à chaque fois tu essayes d’organiser ta danse différemment « ah non là il y avait trop de lumière, la prochaine fois on en mettra moins. » « là il y avait les chiottes tout le monde passait devant la régi »… Donc petit à petit tu trouves ton organisation final, c’est vrai que de changer tout le temps c’est chiant.

Après les lieux en plein air, il y a pas cette histoire de comment ça sonne, comment ça sonne pas, parce que tu sais que si tu te mets à 12 pas de ton sound, c’est bon. Nous a calculé notre distance. Mais ça crée un petit truc à la fois pour les gens, parce que eux c’est un peu sympa d’avoir un truc sur une péniche ou quoi. Et puis pour toi aussi, ça te permet de ne pas tourner en rond.

Mais est-ce que tu arrives toujours à avoir la même ambiance, par exemple à la major ou au ski, que par exemple si tu jouais dans des coin plus normaux ?

Ca dépend pas du lieu je dirais, ça dépend plus de qui viens, et qui viens pas. Quand tu joues dans une salle et que tu fais un truc… Ouai en fait ça ne dépend pas du lieu. Ca dépend du publique qui viens.

C’est-à-dire que quand, par exemple, on va jouer à l’Akwaba, on va peut-être avoir des mecs de l’Akwaba qui vienne et qui n’ont jamais vu de sound system reggae, ou quand on joue à la major.
Alors que quand tu joues dans une salle ou c’est toi qui la loue et qui organise un truc perdu et il y a vingt pingouins, t’es sur que tous les mecs qui sont là ils ne sont pas là par hasard. Donc c’est vrai que quand tu changes de lieu, ça te permet d’avoir des gens qui viennent peut être pour le lieu et qui viennent pas forcément pour le son et qui vont le découvrir.

Si tu arrives à faire ta com’ et à suffisamment mobiliser les gens… mais même avec des mecs qui sont pas du sound system, t’arrive à enflammer des danse. Mais ça c’est plus les gens qui créent cette ambiance, et toi si tu arrives à capter cette ambiance, ce que les gens aiment.

Et après des fois ils aiment bien mais tu ne le vois pas. Par exemple les italiens, c’est assez chelou les mecs. Ils ne gueulent pas comme ici. Après dans le nord (de l’Italie) je ne sais pas comment ils font, mais ici tu ‘pull up’ ça gueule et tout. Ils ont l’habitude, on a été élevé à la dub station. En Italie tu fais un pull up, t’a trois mecs qui gueulent tu ne sais pas trop si les gens ils sont content. Ils attendent… Bon… tu remets, et tout. Et à la fin des chansons, des bonnes tunes, ils applaudissent. Enfin moi j’ai rarement vu des mecs applaudir en sound system en France. C’est arrivé peut être quelque fois.

Un truc qui revient souvent c’est qu’en Italie ils sont souvent très conservateurs au niveau sound system.

En France il y a des puristes aussi, mais il y a peut-être plus de sons en France qui sont un peu tout-terrain qu’en Italie.
Mais du coup, c’est vrai que l’ambiance que tu crées. bon ça dépend du lieux. Nous quand on fait les sessions en plein air à Eguilles les gens ils viennent, ils sont chaud kash – parce que c’est la dernière en plein air, ou c’est un lieux qui fait que les gens sont bien. Ou quand on va faire nos sessions à la Fou d’Allos, pas sur les pistes de ski mais on joue aussi dans un bar. Le bar c’est la sortie du weekend end des saisonniers, t’inquiète ils viennent, c’est le faya ! Les gars ils ne sortent pas forcément en son, mais c’est des endroits peut être plus propice à la fête que d’autre.

Et après ça nous est arrivé… attend j’essaie de trouver un endroit où il y a pas forcément eu de vibes… mais même quand il y a eu peu de gens. Voilà, en plus ça ne dépend même pas du monde de gens. Je me souviens on avait fait une soirée à la montagne, on avait fait 70 payants, la salle on pouvait mettre 200. Mais les 70 ils étaient là du début à la fin, t’avait 30 gars qui dansaient, 30 gars qui buvaient, et c’était énorme. On en aurait eu 200 ça aurait été pareil.

Mais c’est vrai, des fois tu ne sais pas pourquoi. Des fois il y a une étincelle, des fois elle n’y est pas. Et je pense qu’avec l’expérience t’arrive à plus tirer ton épingle du jeu quand t’es pas dans des conditions très favorables de publique.

Donc du coup c’est l’interaction avec le publique qui influence énormément ? c’est la grosse différence entre un concert ou un DJ set, et une session sound system.

Bin déjà tout à l’heure on parlait d’identité. L’identité elle est aussi dans un peu le message que tu peux faire passer. Les rasta en font peut être passer d’avantage que nous, mais moi je vais quand même dire des trucs.

Et effectivement, au début il y a toujours un warm up. Assez souvent on fait faire des warm up à des petits jeunes. Mais en fait les warm up c’est super important. C’est ce qui fait que le mec qui est accoudé au bar en train de boire sa bière va venir devant boire sa bière en dansant. Et puis quand il aura fini il va commencer à lever les bras et voilà, tu vois. Et c’est vrai que si le warm up est pourri, et que jusqu’à minuit tu passes de la merde, tu ne parles pas aux gens etc… Moi j’en ai fait l’expérience, et d’ailleurs c’est pour ça que je me suis mis à parler, à chanter.

Au début je ne le faisais pas du tout et je ne suis pas spécialement. mais je m’y suis mis par défaut parce que personne ne le faisait. En plus quand tu parles et qu’il y a personne dans la danse, des fois et surtout au début, t’as un peu honte de dire des trucs, personne te répond. Mais tu vois tu passes la même chanson en disant rien. Ou tu ne mets pas la basse et puis tu l’envois, je veux dire les mecs quand t’envoie la basse personne à calculé. Alors que t’es là tu dis des trucs. En plus avec l’intonation avec laquelle tu le dis. Apres bon c’est la fin de la soirée, que t’es un peu déboité, bon. Mais quand t’as la patate, et que tu parles aux gens, voilà quoi.

Il y a eu une session d’After All ou c’était assez flagrant, avec Marina P et Steppa Style. Marina elle arrive, elle te parle, elle te fait des blagues. En plus tu sens que quand elle te parle elle a la pèche. Bon il n’y avait pas énormément de monde à la soirée, mais pendant qu’elle jouait, tout le monde dansait. Il y a eu Steppa Style après, qui lui du coup parlait qu’en anglais. Mais même si le mec il te parle qu’en anglais qu’il met le ton et la pèche, c’est entraînant. Lui il est arrivé après, artistiquement c’était pas moins bien, mais il n’a pas réussi à mettre la vibes. Et du coup les gens sont un peu sortis, allés boire un verre.

Mais c’est vrai que c’est un exercice assez dure, qui demande de l’expérience. De construire ta danse, de faire rentrer les mecs dans la danse en leur mettant peut être une tune qu’ils connaissent, un truc un peu grand publique. Puis les gens se reconnaissent là-dedans, et la tu les amène dans la danse, ils commencent à danser. Et une fois qu’ils sont dedans tu peux leur passer des trucs un peu plus obscurs.

Et ça c’est d’autant plus vrai quand t’es avec un public de mecs qui sont pas vraiment habitués quand tu te payes un truc genre fête de la musique. Alors  c’est rigolo parce que si les mecs ils ne connaissent pas, ils viennent te dire »allé vas-y, pourquoi vous avez qu’une platine, pourquoi vous parlez ? Arrêtez de parler… » parce qu’ils ont l’habitude des DJ qui enchaînent.  Mais c’est pas ça un sound system, c’est tout ce qu’on  a dit jusqu’à présent. Un gars qui chante, un gars qui parle…etc.
Donc c’est vrai que l’ambiance qui se met dans la danse, et que les gens ils occupent cet espace entre la sono et la régis, elle dépend vachement de la musique que tu passes mais surtout vis-à-vis des non-avertis, de ce que tu vas leur dire pour les amener à venir danser au milieu devant toi. Les interpeller un peu.

Je regardais une interview d’Aba Shanti il y a quelques jours, et à un moment il parle de ce qui faisait que le dub et le reggae, cette musique qui fait que tout le monde puisse danser, tout le monde est content. En ton opinion, qu’est-ce que cette musique a de spécial ?

Déjà je pense qu’il y  a que c’est des soirée reggae et qui sont quand même issues d’une tradition tolérante. Enfin tolérante, c’est ouvert quoi. Tu peux arriver en teuffeur avec des piercings de partout ou en costume trois pièces, ou en berger miteux (rires) tu rentres quand même dans la danse. Alors que tu  vas en boite nan, c’est select. Après dans les concert c’est à peu près aussi ouvert. Donc déjà il y a cette liberté de venir un peu comme tu veux, qui permet que ça soit une grosse fête, parce que tu n’es pas jugé.

Après, je ne sais pas, les mecs qui jouent il y en a c’est pro, mais on est quand même sur une scène quand même beaucoup amateur, en France. Ou semi-pro, mais les sound system qui vivent de leur sound system, en France, je pense qu’il y a Salomon Héritage, Lion Roots, et encore je pense qu’il a d’autres revenus, Blackboard, OBF et… peut-être Legal Shot et encore.

Les autres ils ont tous un boulot. Jah Militant il fait des fruits et légumes, on va pas tous les citer mais voilà. Donc déjà les mecs qui font le son c’est leur petit plaisir. Déjà eux ils viennent pour faire la fête – enfin, tu ne viens pas pour t’emmerder, si ça te fais chier, tu ne fais pas les sessions. Le mecs qui fait le son déjà il vient pour faire la fête, donc il essaye de transmettre un peu ça aux gens qui sont là. Il y a des mecs qui sont sérieux etc., mais moi je considère plus le sound system comme un endroit de divertissement. Tu fais un peu des blagues, c’est assez issu de la tradition jamaïcaine. Les DJ qui font un peu des blagues, qui parlent de la vie de tous les jours. T’es pas obligé de toujours parler de la faim dans le monde, tu peux aussi faire une petite chanson « i’ve got mushroom and cheese in my dancing shoes » (rires).

Un peu faire oublier au gens leur semaine de merde.

Exactement. En plus c’est relativement accessible en termes de sous. EN plus l’anonymat que tu as dans le noir, comme on en parlait tout à l’heure, c’est aussi propice à se lâcher complètement. Tu t’en fous, personne ne te regarde. Les gens ne peuvent pas te voir même s’ils te regardent. Donc voilà, c’est la même chose que ce qu’il se passe dans les teufs, sauf que les mecs ils s’aident avec beaucoup de produits.

Donc voilà, c’est cette ambiance de fête. J’imagine, après je ne suis pas très versé dans les autres trucs, mais il y a peut-être des ambiances dans sounds systems dancehall ou dans des soirées rap ou clash, qui sont un peu plus agressives.

Mais globalement, en tout cas dans la scène sound system dub, on est plus dans une optique : on profite de notre soirée le samedi, on est là pour écouter de la musique. Après il y a un petit message aussi, mais les deux ne s’opposent pas. Les gars qui sont la « non il faut rester sur du roots, du truc sérieux ». Qui disent Jah rastafari tout le temps, tout le temps. C’est bien, faites passer votre message, mais fait une petite blague de temps en temps. Tu peux déconner en sound system. Au contraire, tu fais une petite moquette, tu dis « hop, petite moquette, excusez-nous » hop, tu rigole un coup au micro, et puis c’est repartis. Des fois je me marre, je dis des trucs, je fais du yaourt français-anglais. Du coup tu fais « bon les gars ça voulait rien dire, vas-y on envoie le son ». Pour le warm up sa marche pas mal de faire des petites blagues aussi, tu fais « oh vous les trois du fond là-bas c’est bon, après la troisième bière vous venez danser ».

De manière plus large. Le sound system à la base c’était jamaïcain, après c’est passé en Angleterre dans les années 80-2000. Et depuis 2000, c’est passé en Europe on va dire continentale. Est-ce que tu as une idée pourquoi sa c’est passé ?

Moi je pense que les teufs technos elles y sont pour beaucoup en France, et même en Italie. Parce que c’est quand même des gros teuffeurs en Italie. Et puis la ça commence à gagner l’Europe de l’est. Je pense que cette base la joue beaucoup. Je connais beaucoup de gens qui vont en sound system aujourd’hui, il y a dix ans ils n’y auraient pas mis les pieds et c’est des anciens teuffeurs. Ils continuent à aller un peu en teuf, mais ils se sont un peu calmés, ils ont des gamins… Et puis c’est une musique un peu plus calme. Du coup je pense qu’eux ils viennent pour le coté sound system, mur de son. Donc ils retrouvent certains codes en fait, qui viennent du sound system techno qui vient du sound system. Tu vois, sa fait une sorte de boucle. Et je pense que ça a attaqué l’Europe continentale plus par là.

Après dans les années 2000 on a eu plein de petits groupes de reggae français, qui ont contribués à populariser le reggae en France. Les gros festivals reggae français, Sun ska, jamaican sunrise, Garance, ou Jah ‘Sound ça fait quand même une dizaine d’années que ça existe mais c’est arrivé un peu tout en même temps.

Je saurais pas dire, parce que le reggae à l’origine c’est un peu la musique des opprimés etc. On n’est pas trop des opprimés en Europe, on est plutôt privilégié. Mais on a quand même des choses à revendiquer, et ça fait partie d’une alternative – on n’est pas non plus des gros anar’ – mais il y a ce côté un peu underground.  Enfin qui l’est peut-être moins maintenant, mais bon ça le reste puisqu’on n’arrive pas à trouver de salles pour faire nos trucs, à la télé tu ne vois pas des reportages dessus.
Mais ouai, comme nous on allait en teuf quand j’avais 16 ans, et bin je pense que pour les jeunes aujourd’hui, la teuf ça a un peu perdu son charme – pourquoi je ne sais pas, ça s’est peut-être un peu trop popularisé, trop médiatisé. Et du coup le sound system qui reste le truc un peu underground sa attire un peu les jeunes. Tu vois, d’avoir un truc underground mais qui reste un petit peu plus cadré qu’une teuf ou c’est l’anarchie.

Nous il y a des parent qui nous amènent leur gamin et qui les récupèrent à la fin. Bon voilà, il a 16 ans il peut boire de la bière, c’est bon. Tu vois, ils n’auraient pas fait ça pour une rave party.
C’est pseudo-officiel, mais ça joue sur l’underground aussi parce que ce n’est pas super médiatisé… Voilà. En tout cas ce n’est pas grâce aux médias que c’est comme ça. Ça c’est fait par les activistes. Je pense que les dub station aussi, en tout cas en France, ils ont beaucoup beaucoup contribué. Enfin les dub stations et les autres gars qui ont fait ça en même temps. Les gars qui ont fait les dub clubs à Toulouse, et autre part. Après sur les autres pays je ne sais pas. Mais tu vois ils ont un petit peu plus de retard –enfin de retard – ils ont moins  de sounds systems en Italie, en Espagne. Mais ils sont là ou on en était il y a 4 ou 5 ans je pense.

En Jamaïque et en Angleterre, les sonos elles sont venue des opprimé, des ‘sufferah’. En Angleterre c’est lié au racisme, aux problèmes sociaux… Et en France tu te demandes ou est le lien du coup. En France c’est en majorité des blancs, plutôt classes moyennes qui en construisent.

Ouai en France c’est pas ruff. Si ça venait des quartiers défavorisé sa serait dans les cités qu’ils feraient des sounds systems. Mais ce n’est pas du tout le cas.

Je veux dire tu regardes a Aix le nombre de sound system qu’il y a, Aix c’est plutôt une ville de riche entre guillemets. Mais je pense qu’il y a peut-être un côté… je veux dire dans les années 70, nos parents ils ont été hippies. Les hippies ce n’était pas forcément des mecs qui étaient dans la misère, mais c’était des mecs qui étaient éduqués, et qui croyaient à autres chose que ce qu’il se passe aujourd’hui. Et qui du coup revendiquaient en écoutant du rock, du rock psyché, je ne sais pas quoi. Mais ils étaient issus d’un milieu pas forcément défavorisé, mais ce n’est pas pour ça que tu n’as pas le droit de t’occuper des autres qui sont défavorisés. C’est nous qui créons le bordel aussi, en Afrique, Amérique du sud, qu’importe. Et du coup, ça fait peut être partie d’une espèce de, comment dire. Tu adhère à ce mouvement la parce que tu prends conscience que toi, ta culture occidentale aisée, c’est quelque chose qui n’est pas forcément un modèle, et qu’il y a des choses à changer. Et du coup tu t’identifies au reggae parce que le reggae porte des valeurs d’unité, de paix, de tolérance, et d’entre-aide.

Je veux dire nous ce qu’on essaye d’inculquer dans le reggae c’est qu’il faut être gentil avec ton prochain. C’est peut-être un message biblique mais je m’en fous. Alors que j’écoute des paroles de dancehall, et j’entends « tu me regarde mal je mets mon gun dans ta bouche » tu vois. En gros dans le milieu rap, dancehall, si tu veux être reconnue il faut que tu sois ‘méchant’, et dans le reggae, bin si tu veux être reconnue, il faut être gentil

Donc tu vois, c’est quelque chose d’autre dans lequel un certain nombre de gens se reconnaissent. Et je pense ça contribue au fait que les gens s’identifient à ça. Même si ça vient de Jamaïque, de milieux défavorisés, finalement ça reste quand même une musique qui est militante. Et t’as beau être sorti d’un beau quartier, c’est pas pour ça que ne t’a pas le droit de t’insurger contre les choses qui se passent autour de toi.

Et pour finir, quelles seraient pour toi les grosses différences entre les teufs et les sounds systems reggae ?

Bin déjà au niveau du son, le reggae est plus basé sur des choses mélodiques. D’ailleurs c’est peut-être pour ça qu’on joue à une seule platine. Parce que tu ne peux pas mixer 2 tunes de reggae. T’en a une en du, une en sol… En teuf t’a un tempo et c’est à peu près tout ce que tu dois caller. Donc c’est quand même à mon avis une grosse différence.

Moi aussi ce que j’aime bien c’est le mélange entre un instrument acoustique, un mélodica, un skank, un piano, et un côté un peu électronique. Alors que la teuf ça reste quasiment qu’électronique. Donc nous on a réussis à garder ça dans le mouvement dub. Même si certain comme OBF ne sont pas très acoustiques. Mais tu as quand même un chanteur, tu vois. Il y a quand même une prestation live – de création acoustique – que tu ne trouves pas forcément dans le milieu techno. Le mec il va peut-être créer un truc parce qu’il va tourner un bouton sur sa machine. Effectivement il va créer la musique s’il fait du live, mais cette création artistique est uniquement électronique.

Après bien sûr il y a l’histoire des drogues aussi. Bien que dans les sound systems il y a des mecs qui se mangent de tout. Mais c’est pas aussi ostentatoire. En teuf t’as des mecs avec des sacs d’ecstasy qui sont là à gueuler « ecstasy, ecstasy ! ». Il y a un gars qui fait ça dans ma danse je le fous dehors limite j’appelle les flics. Donc il y a ce côté-là qui est rejette la drogue – donc le publique n’est pas le même.

Il y a l’aspect – enfin les teufeurs aussi parce qu’on les emmerde trop – mais nous on est quand même plus respectueux de la loi… Parce qu’on n’a pas envie de se faire piquer le sound system. Même si on fait des trucs à la limite de la légalité en permanence. Mais c’est vrai que les teufs c’est souvent…  Il y a les vieux teufeurs en général, les mecs ils nettoient le site après, ils ne font pas n’importe quoi… mais globalement une teuf c’est quand même moins contrôlé, c’est sur donation à l’entrée, nous il y a un prix fixe… c’est un peu plus l’anarchie souvent. Mais bon ils y tiennent, c’est bien aussi d’un côté.

Après nous on accorde aussi, beaucoup plus que les teufeurs, c’est un peu une dominance dans les sound systems et les teufeurs moins. Les teufeurs en gros ils veulent le plus de kilowatts possible. Nous on s’en branle des kilowatts. Tu ne le dis même pas le nombre de kilo qu’elle a ta sono. Nous ça nous est arrivé de le mettre, mais plus comme message à destination des teufeurs. Mais quand tu parles d’une sono à un gars. Alors déjà le mec il me demande combien j’ai de kilowatts sur ma sono, je sais que c’est pas des mecs du milieu. Le mec qui veux me demander ce que c’est ma sono en reggae, il va me parler du nombre de scoops que j’ai, c’est un peu l’unité de base. En gros combien de basses tu as, 4 basses, 6 basses… Et du coup il y a un réel souci de la qualité sonore.

Tu vois la sono de Blackboard, ça sonne ultra clean. Le mec il te met 24 scoops, tu as quand même un rendu sonore pour la puissance de son qu’il y a qui est impressionnant.  Alors que les teufeurs souvent ils empilent un peu les caissons, les trucs ils sont déphasés, du coup ils ont tant de kilowatts, mais les trucs ils s’annulent. Eux ils veulent que du gros kick. Le fait qu’ils fassent que de la musique électronique et pas de mélodie ça leur permet peut-être de faire plus ça. Alors que nous si on commence à faire ça, tu vas plus entendre telle fréquence, tu vas plus entendre la voix. Donc la musique qu’on joue nous oblige à mettre la qualité de la diffusion sonore dans les préoccupations principales. Alors qu’en techno, c’est moins le cas.

Après, je ne sais pas si les massives qui viennent dans les sons ils aient cette approche là, mais je pense qu’ils sont quand même capable de voir si une sono elle marche bien ou pas.  Autant dans la teuf t’entend un gros kick, ça fait danser parce que de toute façon tu trottine sur la basse rapide. Il y a des synthés et tout mais si tu les entends pas ce n’est pas très grave. Alors que dans le reggae,  et notamment on parlait des dubplates et comment tu construis ta danse. Et bien je suis allé il y a pas longtemps à une soirée sur une sono dont je tairai le nom, ou ça sonnait pas bien, et bin les gens, ça ne les enveloppais pas, ils n’arrivaient pas à transmettre la vibes. Alors que c’était des bons artistes dessus, mais il y avait pas cette fusion du gars avec le sound system. Et du coup pour que ta danse elle marche bien, il faut que tu ais un bon rendu sonore pour pouvoir bien transmettre ta vibe.
Et ça je pense que c’est quand même une différence assez importante.

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