Interview After All Sound System

“Si t’abandonne le vinyle en tant que sound system reggae, tous les morceaux qui disent ‘burn babylon’ tu peux les oublier, parce que tu as fait le premier truc que Babylon t’a dit de faire : abandonner le vinyle et acheter du mp3.”

Autour d’un verre dans son jardin à Pélissanne, interview avec Benoit du After All sound system. Discussion sur la scène sound system actuelle, son évolution, son futur, ainsi que sa relation avec les free et les raves.
(Longue interview)

(Sur le sujet des free parties)

Même si je reste beaucoup moins dedans, la dernière s’est très mal passée, j’y reviendrais toujours. Même si un peu différemment, un peu plus légalement ou un peu mieux organisé, mais j’y reviendrais toujours. Parce que tu ne m’enlèveras pas l’idée que lorsque tu fais une free, tu as une ambiance que tu n’auras jamais ailleurs.

Le fait, pourquoi je continue à faire de la free, et pas me centrer que sur les festivals ou les soirées en salle, c’est parce que tu ne m’enlèvera pas l’idée que de faire bouger 500, 600, 700, 1000 ou 6000 personnes, sur un coup de fil ou sur un simple texto, c’est magique.
Ce retrouver sur un simple coup de fil, sur un simple texto dans un endroit perdu dans la nature ou à l’origine il n’y a rien ni eau ni électricité et là d’un coup il y a de la musique, à boire et à manger, c’est vraiment magique. Et il n’y que la free party pour apporter ça.

Comme pour créer un endroit, un monde complètement diffèrent ?

Pour créer un truc… comment ils appellent ça déjà ? Intemporel ? ça y était pas, ça y est, ça y est plus.

Une zone autonome temporaire ?

Voilà, comme ils appelaient ça a la grande époque, mais qui existe plus vraiment, vu que maintenant, en free, on a perdu un truc, et c’est l’autonomie.
C’est-à-dire que la free, et d’ailleurs comme pour le milieu Sound system reggae, elle a été victime de son succès début des années 2000. Je pense que le milieu Sound system reggae n’est pas loin d’être victime de son succès aussi. On verra d’ici 4 ou 5 ans si je me trompe ou pas.

Ça commence à être un peu le grand n’importe quoi, notamment les 24 scoops de Blackboard Jungle. Pour moi ça c’est le début de la fin.
Moi dans cette ambiance-là… on est un milieu à musique amplifié, et on commence à entendre beaucoup d’organisateurs de Sound reggae, que ça soit en extérieur, intérieur, salle, festival, ou autre… dire qu’ils sont de plus en plus catalogué.
C’est-à-dire quand on va démarcher un endroit, même si c’est avec un Sound system reggae, quand tu annonces « Sound system », « enceintes », « platines », les gens pensent directement à « rave », « pas bien », « du bruit ».

Déjà le coté Sound system il est catalogué « bruit ». Et à côté de ça tu en a qui arrivent avec 24 scoops… Il n’y a pas de lieux approprié pour nous accueillir. On est victime de ce problème-là. On n’a pas assez de lieux capables de nous accueillir pour organiser des soirées légales, safe, etc. Qui soient pas ‘free’ ou trop underground.
On a ce problème la, et tous veulent pourtant avoir le plus gros Sound system, le plus d’enceintes alors que déjà sortir 2 scoops c’est la misère.
C’est pour ça que moi j’ai énormément de respect pour Stef’, du Lion Roots Sound. Il m’a vendu du très bon matos, des anciens scoops a lui. Quand je lui ai demandé pourquoi il vendait son matos, il m’a répondu « j’ai 12 scoops, je les ai sortis une fois en 2 ans. D’en sortir 10, sa m’arrive probablement une fois aussi tous les 2 ans. Quand j’en sors 8, on me prend pour un fous, on veut plus m’inviter. Je vois pas pourquoi je vais en garder 4 alors qu’ils vont rester dans mon garage ». Et à 4 scoops, il sait que je ferais pas top de concurrence.
Et puis même, la différence, et ce qui fait la concurrence entre Sound, ce n’est pas le nombre de scoops, la puissance de la sono, c’est le lieu.
Trouve le bon lieu, ou tu es en place pour faire tes soirées, et si ce lieu il accepte 10 scoops, 12 scoops ou 24 scoops, fais tes 24 scoops. Si tu as un lieu pour sortir tes scoops, alors dans ce cas fait-le. Mais faire 24 scoops juste pour pouvoir dire qu’on est la plus grosse sono de France, je trouve ça un peu dommage. Ils en avaient 12, c’était largement assez pour leurs soirées, même pour sonoriser le garance.
Invite des sonos qui viennent du fin fonds de je ne sais pas où, que personne ne connait. Rencontre, échange, fais quelque chose d’innovant, au lieu de se concentrer sur le nombre de scoops.

C’est de la que je veux dire que le milieu dub commence à être victime de son succès, c’est que si tu regardes les progs, au plus ça va, au plus elles sont facile.
C’est une des raisons pour lesquelles j’ai eu quelques débats avec les Musical Riot. Musical Riot sont à un niveau aujourd’hui phénoménal. Il n’y a personne en France, voir en Europe qui est à leur niveau.
Ils n’auraient pas monté le tribute et le Musical Riot, la culture reggae en France serait probablement dix pieds sous terre enterré sous les free parties.
Grace à ça, tous le reggae français s’est réveillé. Donc pour moi, quand tu es à ce niveau-là ; quand tu fais des dates au Trabendo et aux Docks des Suds à Marseille – qui sont probablement les 2 plus belles salles en France pour ce genre d’événement – quand tu fais des dub station au garance, au Rototom, au Outlook, à Lyon, au Portugal… Quand tu en est là, que tu viens de Marseille, tu es en place de chez en place… ça te coute quoi, à chaque dub station ou au moins une fois sur deux, d’inviter des petits sounds locaux, des nouveaux qui débutent pour faire la première partie, de faire le warm up… refuser sur le principe qu’ils ont pas assez d’expérience… non mais c’est parler comme un babylonien de base ! Si tu ne donnes pas la chance aux jeunes de se montrer, d’avoir de l’expérience, comment ils vont y arriver ?

Je ne critique pas les Dub Stations – c’est très bien. Ca fais bouger 800 personnes, ça a une belle programmation, ils font bouger de belles sonos. Je ne redis rien au concept de soirée. Simplement d’un point de vue extérieur, c’est une remarque que je me suis permis de faire.
Sound system en Jamaïque à la base c’est quoi. Un studio, un Sound system, et des nouveau tunes qui sortent venant des gens du quartier, du ghetto et on les diffuse. La base d’un Sound system pour moi, la base de la radio du peuple c’est de faire découvrir les nouveaux chanteurs, les nouveaux talents.

Le but c’est pas d’avoir une collection fermée de dublates. La collection de dubplates tu l’as parce que c’est toi qui les a découvert. Là-dessus je suis à 200% d’accord avec King Shiloh qui dit qu’il est pas d’accord avec le business des dubplates, même si j’ai payé pour quasiment toutes les miennes. Le dubplate normalement c’est un contacte. L’artiste kiffe ce que tu fais en tant que sono, toi tu kiffe ce qu’il fait en tant qu’artiste…

Ca reviens un peu sur que David Rodigan disait à propos des clashs : les vieux sounds ont des dubplates d’artistes légendaires, mais qui sont mort. Donc à partir de là un nouveau Sound qui rentre en clash contre eux n’a pas, et ne pourra jamais avoir le même ‘niveau’ de dubplate. Du coup ce que Rodigan proposait, c’est que dans les clashs et surtout ceux qui oppose un jeune sound à un sound plus âgé, ils ne peuvent passer que des dubplates d’artiste vivant, comme ça les jeunes, artiste et Sound, ont une chance. Il faut du nouveau

C’est ça ! Il faut du nouveau. Il ne faut bien sûr pas oublier les fondations, les roots, la base. Mais la base d’un sound c’est faire découvrir des nouveaux talents. On ne peut pas continuer à jouer les mêmes dubplates des même artiste, faire venir les même chanteur, même si ils cartonnent. Il y a un moment où il faut laisser la place au nouveau, ou même combiner les deux.
Quand j’ai fait la soirée avec Marina P et Steppa Style, qu’est-ce que j’aurais remplis juste avec Steppa Style. Peu de gens le connaissent, sauf ceux qui sont très pointu sur le cross over ragga-jungle. Du coup j’ai pas pu faire la soirée avec lui tout seul. Et encore, Marina P c’est encore trop pointu – pas assez hype. Mais c’est justement des talents neuf.

Depuis quand est-ce que tu opère dans le milieu reggae, et qu’est ce qui t’a poussé à rentrer dedans :

J’ai découvert le milieu Sound system et le milieu musical par la techno et par les free party, parce que j’avais un amis qui avait un Sound techno. Je m’y suis intéressé pas par la musique, j’aimais pas vraiment la techno, j’étais un gros fan de reggae. Je suis allé à ces fêtes plutôt pour l’esprit et l’ambiance qu’il y avait derrière qui m’a attiré.

De là, c’est bien beau d’aller à un évènement qui te plait mais bon. J’ai toujours envie d’y participer un peu, donc je trouvais mon compte dans le branchage des amplis et des enceintes, et j’ai appris avec des sounds techno, mais au bout d’un moment j’avais envie de faire de le musique moi-même. La musique techno c’est pas ma musique, je ne suis pas arrivé à en faire, et là j’ai découvert que le reggae existais aussi en vinyle, Et surtout, j’ai appris que le milieu sound system de la techno n’étais pas né de la techno, mais du reggae. Du coup je me suis intéressé, j’ai découvert des sound reggae. Il y a une dizaine d’année. J’ai acheté des vinyles, puis au petit matin je jouais du reggae sur la sono des potes en teuf. Et puis après on a monté notre propre truc en 2003.

Dix ans cette année du coup !

Et oui, dix ans ! Rendez-vous en septembre pour l’anniversaire normalement.

Et du coup, de quoi consiste ta sono ?

Un stack, 4 scoops shortman en 46 pour 6000w de sub, 2 W-Bin pour le kick bass, 4 colonnes Cerwin VEGA double 38 plus pavillon 1 pouce pour le medium-aigue. System en 3 voies, pas de pré-amplis comme les trois quarts des sounds. En mode cross over techno, 2 platine, une mixette, 2 filtres actifs, et point barre pour l’instant. On joue rarement a une platine.
Beaucoup de gens me disent « ah mais le traitement, le signal, le patin le couffin, le pré-ampli, le processeur numérique.. ». pour l’instant j’ai 2 cross over, et ce week end on a eu les plus beau retours qu’on a jamais eu pour la qualité du son.
le system est harmonieux, j’ai très peu de réglages à faire pour qu’il tourne bien. J’ai une oreille qui ne marche pas donc ça tombe très bien. Je ne vois pas pourquoi j’investirai des cents et des milles dans des trucs qui deviennent obsolète.
On a une sono efficace et on la changera pour rien au monde.

Tu as dit que tu avais acheté les scoops à Lion Roots. Est-ce qu’il y a une partie de la sono que tu as construite toi-même ?

Les 2 W-Bin ont été construits par un ami à moi. Le reste c’est de l’ampli et de l’enceinte d’usine comme les filtres actifs et notre limiteur
Les scoops que j’ai acheté à Lion Roots c’est Shortman, un petit fabricant anglais qui les a fait. Dans le reggae on considère ça encore comme du ‘home made’ ; je pense, vu que c’est un artisan. Très peu de gens le connaissent dans le milieu techno, mais maintenant, les gens qui le connaissent me disent « mec, c’est plus de l’artisanal. Un mec comme ça a beau être artisan, c’est comme si c’était manufacturé, mais de meilleur qualité qu’il soit ».
On n’est pas le son le plus « home made » qu’il soit, ça c’est sûr. En même temps, encore une fois le cliché du « home made » j’en ai un peu rien à faire. Je suis avant tout la pour diffuser de la musique, de la meilleur façon possible, et j’estime que je n’aurais pas fait mieux avec mes mains, donc je suis content de ce que j’ai.

On va changer certainement, la sono va évoluer. On va essayer de faire encore plus fait main. Mais bon, je vais arrêter de faire plein de choses ‘à peu près’, je préfère faire moins de choses et les faire bien. Faire de l’ébénisterie, on a beau être 5, être tous bricoleurs, je pense qu’il y a des gens bien plus doués pour faire ce genre de choses.

C’est comme la production – j’aimerais beaucoup en faire, j’ai plein d’idées. Mais de 1, je ne suis pas musicien, de 2, je suis nul en musique, et de 3 j’ai pas le temps. Moi je vais me concentrer sur gérer mes dates et gérer la sono et passer des disques. C’est déjà suffisamment de boulot pour moi.

Mais encore une fois, pour en revenir au cliché « home made », c’est comme les ‘locks’ : il y a personne qui a des locks dans notre sound system, parce que au final rasta on l’est dans le cœur.

Est-ce que la manière dont tu montes ta sono en soirée change en fonction de l’endroit où tu joues ?

Un petit peu, même si en général on essaye de garder le stack d’un block, vu que l’impact de 4 scoop ensemble est plus important que 2 stacks de 2 scoops, c’est comme ça qu’il a le meilleur rendu. Après si on a besoin pour des diffusions de couvrir un espace plus important, mais moins puissamment, on peut faire différemment.

Vu qu’encore on a plein de pote qui font de la techno, de temps en temps on fait de la location pour des soirées beaucoup plus électronique, et dans ce cas-là il faudra modifier le stack vu qu’il est pas conçu à la base pour faire de la musique électronique.
Pour les platines, en général nous en configuration ‘soirée reggae After All’, c’est : le stack d’un block, les platine en face à 12m, si possible sur la droite. Après ça varie un peu en fonction de l’endroit – intérieur, extérieur… – Mais en général c’est comme ça.
Par contre quand on fait des soirées ou il y a un mélange de genre, ou un peu plus techno, on peut être emmené à faire 2 régies. Une régie DJ en face pour le reggae, et une régie derrière pour les DJ plus électroniques, vu qu’ils mixent beaucoup plus – et s’ils sont trop loin du son il y a un problème de décalage qui se fait, entre le temps que met le son à venir dans leur casque et à passer dans la sono.

Le reggae de manière général a beaucoup d’éléments politique, c’est politisé, très social. Est-ce que tu penses que ces éléments sont toujours là – dans ton Sound et en général.

En général je pense que ça s’est beaucoup perdu. Mais parce qu’on est dans des pays ou la vie est relativement plus facile qu’en Jamaïque. C’est des difficultés sociales et politique en Jamaïque qui ont fait qu’à l’époque cette musique là est devenue politisé.
L’Angleterre, j’y suis allée à une époque où j’avais pas un œil très attentif sur le milieu reggae, donc j’ai du mal à juger. Mais je pense que là-bas il y a un peu des 2. Il y a des danses et des sounds systèmes qui sont très orientés, pas politiquement forcément, mais socio-culturellement ; qui sont avant tout la pour diffuser un message qui soit ‘religieux’, ‘politique’ ou ‘spirituel’. Et je pense qu’il y en a aussi d’autre qui sont beaucoup plus la dans un cadre festif. En Angleterre les deux jouent beaucoup.

Mais c’est peut-être pour ça qu’en Angleterre ça reste LE centre des sounds reggae ?

Possible. En France ça doit exister un tout petit peu aussi – je pense notamment par rapport à des débat récents, à Critical Hifi, de Toulouse. Ils m’ont l’air très très engagées politiquement.
Chez nous, moi j’aimerais bien m’engager un peu plus, mais je me suis rendu compte – de par la free, un petit peu de par les soirées reggae – que malheureusement le message que tu veux faire passer, qu’il soit de paix, d’amour, politique ou autre, au final il y a très peu de gens qui sont réceptifs.

Même dans un dance très individualiste, 100% reggae roots, soit il y a 40 pelos qui sont tous prêt à comprendre ton message et à le diffuser autant que toi – mais dans ce cas tu n’as pas grand-chose à y gagner puisqu’il y a 40 pelos. Soit quand tu commences à faire du 150-200 pelos, il y aura peut être toujours ces 40 la que tu peux essayer de politiser, mais les gens sont avant tout la pour faire la fête et manger du son dans les oreilles.

Apres, je veux dire, c’est normal. On est vendredi ou samedi, les gens ont passés une semaine de merde à taffer, ils sont là pour se relâcher. Ça ne veut pas dire qu’ils sont complétement inconscient, ou que tu peux jouer du Sizzla ou du Buju homophobe toute la soirée non plus. Mais bon le gros de leur attention ne vas pas être sur le message. Il va être sur la musique, sur le côté dansant de la chose plus que sur le message.

Après, encore une fois, j’en ai beaucoup joué du Sizzla et du Buju homophobe parce que j’étais fan du flow et fan des mélodies derrière. Mais maintenant c’est le genre de son que je bannie de notre sono.
La dernière fois on a fait une free, et mon pote le matin a mixé un remix de « boom bye bye » de Buju Banton. Je l’ai laissé faire parce qu’il joue rarement sur notre sono vu qu’il fait principalement de la hard tek, et je veux bien de la musique électronique mais pas du truc de bourrin. Il a mis le disque, je l’ai laissé faire mais c’est la dernière fois que ce son passe sur la sono.

Même si les gens sont avant tout la pour danser, il ne faut pas oublier que les quelques-uns qui comprennent l’anglais ou qui connaissent, eh bien disons que ça peut en froisser certains, et je suis là pour froisser personne. J’essaye de prôner Peace Love Unity Respect, bon, il faut être un minimum cohérent. Je suis prêt à passer sur quelques trucs, quand on fait la fête de temps en temps, mais on est quand même là pour faire passer un message et éduquer un minimum les masses. Si on peut les éduquer en les faisant danser – je ne mets pas que des tunes politiques – mais dans le reggae musique il y a plein de sujets : les femmes, l’amour, la politique… Il faut jouer un peu de tout, ne pas être extrémiste. Les extrêmes que ça soit dans le reggae music ou autre part, c’est pas bon.

Quand j’étais jeune j’étais quelqu’un de très extrême dans mes idées – « mes valeurs, mes principes blablas, j’en démord pas ». Au final, non. Dans la vie c’est bien d’avoir des valeurs et des principes, mais c’est bien de savoir mettre de l’eau dans son vin.

Donc au final lors de tes sessions qu’est ce tu essayes d’apporter d’autre que la musique ?

Oui. Déjà moi j’essaye d’apporter le coût minimum a toute nos session, vue qu’on vient de la free et la free c’est la preuve que tu peux faire des soirées de qualité musicale et gratuite ou presque.
Je pense que c’est réalisable, à échelle différentes, en fonction des lieux et des possibilités, mais tu peux jouer avec le prix d’entrée d’une belle façon.
C’est pour ça quand on fait Marina P et Steppa Style on essaye de le faire a 8e, le même prix que la plupart des soirées sur Aix ou il n’y a que des sounds system. Parce que mes artistes je les ai pas payé cher sur ce coup-là, les billets de train et d’avion non plus, donc je vois pas pourquoi je vais mettre le prix à 10e pour essayer de me gaver plus. Je préfère 8e et faire salle pleine plutôt que 10e … enfin bon là j’ai fait 8e avec une salle vide (rire)

Mais c’est le même constat avec le festival de ce week end, Y’en Aura Pour Tout Le Monde. Et bien je te mets au défi de trouver un autre festival en France et même en Europe avec 24h de musique, plus de 30 artiste de musique, peut-être pas ‘mainstream’, mais reconnus dans leur milieu, pour 10 ou 15 balles l’entrée. C’est le genre de festival que n’importe où ailleurs ça coute 40-50 euros, ou 30 si c’est un peu subventionné. Ça n’existe pas.

Donc encore une fois, quand on veut, on peut. On fait partie d’un mode de vie un peu aléatoire, un peu en marge de la société. On ne veut pas être complétement à l’écart ; on veut juste que les gens comprennent qu’on vit un peu différemment, avec d’autre valeurs que celles de la société de merde dans laquelle on vie. C’est-à-dire manger un peu sain, dormir un peu sain, vivre un peu sain, travailler un peu sain.. Quand on peut faire le tri on fait le tri. Quand c’est trop difficile, bien on ne le fait pas. On est comme tout le monde dans cette société, on est des gros flemmards – mais on essaye tous d’en faire au moins un petit peu pour que le petit microcosme autour de nous soit comme on l’entend, un peu plus beau, un peu meilleur.

Certain te dirons que c’est des valeurs de hippie, mais bon, tu vois ce que je veux dire ? C’est des valeurs auxquelles on croit. De par la free, l’Independence, l’autonomie d’un petit groupe de gens je trouve ça formidable et en plus en essayant de respecter un peu la nature, ce qui n’est pas toujours le cas ni dans les free ni dans les festivals.
Sur un festival comme YAPTLM, c’est super galère. On essaye de faire le tri sélectif, mais tu n’as pas la moitié des gens qui le respecte. On le met en place, et au final c’est pas respecté, mais on continuera à le faire. C’est des valeurs qui restent avec le concept global du festival. J’en parle la parce que ça a été une des plus grosses scènes d’After All à ce jour, une des plus belles progs, une des plus belles expérience humaine, artistique, et une des plus belles expérience technique pour nous. Ce festival la représente des valeurs propres au sound system. C’est ce que tous les membres ont en eux, c’est l’image qu’on aimerai donner du sound system.

Je pense que toute ces valeurs sont dans ce festival Y’en Aura Pour Tout Le Monde, déjà le nom veut tout dire : s’ouvrir à tout, être alternatif c’est bien, mais être ouvert c’est mieux. Et être en marge de la société mais sans non plus être à l’arrache. On est diffèrent, mais c’est pas pour ça qu’on n’a pas été 100% légal sur ce festival-là. C’est pas une free, ça n’a rien de professionnel, mais ça n’a rien d’amateur non plus.

Avec les retour qu’on a eu un petit peu, tout le monde à l’air d’être content, et les artistes, et le public. Donc encore une fois, c’est faisable. Même si le bilan financier ne sera pas formidable et qu’il sera dur de rebondir mais peu importe, le bilan humain et artistique est là. Et on le refera parce qu’humainement ça vaut le coup. Et aussi parce que cette année on a changé de lieu aussi et que le lieu aussi vaut le coup. Ce genre d’évènement ne peut pas se faire sans les locaux. Et ça c’est quelque chose qu’on essaye d’apporter sur tous les évènements. Un truc simple comme consommer local, à tous les niveaux.

Si je peux au maximum, sur mes évènements, faire de la promotion pour les produits locaux, les associations locales, je le ferais toujours. J’avais monté une asso dans ce but la, « Du son Pour Une Cause » pour que toutes les soirées After All soient organisées par cette asso et que sur chaque évènement il y a, que ça soit une cause humanitaire, ou même si il y une asso de ton village qui te plait ? Qui se bouge le cul dans ton village ? tu fais une soirée dans ton village ? Eh bien t’invite l’asso à venir, à monter son stand, pour qu’elle puisse faire parler d’elle, faire sa com’ et son beurre elle-même. Sa marche, tant mieux. Sa marche pas, toi à la fin s’il y avait 1euro pour l’asso par entrée, t’a fait 50 entrée, tant pis, au moins ils pourront se faire une petit bouffe. T’a fait 5000 entrées, tu leur donne 5000 euros. Que ça soit humanitaire, global, ou même pour l’Emmaüs du coin. C’était un projet qui est maintenant en attente, mais on y reviendra.
L’alternatif et l’associatif forment une petite famille, et si chaque petite famille se met ensemble, on est tous un peu plus fort.

Pour revenir sur les raves, free parties. Il y a des points communs avec la scène sound system reggae. Mais est ce qu’ils y a aussi des différences ? Aller en free partie et aller en session reggae, il y a des valeurs similaires à la base. Mais que seraient les grosses différences ?

J’aurais tendance à te dire que vu que les deux commencent à être victimes de leur succès, il n’y a plus grande masse de différence : c’est-à-dire les trois quarts des gens qui vont, peu importe l’affiche, ils y vont pour écouter le musique à faible cout, et a fort rendement. JE pense qu’il y a de moins en moins de différences entre ces deux trucs la, parce qu’ils se sont aseptisés de plus en plus.
Cela a des avantages et des inconvénients. On va peut-être avoir plus de facilité à vivre de notre musique, mais d’un autre côté, tu perds de ton authenticité.

Après, à la base il y avait une grosse différence il y a encore quelques années entre une danse reggae et une danse techno : c’était justement ce côté du message.
Le message techno était acquis. C’était en gros ‘fuck off l’Etat’, on arrive à faire une soirée sans rien ni personne pour nous aider. Tout le coté spirituel il était acquis par quasiment tous les acteurs de la fête, les gens savaient très bien dans quel milieu ils allaient, pourquoi ils y allaient.. Et les soirées reggae étaient au final un peu la même chose mais avec un historique et un message diffèrent. La politique des soirées reggae étaient plus centrés sur des choses vrai, un combat ‘vrai’, de la vie de tous les jours, culturel et social. Le milieu techno était plus utopiste, et le message était un peu plus.. genre les lutins, la foret… (rire), l’autonomie voir l’anarchie. Bref très utopique.

Au final, pour moi de plus en plus, dans ces 2 milieux la, le public est de plus en plus jeune. Il s’aseptise de plus en plus, et donc c’est des milieux de plus en plus proches.
Et ça tu le voit. Je me souviens de mes premiers sounds systems reggae il y a 8-10 ans, ou les gens restaient loin des enceintes. Quand il y a trois stacks, les gens se mettent au milieu, ils ne vont pas se coller au mur. Ils se mettent au milieu là où le point d’impact il est bon.
Et au plus ça va dans les soirées reggae, les gens mangent de l’enceinte, comme dans une soirée techno. J’ai rien contre au contraire je note juste des changements de comportement
Du côté de la musique, l’avantage et l’inconvénient de la ‘Bass musique’, qui prend une ampleur de dingue, c’est que elle mixe ces 2 deux milieu, pour le meilleur et pour le pire.
J’ai toujours eu tendance à dire que les deux milieux vont prendre le pire l’un de l’autre.

Alors pour finir, souvent on dit que chaque ‘sound’ a sa propre identité. En quoi consiste cette identité, d’où viens-t-elle ?

Je pense, avant tout, la musique, et l’affinité musicale du ou des sélecteurs. Un petit peu la philosophie de ses membres. Encore une fois nous on aurait beau avoir dit ‘bon, la techno sa nous a gonflé, on joue plus que du roots, Tu m’enlèveras pas que d’avoir vécu en camion, d’avoir fait des teufs, d’avoir pleins de potes que c’est des punk et des tatoué, tu me verras jamais les renier. Oui, J’ai mon côté rasta, mais je suis tolérant. Beaucoup plus que certain rasta au final.
Donc oui, l’identité vient de la musique, mais aussi de la philosophie et l’état d’esprit de ces membres.

Après j’ai fait une session avec Bass explorer, où les gars de Mahom sont venue jouer. C’était improvisé que je sorte ma sono, du coup on a linké les deux, et j’ai joué.
Les gars de Mahom, quand on a discuté le lendemain et que j’ai expliqué que je venais un peu du milieu techno, m’ont dit que sa se sentais énormément dans ma sélection.

Donc la musique et la philosophie sont très proches. Donc forcément on a une grosse identité qui est très digital, très électronique, très pêchu.. Après dub-électro, curieusement, je kiffe pas trop, genre High Tone. Mais par contre on est fan de certaines sonorités très pêchu. Par exemple chez Riddim Tuffa, il y en a plein qui préfèrent tous les vieux trucs rubadub qu’il fait avec Little John et tout ça. Mais moi en ce moment je suis au také sur le ‘champion’ de Buju Banton, qui a une basse très techno. Et pourquoi ? Parce que ce morceau là je l’ai entendu des tonnes de fois sur des remix jungle, et que quand je le joue je fais des bonds comme si c’était de la techno ou presque car il me rappelle beaucoup de bon souvenirs sur des dancefloors de free
Je pense que la philosophie influence pas mal notre son. Mais encore une fois, on joue que de la musique qu’on aime.

C’est encore plus important aujourd’hui, à l’heure du mp3 ou tu peux jouer n’importer quelle musique relativement facilement.

Alors, justement, sur les vinyl. Maintenant il y a le serrato, le cd… qu’est ce qui fait que le vinyle reste aussi important dans cette scène ?

D’un côté c’est un peu une résistance au digital, d’un côté c’est aussi un peu le cliché ‘c’est comme ça que ça se fait’. Il y a ça un petit peu, il ne faut pas se mentir.
Mais il y a aussi le côté que « bordel, ça fait 10 ans qu’on acheté des vinyles, ça nous a couté une blinde. Je ne vais pas me faire chier à tous les numériser pour jouer que du serrato. »
Apres, on va y venir aussi un peu au serrato. Moi le premier.
Ça fait 10 ans que je chie sur le serrato, et sur le numérique, mais on commence à avoir beaucoup de dubplates, ou de prods originales que pour nous, ou que des copains ont fait et qu’ils n’ont pas encore sortis. Maintenant, j’ai la moitié voir les ¾ de mon set c’est une platine vinyle-l’ordi.

Encore une fois, après le serrato et le numérique c’est une question de moyens. C’est une question de Babylon et de financement. Je vivrais de mon son un peu plus, ou mon son tournerait un peu mieux financièrement, toutes mes dubplates je les ferais presser en vinyle, et je me poserais pas la question du serrato. J’aurais juste mon PC pour les pré-release ou les trucs pas encore sortis en vinyle, et point barre. Mais même les exclusivités, si tu sais que c’est une tuerie, je la presserais.

Le vinyle, c’est surtout le coté ‘c’est la racine’ quoi. Et si tu veux continuer à lutter un minimum contre Babylon il faut garder le vinyle, sinon c’est finis, tu es en plein dedans. Si t’abandonne le vinyle en tant que sound system reggae, tous les morceaux qui disent ‘burn babylon’ tu peux les oublier, parce que tu as fait le premier truc que Babylon t’a dit de faire : abandonner le vinyle et acheter du mp3.

Ça c’est quelque chose qui revient assez souvent, et même dans le coté je construis ma sono, c’est quand même une résistance – que ça soit dans le milieu techno ou reggae. C’est cette indépendance, l’autoproduction, ta sono que t’a fait ou assemblée toi-même…

C’est ça – arriver à contrôler de A jusqu’à Z, pour avoir ton petit milieux. Au final c’est quoi ; C’est bâtir son empire dans l’empire.
Je ne suis pas bête, je suis comme tout le monde. Tu ne peux pas lutter. Mais il ne faut pas baisser les bras non plus. C’est à chacun de faire sa sauce comme il en a envie, et moi j’estime que ma tambouie elle est bonne pour lutter contre Babylon. Je l’ai pas fait pas fais avec le home-made de la sono, mais je l’ai fait en prenant mon poids lourd et en allant jouer au Portugal et en niquant Babylon en allant cramer 2000e de gasoil pour aller poser un festival free au Portugal. Et en trouvant des dates auto géré tout au long du trajet aller-retour
A chacun son idée du ‘burn babylon’. C’est en fonction des moyens que t’a et des idées que tu as, et de ta façon de voir les choses.

Moi je ne me considère pas comme un menuisier, je ne considère pas que le home-made des caissons sa soit vital. Pour moi le but de l’enceinte, elle n’est pas de niquer Babylon, elle est de diffuser ma musique et mon message.
Je préfère niquer Babylon par ma musique et mon message, et en organisant des évènements à 10 ou 15 balles au lieu de 50 euros si c’était Babylon qui les organisait.
Chacun fait ce qu’il peut avec ce qu’il a. Tant que tu le fait avec le cœur, et avec la passion, un minimum de valeurs et de respects des autres, c’est bon.
Moi ce que je ne supporte plus dans le milieu techno, c’est le côté « je respecte rien », « fuck tout »… Mec, non.. ça marche pas comme ça. Pour bien tout « fucker », ai un minimum de respect et de valeurs, après on verra.

Le plus dur c’est de garder ses valeurs. Apres, j’ai jamais été ni un voleur, ni… je ne sais pas mentir, j’ai jamais été un « bad boy ». Je suis plutôt un gros pacifiste, un gros hippie si tu veux. N’empêche que tu ne m’enlèveras pas l’idée que niquer babylon, t’arrivera à rien à part être malheureux car tu vas niquer du vide !!!
Tandis qu’essayer le combattre de l’intérieur, en faisant un festival à 15 balles organisé par une asso […]
Avec le festival (YAPTLM), ils l’ont redis devant le maire et tout, si ça marche et que ça fait carton, il ne faudra pas attendre 10 ans avant qu’il y ait des gens qui viennent nous envoyer l’hygiène et tous les contrôles possibles. Forcement ca dérangera et ceux qui ont pour but de vivre de la culture la ou nous on fait vivre la culture ….. J’ai déjà vu des entrepreneurs du spectacle menacé des associations qui leur faisait un peu d’ombre ! Il faudra qu’on soit encore plus carré que carré, justement parce qu’on est associatif, et parce que faire des trucs à 15 balles là ou tout le monde le fait à 50, forcement on va se faire taper sur les doigts.

Dernière question : comment tu décrirais une session sound system à quelqu’un qui ne connait pas. Comment tu essayerais de l’expliquer ?

C’est très très dur. Sans dire « il faut que tu y aille », je dirais regarde Musically mad (rire).
Je me suis posé la question notamment pour des amis à moi, qui pourtant ont déjà fait des soirées, genre des dub station, mais qui ne comprennent pas cet acharnement « home made » : je veux faire ma soirée au korigan, avec mes artistes, ma sono, demander des lumières à personnes, pas louer d’équipement. Je leur ai montré Musically Mad. Ils ont compris plutôt bien. Et après ils ont fait une session avec la sono, et puis la puissance de la basse a fini de leur faire comprendre ce qu’était une session reggae.

Et là je peux même pousser plus, un exemple particulier d’un pote à moi. Il été déjà allé au Garance, mais il est jamais entré dans la dub station, il a dû la regarder de loin. Donc après musically mad, déjà il a compris un peu pourquoi je m’acharne à faire ce genre de chose. Après la session Marina P Steppa style au korigan, la basse lui a fait comprendre.
Après le festival YAPTLM dehors, la sono reprend toute sa valeur puisqu’elle n’est plus bridée par une salle. La basse reprend de la valeur, et en plus l’ambiance, le côté utopiste, on est dans un champ tous ensemble, tous réunis, à 15 balles l’entrée, la journée la nuit, encore la journée, a fini par lui faire comprendre ce que c’était.

Apres les gens qui ne connaissent pas est qui veulent comprendre… Franchement non, c’est très très dur. Après il y a une chanson qui est sortie il y a pas longtemps, à chaque fois que je la joue j’ai la chair de poule : schizo de Balle Bacce Crew. Ou ils décrivent ce qu’est leur vie de sound boy. Elle est transcendante parce que les paroles c’est vraiment ça quoi. C’est vraiment ce que je ressens, avant pendant et après une danse. Parce que c’est ce qu’ils décrivent. Le taff pendant la semaine, la session le week-end, et puis la redescente après.

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