Interview Lion Roots

lion roots sound system

“quand on écoute certaines tunes qu’on a déjà écouté auparavant à la maison ou sur une chaine hifi, et que là on l’entend en sound avec des gros kilo et une basse énorme, c’est une autre dimension.” 

Au-dessus du bruit des cigales, petite interview avec Stef du Lion Roots Sound System avant sa session avec Aba Shanti au Mas des Escaravatiers. 


Comment est-ce que tu as découvert le reggae et qu’est ce qui t’a motivé à monter ta sono ?

Yes-I, greetings. Alors ce qui poussé à monter ma sono, c’était le fait d’aller à Londres justement et de voir les sound systems en Angleterre. Niveau reggae, j’en écoutais avant mais pas sous cette influence sound system, en fait. C’était plus des groupes traditionnels comme Israel Vibrations.. des fondations quoi. Des groupes qui ont fait que le reggae maintenant ait cette ampleur.
Après le sound system il  est venu très tardivement. Ça fait une quinzaine d’année que j’ai découvert ce mouvement.

Et tu es actif depuis quand ?

Alors dans la région, parce que je suis natif de Cannes, ça fait bientôt 15 ans. J’ai commencé à essayer de faire évoluer les choses ici dans le Sud-Est, parce qu’il y avait rien en fait au niveau culture sound system et reggae purement jamaicain. Il y avait vraiment rien du tout. Mais pourtant il y avait du monde qui allait aux concerts, avec les groupes justement de fondation. Les gros groupes comme c‘est sûr que les gens connaissent donc ils y vont. Mais quand c’est un peu plus pointu, c’est plus difficile de leur faire découvrir les choses.

Justement, tu es le plus ancien sound system dans le sud que je connaisse. Ta sono,elle est faite maison ?

Oui oui, c’est entièrement fait maison.

Et tu penses que ça apporte quoi le fait d’avoir une sono faite maison ?

Bin c’est un peu l’identité du sound, de construire sa sono. Après c’est sûr que maintenant avec les moyens accessibles, internet tout ça, on en discutait tout à l’heure avec Aba Shanti, c’est plus ou moins facile d’acquérir tel ou tel matériel, alors qu’avant, justement il fallait construire tout nous-même. Encore pire avec Aba au début c’était entièrement fait maison. Entièrement, entièrement, de A à Z. Des amplis, aux pré-amps.

En parlant d’identité, qu’est ce qui fait l’identité d’un sound ? 

L’identité elle vient aussi de la qualité du pré-amp, avant tout. C’est le pré-amp qui restitue le son. Il faut aussi les enceinte adéquate pour avoir une bonne restitution, c’est ce qui est le plus important je pense. Après, c’est d’essayer des box, différents modèles. On construits d’autres modèles sur des bases qui ont déjà été faites depuis bien longtemps. Donc pour ça on a de la chance d’avoir internet. Ça aide beaucoup.

Et pour toi, qu’est-ce qu’il y a de spécial avec cette musique qui crée cette ambiance aux sessions. Une session reggae crée une ambiance que tu ne trouves nulle part d’autre.

C’est sûr. C’est en parti la pression acoustique, le fait d’écouter cette musique plus ou moins surdimensionnée. Mais elle s’écoute comme ça en fait. On n’a pas l’habitude d’écouter de la musique avec cette puissance sonore. Même en concert à moins d’aller voir les gros groupes, U2 ou des trucs comme ça, où là il y a la patate, mais sinon dans des petits bars ou des trucs comme ça, il y a pas cette qualité sonore qu’on retrouve en sound system. Cette pression et la qualité sonore, qui vient par le fait de savoir construire ses box. C’est une chaine, si t’a des amplis qui sont au bout du rouleau, et que le reste il est bien, la restitution sera moyenne. C’est un tout qui fait que la restitution sonore est là.

Donc c’est le son qui est le plus important ?

Ouai en session. Après, vu qu’on n’a pas l’habitude d’écouter cette musique la, quand on écoute certaines tunes qu’on a déjà écouté auparavant à la maison ou sur une chaine hifi, et que là on l’entend en sound avec des gros kilo et une basse énorme, c’est une autre dimension. C’est ça le truc.

Quelqu’un avait décrit une session reggae en disant que tu es dans la musique, comme si tu nageais dedans.

C’est ça, tu es en plein dedans. De toute façon le son il envoie une onde, la « wave » comme ils l’appellent. C’est bien ça, logiquement tu dois sentir la vague du son dans la danse.

Et quand tu organise une danse, tu apportes la musique, mais est ce qu’il y a quelque chose d’autre que tu essayes d’apporter?

C’est sûr et certain que faire un sound system ce n’est pas uniquement passer de la musique et des vinyles, enfin à mon gout. C’est un message à faire passer par la musique que tu joues, avec les artistes que tu puisses inviter. C’est un message de paix, d’unité. C’est les fondations, s’il n’y a pas ça, malheureusement on ne va pas aller bien loin.
Et puis voilà, je crois qu’on est obligé, pour les générations futures de montrer qu’il n’y a pas que du mauvais. Après c’est peut-être pour ça que le reggae a du mal à percer. Parce que c’est un message vraiment fort, et peut être que les politicos en ont peur.
C’est pas que ça pousse à la révolte, mais ça fait réfléchir.

Bin justement ça, en Jamaique et en Angleterre, au début le mouvement était quand même très politique et social. Est-ce qu’en France tu crois que ça se retrouve aussi ?

Bin après il y a 2 catégories je pense. Ceux qui voient le truc, et qui se disent c’est bien sympa ce mouvement et qui ont les sous derrière donc ils se disent ‘on va commencer’. Et puis ceux qui galèrent, qui veulent vraiment faire quelque chose et qui font tout pour y arriver. Après, le fait que les propriétaires d’un sound ils aient des fond derrière, ou qu’ils galèrent et organisent des soirées pour se faire des ronds et pour se payer un scoop, c’est pas la même. Mais au final c’est le message le plus important.

Aussi, depuis en moment j’imagine que tu as du remarquer, la scène sound system en France elle évolue pas mal. A ton avis c’est dû à quoi ?

Ouai, c’est clair. Depuis 5-6 ans ça commence à partir. Même 7-8 ans. Après je ne sais pas trop pourquoi. Mais c’est bien, ça se construit, ça bouge. C’est bien.

Une observation que j’ai fait pour ces recherches, c’est que la France commence à rejoindre l’Angleterre en terme du nombre de sound, de productions…

C’est sûr. Il y a de bons labels en France. De bon groupe français qui jouent bien live. Des bons dubmakers, et des bonnes sonos. Sur la scène reggae dub il y a pas mal. Mais bon après je pense que ça reste plus difficile de faire des danses ici qu’en Angleterre. Ici au niveau des lois c’est plus dur. En Angleterre, j’imagine, vu le nombre de soirées qu’il y a, les gens ils amènent leur sound de partout. Dans une petite boite ils mettent 4 scoops, tu vois. Ce n’est pas dans un bar à Cannes que tu verras 4 scoops. Malgré le fait qu’il y a cette effervescence, les gens – comme tout le monde – on galère. Après c’est pas pareil que de se faire booker et d’aller jouer pour les gens.
C’est différent, quand tu veux faire ton truc et que tu n’as pas de salles, bin tu peux pas faire ton truc. C’est plus en dur en France je pense.
Après il y a des villes ou c’est plus ou moins ouvert à d’autres, mais bon.

Quand tu organise une soirée, est ce que ce que joue change en fonction d’où tu es, ou du monde qui est là ?

Déjà, ça dépend un peu du lieu. Surtout dans la région, parce qu’ici il faut vraiment faire découvrir aux gens ce qu’est le reggae. Donc il faut plus ou moins jouer plus ou moins du ‘commercial’, faire danser un peu les gens, et après tu avancer dans du pointu.
Moi je fais surtout au feeling. Je n’ai pas une sélection présélectionnée à la maison dans une caisse, celui-là c’est le premier, celui-là c’est le dernier.
Justement tout à l’heure on rigolait avec mes potes parce que je ramène une tonne de vinyles et au bout du compte je vais peut-être en jouer 40 ou 50 maxi. 50 avec une version, quelques chanteurs, tu arrives vite à 3-4 heures. Ca va vite.

C’est en fonction de l’ambiance essentiellement. Après début juillet, j’ai fait un truc pour la nuit de la glisse à Cannes. Bon là c’est sûr que c’était des jeunes et tout, donc c’était plus pour leur faire découvrir. Mais bon, il y avait un stack au bord de l’eau. Même quand je poussais ils hallucinaient tous. Il y a le futur maire – enfin, on ne sait pas s’il va passer- qui a fait son discours sur le sound. C’était marrant quoi.
Ça fait un link avec la mairie. C’est eux qui faisaient ça, du coup maintenant ils savent que je suis la. Tous les mois ils font un quartier de nuit, ils appellent ça, et au mois de juillet c’était sur la glisse. Donc ils avaient mis une mini-rampe pour tout l’été a dispo tout au bout de Cannes, juste au bord de l’eau. L’endroit top quoi.
Ça fait un lien avec la mairie, donc on va essayer de faire durer la chose. Le gars il est chaud.
Je pense qu’on est obligé. Je pourrais essayer d’être plus ou moins officiel, pour qu’il y ait du monde qui se déplace. Il faut à mon avis passer avec les mairies. Pour qu’il y ait un message qui soit diffusé avec eux aussi, que ça touche plus de personnes.

C’est vrai qu’au final c’est quand même un peu dans leur intérêt.

Ah c’est clair. Si sa marche, ils voient qu’il n’y a pas de problème. Moi je n’ai jamais eu de problème en soirée. C’est un message conscient.

Et le fait de construire soit même sa sono, d’être autonome en organisant ses soirées, est ce que c’est toujours possible ?

Le plus dur c’est de durer dans le temps. De savoir tenir la barre. Après être autonome à 100%, avoir le générateur pour se poser n’ importe où, c’est un peu difficile. Généralement toutes les soirées reggae en France sont officielles, je pense. C’est géré par des assos, soit il y a du bénéfice soit il y en pas. Souvent il n’y a pas de bénéfice. Souvent c’est ric-rac. Souvent on perd, très souvent.
Donc voilà, mais l’avantage c’est que ce n’est pas considéré comme des raves party. Je dis ça sans critiquer les raves.

Et le vinyle, c’est le truc central des sound. Maintenant tu as le serrato, le mp3. Pourquoi est-ce que c’est resté aussi longtemps ?

Le vinyle c’est la base de toute façon.  Après avoir tout sur vinyle quand tu as des morceaux ou des trucs exclusif, tout presser sur vinyle ou même sur acétate, ça te coûte une fortune. Il faut pouvoir être réaliste. Moi j’ai mon PC portable pour tout ce qui est dubplate ou pré-release. Je ne peux pas m’amuser à tout presser. Quand tu ajoutes la sono, tous les accessoires qui vont avec. Je pense que je suis un des seuls qui possède son propre camion par exemple. Ca fait des frais de suite. Tout presser sur vinyle je ne pense pas que ça soit possible. Après avoir des collectors, c’est autre chose.
Je jongle entre les 2 généralement. Je joue beaucoup de vinyle, et quand j’ai des trucs que j’ai pas en vinyle je les joue en PC. Après j’ai du opter pour le PC parce que justement, à mon gout c’est plus facile que d’avoir 50 CD, ça fait une platine en plus. Donc quitte à avoir un PC, en plus tout le monde en a un maintenant. Si c’est bien encodé, ça sonne comme un CD, le son en soit change pas.
Tant que tout vas bien derrière c’est bon.

Un truc aussi qui différencie un concert, ou un DJ set et une session sound system c’est l’interaction entre le sound et les gens. Comment tu vois cette relation ?

Moi je parle, mais plus ou moins parce que je suis obligé, surtout quand je suis seul. Sinon j’ai 2-3 potes qui assurent plus ou moins,  c’est sympa ce qu’ils font, c’est correct. Parce que c’est difficile de trouver quelqu’un qui fasse les choses correctement, qui fasse véhiculer une vibes.
Alors vu que moi je n’aimais pas trop, j’ai fait pas mal de liens, et j’ai pris l’habitude de faire venir des chanteurs, qui jouent avec moi. Et puis ça leur fait de la promo aussi. Eux ils sont contents.
Donc là avec Jah Marnyah ça fait bientôt 10 ans qu’on se connait. Il vient de Montserrat. Il a débarqué en Angleterre suite à l’irruption du volcan qu’il y a eu. Et lui il fait ça depuis qu’il est là-bas, il fait que ça.

Après c’est clair, avoir quelqu’un qui fasse passer un bon message avec les gens, avoir quelqu’un d’interactif c’est important. C’est une autre façon aussi de faire prendre conscience aux gens de la musique, du message. Parce que les gens ne comprennent pas tous l’anglais.

Est-ce que d’avoir quelqu’un qui te parle ça aide aussi les gens qui sont là à apprécier le sound ?

Je pense qu’il y a une façon de la faire c’est sûr. Quand il y a une tune qui tourne, il faut la laisser tourner. Le mec qui parle constamment sur les vinyles je ne supporte pas. Il faut être raisonnable, trouver le juste milieu. C’est le plus difficile pour un MC je pense, être chanteur c’est autre chose. C’est un savoir-faire. Tout le monde n’est pas chanteur. On ne peut pas s’improviser chanteur.
Après la particularité des sounds system c’est généralement qu’il n’y a qu’une seule platine. Donc quand tu changes de vinyle il y un petit lapse de temps donc ça pousse à l’animation, à faire réagir les gens. C’est pas des DJ purs.
Moi au début je faisais du juggling. J’ai toujours aimé cette façon de jouer à une platine, mais au début ce qu’on avait c’était du vinyle jamaicain. On ne trouvait pas trop d’anglais. Si tu n’allais pas en Angleterre tu ne trouvais pas de distributeur. C’était le début d’internet, en 2002,

Ça remonte maintenant.

Et ouai (rires). Depuis 1998 on fait ça. Moi la première fois que j’ai vu Aba Shanti c’était en 98. C’est ça qui m’a fait découvrir ce milieu.
J’ai habité pendant 3-4 ans dans le sud-ouest, et pendant ce temps-là ma femme était en Angleterre pour des études. Et de ce fait, avec des potes on a pris une baraque dans le lot et Garonne.  J’écoutais du reggae déjà, j’étais avec un pote rasta. Mais c’était des albums, il n’avait pas de 10 pouces, de 45 tours. C’était des albums essentiellement. Donc on écoutait ça.
Et de fil en aiguilles, on a su qu’il y avait des soirées sur Bordeaux, parce qu’on était à 110 km. Du coup on allait sur Bordeaux écouter des sound systems.

Et il y avait qui a cette époque sur Bordeaux ?

Il y avait King Jammin. Big up d’ailleurs, parce qu’il y est toujours – du moins sur internet il a toujours son site. Et voilà, j’ai commencé à lui acheter des Jamaicains, parce que lui il faisait de l’album du CD et du jamaicain. Il ne faisait pas d’anglais. Il n’y avait ce lien pour acheter les press anglaises.

Pourtant c’est plus près ?

C’est ouf ! Il y avait des liens en Jamaique et rien en Angleterre. Que du 7 pouce, press Jamaiquaine à l’ancienne. Donc je montais plus ou moins régulièrement en Angleterre pour voir ma femme, et puis un jour on se baladait on a vu des flyers, c’était Aba shanti. Donc on a été voir pour la première fois, et on a pris une claque.

Et puis quand je suis rentré en France j’ai acheté 2 petites enceintes full range,  à la campagne, on était au bord de la Garonne, il y avait personne. On mettait la sono a donf’ toute la journée, c’était royal quoi.
Et puis ma femme et redescendu sur Cannes, je suis revenue moi aussi. Et puis on s’est dit on va monter une asso, on va faire un petit local. Mon pote sur Bordeaux, le disquaire, on était devenu de bons amis, donc il m’a donné tous les filons, les fournisseurs. Et on a fait un petit local de distribution sur Cannes, alors qu’il n’y avait rien. C’était en 2000. C’était Lion Roots Records. Ça marchait plus ou moins, c’était cool. Il y avait 2-3 DJ qui achetaient Jamaicain, qui mixaient dans des pubs, sur Nice, ou des  fois dans des boites de nuit. Ils étaient plus Hip-hop Ragga, jungle, un peu de dancehall… Du Jamaicain quoi.

Donc bon, ça payait les frais, les factures riens qu’avec eux. Et du coup je jouais moi aussi dans des pubs sur Nice pour faire avancer la chose. Et puis voilà, ça s’est fait comme ça.
Après de Nice on est retourné en Angleterre. On a été au carnaval, notre premier carnaval. On a revu Aba, et c’est là où on a fait les liens. On l’a fait descendre en octobre qui suivait le carnaval. Et il y avait une demande, donc je lui ai fait faire une date à Toulouse, une date à bordeaux. Et puis j’ai fait une date dans un pub entre Nice et Antibes qui fermait à 5h du matin dans une zone indus. C’était le bon plan. Mais le gars il n’a pas tenu. A l’époque j’avais pas tout ça. Il y avait 4 scoops en 15 pouces, et j’avais déjà les enceintes chromé que tu vois là-bas.

Et pour finir,  est ce que tu penses qu’il y ait soit une ambiance, soit un message différent entre une danse plus roots du style Aba Shanti, et une danse plus technoid du style Iration steppas ?

Non c’est bien je pense ça mélange les gens quand tu varie. Il y a peut-être des jeunes qui vont venir pour Iration parce que c’est plus « jump up ». Mais bon Aba  il sait bien retourner aussi avec du roots.

Après, c’est savoir comment tu amènes ta sélection, et de faire passer un bon message.
J’ai vu ce genre de danse en Angleterre, ou il y a deux salles. Ce qui est bien avec cet effet de ping pong c’est que c’est pas la même chose pendant 3-4 heures. C’est bien quand il y a plusieurs sounds que ça soit varié. Ca dynamise aussi les gens qui sont là.

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